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Mafias italiennes : Le règne de « la?Ndrangheta »

9 septembre 2007, 00:00

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Il a fallu six cadavres sur l?asphalte, devant un restaurant italien, le Da Bruno, au c?ur de Duisbourg pour que, le 15 août, les Allemands, effarés, découvrent à quel point la ?Ndrangheta, cette mafia venue de Calabre, s?est solidement implantée dans leur pays.

Version la plus « mondialisée » des organisations criminelles, la?Ndrangheta, a un chiffre d?affaires global estimé à 35,9 milliards d?euros. Les deux tiers proviennent du trafic de cocaïne, dont elle a le quasi-monopole pour l?Europe.

Moins connue que Cosa Nostra, la Mafia sicilienne, ou que la Camorra napolitaine, la?Ndrangheta, née dans la région la plus pauvre du pays, est restée longtemps assimilée à des bandes aux méthodes brutales. Les historiens disent que son existence fut découverte en 1888, quand une lettre de dénonciation anonyme apprit au préfet de Reggio de Calabre qu?existait « une sorte de secte qui n?a peur de rien ». Le nom viendrait du grec andrangathos (homme brave).

Localement, la mafia calabraise pratique l?extorsion, l?usure et « l?expropriation mafieuse » en obligeant les propriétaires à leur vendre champs et maisons à un prix sous-évalué. Très tôt, les chefs de la?Ndrangheta comprennent que leur expansion passe par des accords avec les autres mafias nationales. Ce sera le cas avec la Camorra, à Naples, pour les cigarettes ; la bande de la Magliana, à Rome, pour les armes ; le groupe de Dante Sacca, à Milan, et les Santapaola de Catane.

Dès 1990, les Calabrais s?intéressent aux subventions de Bruxelles. Et c?est le saut de qualité : d?abord le trafic d?héroïne, puis de cocaïne. « La?Ndrangheta prend le pas sur Cosa Nostra pour la drogue. Ils ont alors des ?honorables? correspondants à demeure à Cali et à Medellin, en Colombie, qui servent de caution en attendant le paiement des livraisons de cocaïne en Europe, rappelle Nicola Gratteri, procureur adjoint de Reggio. Aujourd?hui, ce n?est plus nécessaire, la confiance des cartels est totale envers les Calabrais, considérés comme des clients sérieux qui ?parrainent? à l?occasion d?autres groupes auprès d?eux. »

<B>Le fort sentiment d?appartenance</B>

Le sentiment d?appartenance à la?Ndran-gheta est fort, car l?identité est cimentée par l?appartenance à la famille mafieuse et à sa propre famille. « Le lien de l?organisation et celui du sang sont mêlés dans un groupe dont le père de famille est le chef, et dont le fils héritera le pouvoir », nous a raconté le général Angiolo Pellegrino, commandant de l?opération Olympia, décisive pour la connaissance du fonctionnement de la?Ndrangheta.

Mais ce qui a préservé la?Ndrangheta, c?est qu?elle a toujours évité la confrontation directe avec l?État, contrairement à la mafia sicilienne, qui s?est vu décapiter par la police après les attentats meurtriers contre les juges Falcone et Borsellino au début des années 1990. Il y aurait même eu un « sommet » en 1993, après l?arrestation de Toto Riina, au cours duquel les Siciliens auraient demandé aux Calabrais, de participer à une « attaque constitutionnelle ». Offre déclinée. La?Ndrangheta préfère infiltrer la politique sur le plan local. Aujourd?hui, 34 conseillers régionaux sur 54 font l?objet en Calabre d?enquêtes.

La?Ndrangheta reste la mafia la moins réprimée. Les pouvoirs publics italiens ont séquestré pour 3 milliards d?euros de biens de la Camorra napolitaine depuis 1996, près de 1,4 milliard d?euros provenant de la mafia sicilienne, mais seulement 220 millions d?euros des Calabrais. « La?Ndran-gheta n?est pas invincible, estime pourtant Alberto Cisterna, du parquet antimafia de Reggio. Mais il faut que l?État cible ses objectifs et se concentre sur les quinze familles les plus puissantes. » En attirant l?attention lors de la tuerie de Duisbourg, les clans de San Luca ont-ils commis leur premier faux pas ?

<B>@ 2 007 Le Monde ? Jean-Jacques </B>

<B>BOZONNET et Marie-Claude DECAMPS ? (Distribué par The New York Times Syndicate)</B>

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