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Mamade Kadreebux rencontre Césaire à Paris
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Mamade Kadreebux rencontre Césaire à Paris
Mamade Kadreebux, l?homme aux semelles de poussière, de sable et de neige, revenu de ses errances secrètes. L?ex-consultant en photographie de l?université de Berkeley en Californie, dont la jonque, glissant sur l?or liquide d?une après-midi ruisselante de douceur, reste à jamais en mémoire. Le retrouver, c?est une rencontre d?âmes. Le temps bascule.
Déraciné de son village natal de Souillac, pour ses études au Collège Royal de Curepipe, l?Etre de terre et d?eau quitte l?île, à la conquête de la Terre. Histoire de vaincre l?altérité par d?autres ailleurs. Paradoxe aux richesses multiples. Les poches vides, ce marcheur impénitent; éternel sans-papiers; auteur, justement, de Life in the Shadows, transgresse impunément les frontières. Avec sa seule boîte à images. Celle-là même qui le mènera à Césaire.
Dans la cour du Parlement français à Paris, Césaire l?attend. Le presque sans abri de Berkeley, armé d?une cantine de questions, voudrait saisir chez l?homme la violence de son écriture. ?Mais j?ai en face le poète, homme gentil, à la voix réservée, timide, extraordinairement gracieux, beau, serein. Cet érudit, dans l?altitude de l?esprit, extrêmement sollicité, a la capacité d?accueillir un inconnu. J?abandonne mes questions.?
Du Congo aux Sirandanes
La rencontre est belle. La flânerie de Mamade touche le poète. N?a-t-il pas inspiré sa vie estudiantine, réchauffé son exil par la seule parole, ?Mon pays et moi seuls dans le vent? ? Mamade et son île voyageant ensemble, seuls. Cet autre vers, ?Est-ce le silence de la mort? Il dort cadavre à côté de son vrai sort?, ramène à sa photographie d?un esquimau ivre, tombé en pleine rue, perdu dans la ville.
Le parallèle est établi. ?L?âme primitive, aux instincts ancrés dans la nature et ce qu?elle offre, entre en collision avec les structures de la civilisation. Cet écrasement, Césaire l?a vécu et mis en paroles. Il a réagi à l?étouffement avec violence.? Venu de terre insulaire, ?O terre étroite?, il a, selon Mamade, trouvé sa force dans le vent et la Négritude, dans ?l?enracinement d?un peuple déplacé. Même dans l?exil, il trouve un pied-à-terre, l?âme africaine?, dira-t-il. Césaire écrit ?En pensant au Congo, je suis devenu le Congo?. En réaction à la claustrophobie, il serait devenu naturellement surréaliste.
?Il a élargi la langue?, comme de ses coudes on fend la foule. Sa connaissance et sa maîtrise de la langue française ne lui suffisent pas. ?Ses soleils violents sont à l?étroit. L?île lui apporte une perception privilégiée. Il crée un alphabet, une nouvelle langue?, au sens tropical magique, aérien, au déborde- ment d?images. Comme Fanon, Césaire a voulu ?imposer le poids de son humanité sur le monde. Si Picasso rejoint l?âme du continent africain, l?île et l?âme nègre ont été plus généreuses pour Césaire. L?île l?a embrassé, l?a bercé en fils du sol.?
La rencontre s?inverse. Césaire s?intéresse à l?île-langues de Mamade Kadreebux. A son évolution dans plusieurs civilisations, et leur cohabitation. La pratique de la langue créole permet-elle la compréhension des autres, tels l?Anglais et le Français ? Se rapproche-t-elle du créole des îles Caraïbes ? A Mamade de l?initier aux sirandanes, aux jeux de mots. Dilo pendan, coco. Et à d?autres particularités introduites d?autres langues. Pour exemple, ?kuptann?, mot arabe signifiant ?capitaine?. Ou encore ?manou?, oncle. Une préoccupation de Césaire, ?Y a-t-il des Tamouls à Maurice ??
Rencontrer Césaire, ça marque une vie.
Jeanne GERVAL-AROUFF
ANNIVERSAIRE
De lectures en relectures
Le 90e anniversaire d?Aimé Césaire était l?occasion d?une ?rencontre? entre le poète et écrivain martiniquais et l?écrivain J.M.G. Le Clézio (photo), à la salle polyvalente du Centre Charles Baudelaire (CCB), à Rose-Hill, le mardi 16 septembre. Pour cette manifestation littéraire orchestrée par le CCB, l?animation était assurée par Issa Asgarally, qui rappela la rencontre de Césaire avec Breton et le surréalisme. Il évoqua brièvement le parcours d?Aimé Césaire, ses études à Fort-de-France et à Paris au Lycée Louis-Le-Grand et à l?Ecole Normale Sup. Il fit un plaidoyer en faveur de la littérature négro-africaine et des difficultés encourues avant d?avoir une identité.
La troupe Sapsiway de Gaston Valayden devait aussi apporter sa contribution. 1969. ?Une Tempête?. La transcription de la pièce de théâtre de Shakespeare, ?The Tempest?. Message révolutionnaire de Césaire, qui fait de Caliban l?esclave noir de Prospero. Une joute oratoire où les comédiens se mesurent au vieux routier, auteur de ?Baraz?. Dont on connaît l?audace et le talent. La violence de la pièce est incarnée par la révolte d?un Caliban impavide, refusant de se plier à la puissance supérieure d?un Prospero arrogant. Celui-ci perd finalement pied; au profit de la liberté. La lecture, aussi fort appréciée, d?un extrait du ?Cahier d?un retour au pays natal? par Jémia Le Clézio, mit, certes, en appétit. J.M.G. Le Clézio jeta un éclairage pointu sur ?Une Tempête?, texte ?prophétique? de Césaire. ?Il parle de terrorisme. C?est d?actualité; comme les sans-papiers, ces gens qui n?existent pas, puisqu?on ne les voit pas.? Il marque l?allusion à Malcolm X, car Caliban préfère ?X? au sobriquet de gnome monstrueux, affublé par Prospero. Le Clézio éclaire la qualité d?écriture tropicale de l?auteur. Un moment trop court?
J.G-A.
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