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Malika Kallichurn, ?ki ti kui lontan? ?

6 novembre 2007, 20:00

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Un jean qui pend. Une silhouette camouflée sous une blouse ample. Si Malika Kallichurn est une gourmande, cela ne se voit pas du tout.

Rien chez elle de la caricature des personnes qui ont un rapport intime avec la cuisine. Ni embonpoint. Ni rire gras. Ni un petit quelque chose qu?elle grignoterait de temps en temps.

Elle n?a pas non plus le débit onctueux de certains convaincus de la gastronomie, qui parlent de recettes comme d?une société pour initiés. Ceux qui n?admettent pas que l?on dévie d?un iota d?une prescription culinaire. Ceux qui calibrent les dosages à la goutte près, tellement ils ont peur de tout rater.

Malika Kallichurn, c?est dans les vye caraille qu?elle est allée retrouver de quoi nous faire saliver. Celles couvertes de suie, de l?époque où le feu marchait au poukni. Où le frigo était un luxe. Où les enfants s?usaient les dents sur des sucres d?orge.

Trois ans à interroger des gens, à se faire un réseau de délices. Pour aboutir à la publication de son troisième opus : Manze Lontan, incursion dans la mémoire gustative des Mauriciens. Un livre tout en couleurs et en saveurs, relevées par les photos de Christian Bossu-Picat.

C?est en le feuilletant que nous écoutons l?auteur tourner les pages de sa vie. Raconter comment, quand elle a fait un bon petit plat, du genre de ceux qu?il faut mariner la veille, et laisser mitonner longtemps, elle n?a plus envie de manger. Qu?elle a l?estomac noué par l?anticipation des commentaires, voire des grimaces des convives. Un plaisir qui, s?il est partagé à table, est très exclusif dans son étape de préparation.

<I>?Il y a des recettes qui étaient en train de s?effacer de la mémoire des gens parce que cela faisait longtemps qu?ils n?avaient pas mangé ces plats?. </I>

Propreté frisant la maniaquerie. Il lui faut un plan de travail nickel. En cuisine, Malika ne tolère aucune présence. Gare à celui ou celle qui s?aventurerait à lui glisser ne serait-ce qu?une suggestion. Il serait vite prié de quitter les lieux.

On la sent entière et exclusive, cette célibataire qui précise trois fois en deux phrases qu?il ne faut surtout pas lui demander son âge. A tel point qu?après trois rappels, on commence sérieusement à s?intéresser à la question.

Est-ce là une blessure à vif qu?elle veut faire oublier ? Une appréhension du temps qui passe ? Peu d?éléments de réponses filtreront dans le décor formel de la réception de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) à Curepipe.

Entre deux coups de fil ? Malika est assistante à la réalisation à la station nationale ? c?est à petites cuillérées qu?elle se livre. Avec des soupirs quand on prononce les mots fast food. Ceux auxquels ?il faut bien avoir recours quand on n?a pas le temps. Vous savez, ce sont ceux qui donnent des conseils, ceux qui disent de manger moins sucré, moins salé, qui appliquent le moins ce qu?ils disent?.

A mots couverts, la jeune femme esquisse une existence relativement linéaire. A la limite aussi fade que ses recettes semblent sur papier, délicieuses et parfumées. Ingrédients de base de sa vie : sa famille. Elle, quatrième de cinq enfants, cite sa mère, ses deux frères et ses deux s?urs. ?tout le monde met la main à la pâte chez moi, même mes frères?. Elle dévoile à peine une enfance passée d?abord à Riche -en Eau, avant de se poser à New-Grove, où elle réside toujours.

Malika ajoute à cela une once généreuse des années d?adolescence passées au Collège de Lorette de Curepipe. Là où elle optera pour Food & Nutrition en HSC. ?Je m?y sentais à l?aise?. La cuisine devient l?espace d?expression rêvé de cette nature calme et taciturne. ?C?est l?époque où tout était si simple. La journée était planifiée d?avance?.

Non, on ne l?a pas particulièrement poussée. Non, elle n?aidait pas spécialement sa mère à cuisiner pour la maisonnée. C?est véritablement quand elle doit pratiquer ses plats en prévision des examens, que Malika découvre cet universde sensations.

Depuis, elle se dit portée vers la fusion. ?Bien sûr, pas n?importe quel mélange?. mais de ceux qui font saliver. Petit test : avez-vous testé la cinquantaine de recettes qui se trouvent dans votre livre. ?Presque toutes?, répond-t-elle avec honnêteté. C?est que notre regard est tombé en arrêt devant la friture de larves de guêpes. Commentaire spontané de l?auteur : ?c?est désagréable?. Ce qui n?est pas contraire à sa démarche. Celle de consigner par écrit des recettes oubliées, avant qu?elles ne se perdent complètement. ?Il y a certaines qui étaient en train de s?effacer de la mémoire des gens parce que cela faisait longtemps qu?ils n?avaient pas mangé ces plats?.

Patiemment, Malika a jeté des ponts dans ces mémoires. Elle qui dans la vie jette des ponts entre l?événement et le téléspectateur. Quand on lui demande comment elle est arrivée à la MBC, la jeune femme parle de hasard. Celle d?une petite annonce à laquelle elle a répondu. Cela fait onze ans maintenant que Malika court les plateaux, assistant le réalisateur des dossiers télé du mercredi, les retransmissions de cérémonies religieuses ou de spectacles. ?Dan sa travay la ena ler komanse pena ler fini?.

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