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Mahmoud Abbas le modéré pragmatique
Le style est bien différent de celui de Yasser Arafat, mais la revendication demeure. L?histoire des relations politiques israélo-palestiniennes, riche en malentendus, ne risque-t-elle pas d?ajouter Mahmoud Abbas à sa liste ? Parce qu?il succède à l?ennemi absolu pour les Israéliens, Yasser Arafat, et parce qu?il a su par le passé dire parfois sa vérité, non sans courage, le nouveau président de l?Autorité palestinienne a été estampillé, ici et là, comme un modéré.
Avec lui se tournerait ainsi une page épique et certainement irrationnelle du mouvement national palestinien. Une nouvelle phase s?ouvrirait, qui conforterait mécaniquement les espoirs de paix qui refleurissent dans les déclarations optimistes des diplomaties occidentales.
<B>S?attaquer à des chimères</B>
Plutôt qu?un modéré, Mahmoud Abbas apparaît en fait comme un réaliste ou un pragmatique. Cette qualité, alliée à un certain entêtement, lui permet de s?attaquer le moment venu à ce qu?il tient pour des chimères. Cela a déjà été le cas par le passé, quand il a défendu la supériorité du dialogue avec Israël sur le principe de la lutte armée. Sa condamnation de la militarisation de l?Intifada en découle. L?isolement diplomatique et l?insécurité intérieure auxquels elle a conduit plaident pour le silence des armes. Mais le réalisme commande également jusqu?où aller, ou plutôt jusqu?où ne pas aller, pour ne pas prendre le risque de se couper d?un peuple qui vient de lui donner sa propre légitimité.
Lors de son bref passage au poste de Premier ministre, d?avril à septembre 2003, M. Abbas s?était refusé à s?opposer frontalement aux mouvements radicaux palestiniens. Tout indique qu?il n?a pas changé de point de vue. Il travaille activement au « dialogue » avec les factions islamistes et espère aboutir à une trêve plus prometteuse que celle à laquelle il était parvenu, mais qui avait volé en éclats à la fois à cause de la poursuite des opérations israéliennes en Cisjordanie et des ripostes que ces opérations avaient suscitées.
On est loin de la « lutte » contre les infrastructures terroristes ou leur « démantèlement » exigés par Israël et par les Etats-Unis. Plutôt que de les écraser, M. Abbas souhaite simplement les réduire au silence, les convaincre de lui donner une chance.
<B>Pas vocation à devenir un « Karzaï palestinien » </B>
Il en va de même avec les groupuscules issus du Fatah, souvent en rupture avec lui, et que le nouveau président de l?Autorité palestinienne se fait fort de ramener dans son orbite « dans la dignité ». Il a déjà évoqué une protection, qui, si elle était garantie par les Israéliens, s?accompagnerait probablement d?une réintégration dans les institutions de l?Autorité, sur le modèle de ce qui fut fait en 1994 avec des groupes issus de la première Intifada ; tels les « faucons » du Fatah, incorporés aux nouveaux services de sécurité palestiniens déployés à Gaza et en Cisjordanie, après la signature des accords d?Oslo en 1993.
Le réalisme plus que la modération dicte également à M. Abbas sa conduite pour ce qui relève d?une éventuelle négociation de paix, même s?il faudra sans doute attendre de très longs mois avant qu?elle revienne à l?ordre du jour pour Israël. Il est de bonne guerre de fixer la barre assez haut avant le début d?un marchandage, mais les positions énoncées par Mahmoud Abbas constituent par ailleurs un ensemble cohérent. Cet ensemble tient lieu de bagage politique pour l?OLP depuis bientôt plus de vingt ans, enrichi par les échecs des négociations de Camp David et de Taba, entre juillet 2000 et janvier 2001 : les frontières de 1967 (Gaza, la Cisjordanie), mais avec la souplesse que peuvent apporter des échanges de terres, le partage de Jérusalem, qui peut cependant inspirer des solutions hardies, le règlement de la question des réfugiés, mais sur une base équitable et négociée.
Déjà accusé d?être le président voulu par Israël et par les Etats-Unis, M. Abbas n?a pas vocation à devenir un supplétif ou un « Karzaï palestinien », selon l?expression utilisée en son temps avec mépris par Yasser Arafat (avant l?élection afghane), pour stigmatiser un responsable sans pouvoirs, imposé par l?extérieur. De l?un à l?autre, pour les Palestiniens, le style a changé, mais, pour l?essentiel, la revendication demeure.
<B>@ 2 005 Le Monde ? Gilles Paris</B>
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