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Malcolm de Chazal réédité
A la fois poète, philosophe, peintre et chroniqueur, Malcolm de Chazal (Vacoas, 1902-1981), descendant d?un ancien disciple de Swedenborg, atteint la notoriété, aussi courte et relative soit-elle, après la parution de Sens Plastique en 1948, lorsqu?il est découvert et introduit par Jean Paulhan dans le cercle parisien qui forme la Nouvelle Revue française. C?est dans la Vie filtrée qu?il dévoile longuement sa conception de la poésie qui par ailleurs le poussera à créer un certain nombre d?oppositions rhétoriques assez traditionnelles et qui sera, selon J.-P. Damour, très certainement responsable de sa mise à l?écart du milieu poétique de la métropole pendant un certain temps : ?Ma poésie n?est pas une poésie de forme, mais une poésie du fond, et uniquement cela,? écrit-il. Aujourd?hui, la réédition de ses ?uvres complètes symbolise une réhabilitation du poète, la reconnaissance d?une création verbale authentique.
?Petrusmok?
Publié à Port-Louis en 1951 par The Standard Establishment et en 1979 par La Table Ovale, Petrusmok, rédigé sous forme de journal, est un roman mythique, selon le sous-titre même donné par son auteur, Malcolm de Chazal. Mythique peut-être par le fait même que dans le roman la roche instruit, le Pouce (la montagne) se gratte la tête, les montagnes prophétisent, la terre pense? D?emblée, on comprend pourquoi le livre a en réalité trois auteurs : Dieu, La Montagne et l?Editeur. L?auteur, le vrai, l?authentique, se fait dans son roman la ?Quatrième Personne? simple spectateur d?une Féerie qui le dépasse?. Effacement volontaire de soi, mais déguisé. Car notre poète national s?y fait au fond démiurge à la recherche d?un sens profond de l?univers et de ses origines dans ce ?pâté de roches dans l?océan Indien? qu?est l?île Maurice, ?pays (qui) cultive la canne à sucre et les préjugés.?
Le secret, il est inscrit à la fois nulle part et partout : dans la pierre, dans le secret du Sphinx, dans le vrai et le faux mythe, dans l?apocalypse du ciel, dans le secret du Grand Continent lémurien et, bien sûr pourquoi pas après tout, dans les expériences occultes. Mais qu?importe la division et la variété, car ?l?homme est dans tout?. Un jour, et selon la ?vision béatifique de l?esprit?, tout deviendra un : ?Tout sera Un. Et dans le Un il n?y a place que pour une chose : le Divin.?
On comprend que si l?île Maurice devient Petrusmok, c?est parce qu?au- delà du mythe qui enveloppe sa terre natale, Chazal y reconnaît qu??un peu de mon mérite vient de ces terres spirituelles qui m?ont protégé et nourri?. Petrusmok, c?est l?autre île Maurice, mythique, verdoyante et paradisiaque, que chante le poète-philosophe, dans une langue qui fait usage des métaphores et des symboles, et qui semble surgir d?un passé qui se veut tout aussi mythique: ?mon île idéale, où des fées habitent ses lieux, où la verdure ombrage des dieux, où les eaux sont si douces, et si elles le sont, c?est parce qu?elles viennent des fins fonds du passé.?
?Sens Magique?
Si écrire est, au-delà d?une simple juxtaposition des signifiants, une création d?images, il l?est par la magie des sens. Les sept cent cinquante-cinq aphorismes qui forment le Sens Magique de Chazal sont une illustration de cette accumulation d?images et de sens. Les images naissent d?entre les signes linguistiques, à travers jeux de mots, définitions, comparaisons, pensées, adages, clichés et autres, transgressant le naturel, le sens commun, épuisant la matière sensible pour atteindre une réalité autre ? réalité éternelle, spirituelle, qui confère à sa poésie une fonction prophétique. Si par nature les mots sont habités, dans Sens Magique ils se vident de leurs sens premiers pour se redonner une nouvelle destinée étymologique. Symboles des états d?âme, ils deviennent d?abord instruments à façonner la réalité ? pas étonnant alors qu?André Breton ait jugé ces aphorismes poétiques ?surréalistes?.
Quoi qu?il en soit, les réalités sont décodées et transmutées. La lecture devient alors un travail de décodage, non pas des mots mais de leurs images implicites car la magie a envahi ces mots allant jusqu?à faire du calembour un humour. Comment alors ne pas sourire devant l?image insolite que nous renvoie cette tournure : ?le nuage pleurait pour avoir trop bu? ? Ou encore devant celle-ci : ?toutes les fesses échappent à droite et gauche? ? L?envoûtement est même transmis par la graphie aussi bien que par l?image acoustique : ?midi lit l?ombre au lit.?
Si l?originalité se trouve dans le caractère abrupt des aphorismes (?Le blanc se mit au régime des couleurs pour maigrir?, ?l?électricité fait le va-et-vient pour chercher d?où elle vient?), dans l?ensemble chaque mot échappe à sa fonction d?informer pour recevoir une toute autre valeur qui se multiplie à l?infini dans et par l??uvre elle-même, restituant à sa poésie sa nature transcendante.
L?auteur, aussi bien que son lecteur, redécouvre ses sens enfouis, mais n?en rattrape aucun. Car le sens est le centre du mot qui forme avec d?autres mots un cercle. Et ?pour attraper le centre, il faut saisir le cercle. Mais comme il y a un infini de cercles on n?arrive jamais au centre.?
Pour les Editions Léo Scheer, il était important que Sens Magique et Petrusmok soient fabriqués à Maurice. La coordination du travail est assurée par l?agence Totem, l?impression chez Précigraph, la distribution par la Librairie le Trèfle.
Sens Magique et Petrusmok sont disponibles en librairie à Rs 640 et Rs 695 respectivement.
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