Publicité
Maltraitance ces enfants qu?on martyrise
Par
Partager cet article
Maltraitance ces enfants qu?on martyrise
Brûlée par des mégots de cigarettes, tailladée avec une lame de couteau chauffée à blanc, battue à coups de bâton et de ceinture : Anousha Banee a vécu un véritable cauchemar dans la nuit du 14 au 15 juillet 2006. Son corps, constellé d?ecchymoses noirâtres, résultat des tortures infligées par sa propre mère et son beau-père, a été enseveli le week-end dernier. L?île Maurice est encore sous le choc. Les questions fusent de toutes parts. Comment peut-on martyriser ainsi un enfant ?
Et pourtant? Les cas de maltraitance d?enfants sont hélas légion ! « Mo ena malad leker, ki fer to pe batt moi », s?exclamait Jenita (prénom fictif), 11 ans, sous les coups infligés par le concubin de sa mère, il y a un mois de cela. Depuis le départ de leur père, employé sur un bateau, l?enfant, ainsi que Caroline et Vanessa (prénoms fictifs), ses deux s?urs de 13 ans et de 9 ans, ont été malmenées par cet homme, alcoolique et toxicomane, venu vivre avec leur mère, qui est aussi une droguée.
« Les trois filles étaient frappées par le concubin avec un morceau de bois. Je me souviens encore des bleus et des blessures qu?elles avaient au dos et à la tête. Mais il y a pire encore, la mère, en quête d?un époux pour l?aînée, l?aurait contrainte à avoir des relations sexuelles avec un homme d?une trentaine d?années », raconte un proche. Les petites ont dû trouver refuge chez la grand-mère et le concubin a disparu dans la nature. Au retour du père, elles sont rentrées au bercail. Mais qu?adviendra-t-il lorsqu?il repartira ? Le calvaire ne recommencera-t-il pas ?
<B>Des centaines d?enfants battus</B>
Au quotidien, des centaines d?enfants sont battus, négligés, abandonnés, abusés sexuellement. Selon la Child Development Unit (CDU) du ministère des Droits des enfants, créé en 1995, 226 cas concernant des filles et 58 concernant les garçons ont été recensés de janvier à mai 2006. Dans le monde, 40 millions d?enfants sont maltraités. Le pire, c?est que beaucoup de cas ne sont pas rapportés aux autorités.
Que faire face à un cas de maltraitance ? Il faut alerter la CDU. Cet organisme travaille avec d?autres ministères, le personnel hospitalier, et la police et est automatiquement alertée dès qu?un cas est rapporté. La CDU dispose également de bureaux régionaux à travers l?île (voir encadré). « Après une dénonciation, l?enquête est effectuée par les officiers de la CDU. Si la victime présente des risques dans son milieu familial, on peut émettre un Emergency Protection Order pour le placer temporairement dans un foyer », explique Navin Taukoordass, de la CDU.
Ses propos sont repris par Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Ombudsperson for Children : « En général, l?enfant est placé dans un abri temporaire pendant 14 jours et la famille a le droit de donner ensuite son point de vue au magistrat et éventuellement récupérer l?enfant. Au cas contraire, il doit aller dans une institution ou dans une famille d?accueil, par le truchement d?un Committal Order qui est de plus longue durée. »
Des poursuites seront alors entamées contre l?auteur des maltraitances, en fonction des dispositions du Child Protection Act. Les services pouvant intervenir sont la police, le ministère des Droits de la femme, à travers la CDU. Le bureau de l?Ombudsperson for Children ne peut, quant à lui, agir directement. « Notre rôle est de nous assurer que tous les services qui doivent agir le fassent dans l?intérêt de l?enfant. Si un cas est signalé chez nous, nous faisons une enquête préliminaire et alertons les services concernés, mais nous faisons toujours le suivi jusqu?au bout de l?affaire. Par ailleurs, nous soumettons des propositions au ministre et aux autorités lorsqu?il y a des obstacles qui causent un tort aux enfants », ajoute Shirin Aumeeruddy-Cziffra. Des ONG et autres comités de quartier peuvent également veiller et alerter les autorités.
<B>Silence des mots, violence des maux</B>
Après le cas Banee, le ministère compte instituer des mécanismes de vigilance. Autrefois, le Child Watch Network avait été lancé et facilitait ainsi la dénonciation. Il est appelé à être remplacé incessamment par le Community Child Protection Programme, ou la communauté ainsi que des mentors ? des personnes formées et pouvant assurer le suivi des enfants ayant été victimes de maltraitance et l?éducation des parents.
Comment protéger les enfants ? « Je pense qu?il faut investir plus dans la prévention et la protection en amont plutôt qu?intervenir après l?acte qui ne sera jamais vraiment effacé. Et ce, même si on peut réussir une réhabilitation de la victime en y mettant de l?énergie et du temps et qu?on ne se contente pas de le placer. Le simple placement sans réhabilitation est aussi souvent une autre forme de maltraitance », ajoute-t-elle.
Elle souligne qu?il faut adopter des mesures préventives, en détectant les cas dans des familles prisonnières de l?alcoolisme, de la toxicomanie, brisées et/ou recomposées, etc. Il est primordial que chacun mette la main à la pâte.
Par exemple, en classe ou à la maison, l?enseignant peut voir s?il y a des blessures fréquentes sur l?enfant, s?il se replie sur lui-même ou est très turbulent. Autant de choses qui peuvent contribuer à briser le silence. Car, comme l?indique la fameuse citation de Jacques Salomé : « Quand il y a le silence des mots, se réveille trop souvent la violence des maux ! »
<B>La non-assistance</B>
En vertu de la section XI du Child Protection Act, toute personne exerçant dans la médecine ou membre du staff d?une école, et qui a des raisons de suspecter qu?un enfant est maltraité, négligé ou abusé, doit le rapporter à la secrétaire permanente du ministère des Droits de la femme. Mais malgré cette disposition, beaucoup préfèrent se taire face à la maltraitance. Pourquoi ? « Plusieurs facteurs peuvent expliquer cela. Il y aurait, d?une part, une certaine gêne car souvent dans ces cas de maltraitance, les gens connaissent aussi "l?agresseur", ce qui fait que malgré tout, cette personne leur est familière. Vu qu?il y a une sorte de lien, les gens ont peur qu?en dénonçant les méfaits, la relation qu?ils ont avec "l?agresseur" se détériore », déclare la psychologue Christiane Fok Tong. Selon elle, ces personnes craignent des représailles ou de se voir mêlées à une histoire qui les dépasse. Lorsqu?il s?agit de l?entourage familial de l?enfant maltraité, les gens peuvent avoir un sentiment de honte ou craindre un stigmate découlant de la dénonciation, ce qui freine l?assistance à l?enfant en danger. L?Ombudsperson for Children prépare actuellement un guide à l?intention des professionnels pour leur donner les moyens de reconnaître les signes de maltraitance.
<B>Où dénoncer ?</B>
Si vous soupçonnez qu?un enfant est maltraité, il suffit de composer le 113, hotline du ministère, dénoncer le cas, de manière anonyme ou non. Vous pouvez aussi appeler les divers bureaux régionaux de la CDU à Mare-D?Albert au 627.16.00. ; à Floréal au 698.37.00. ; à Bambous au 452.59.00. ; à Bell-Village au 213.0668. ; à Goodlands au 283.49.00. ; et à Flacq au 413.13.90.
Publicité
Publicité
Les plus récents