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Madan Dulloo veut liquider un passif lourd
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Madan Dulloo veut liquider un passif lourd
Madan Dulloo veut, en effet, s?inspirer des grands, avec comme force intérieure sa foi dans le divin. Une religiosité qu?il ne veut pas envahissante mais qui est bien présente. Il dira, par exemple, que le rituel ne le tirera pas d?une réunion importante mais, en même temps, il ne faudrait pas, selon lui, négliger cet ensemble de traditions dont il ne faut pas faire abstraction. C?est l?un des traits de son caractère. C?est ce qui lui conférerait ce statut «de politicien intègre qui a toujours un idéal dont celui de défendre les plus vulnérables», comme le confie l?un de ses anciens collaborateurs.
Un parcours. Un idéal. Mais une instabilité certaine, pour de nombreux observateurs. Deux fois révoqué comme ministre en 1994 et 2008, leader d?un petit parti, le Mouvement militant socialiste mauricien (MMSM), qui s?est raccroché à des locomotives, hormis le Mouvement socialiste militant (MSM), avant sa récente réintégration au Mouvement militant mauricien (MMM), Madan Dulloo est loin d?être une exception à l?opportunisme qui caractérise les politiques locaux.
Mais la constante de son parcours est que, depuis la cassure entre Bérenger et sir Anerood Jugnauth (SAJ) en 1983, il semble toujours chercher sa voie. Nostalgique de la belle époque du MMM des années 1970 ? Sans doute. Mais le retour aux sources est aussi un moyen de donner plus de chances à des ambitions plus grandes.
<B>Une certaine experience</B>
Madan Dulloo s?est donc retrouvé une âme de militant, et ceux qui l?ont connu à ses débuts estiment qu?il mérite une nouvelle chance. «C?est le propre du politique que de pouvoir durer. À ce titre, on peut dire qu?il l?a fait avec plus ou moins de succès, ayant connu au début des années 1990, l'apogée de sa carrière politique. Je regrette seulement qu?il n?ait pas rejoint le MMM dès 1993», déplore l?un de ceux qui l?ont connu dans les années 1980. «S?il avait rejoint le MMM en 1993, aujourd?hui les choses auraient été différentes», enchaîne un ex-MMM qui animait avec lui l?aile gauche du parti des années 70.
Qu?est-ce qui explique qu?il ait fait en 2008 le saut dont il s?était privé en 1994 ? Lui-même avoue qu?il y a un élément «d?orgueil». Aujourd?hui, le revirement relèverait davantage d?une certaine «expérience politique» plutôt que du désir de ne pas donner «raison aux rumeurs». Il y aurait une part de vrai dans cette posture, selon des observateurs. C?est notamment le cas de l?un de ceux qui étaient à ses côtés au sein de l?aile gauche du MMM. «C?est un homme très doux et calme à qui il ne faut pas imputer des motifs sombres. Lorsqu?on était au MMM, on a eu une réunion du comité central où on avait fait un walkout. Madan était présent et il a été le dernier à quitter la salle. À ce moment précis, SAJ devait lancer : ?Toi aussi Madan ! L?homme peut se dresser contre l?autorité pour certaines questions de principe», raconte notre interlocuteur.
Ce même Madan Dulloo, après les élections de 1977, préférait se rendre à une réunion de l?aile gauche plutôt qu?à celle du groupe parlementaire de son parti. C?est ce qui pourrait aussi expliquer que le personnage peut parfois prendre des positions d?arrière-garde. «Il est, en ce sens, un traditionnel. Par exemple, il aurait pu consacrer toute son énergie à professionnaliser l?agriculture alors qu?il a pris des positions qui pouvaient paraître trop classiques», explique un ancien proche.
Quel sera donc le nouveau combat du Madan Dulloo, militant nouvelle version du MMM ? L?homme veut donner le meilleur de lui-même. Mais la question se pose de savoir si les circonstances le lui permettront.
<B>?S?il y a une possibilité de devenir PM, pourquoi pas !» </B>
● <B> Est-ce lorsque sir Anerood Jugnauth vous a envisagé comme son dauphin au MSM que l?idée de devenir Premier ministre (PM) a pris forme chez vous ? </B>
Je n?ai jamais pensé en ces termes. Mais il est vrai qu?on peut mieux servir le pays en devenant Premier ministre. D?ailleurs, ce n?est pas SAJ qui m?a désigné comme dauphin mais des analystes, des observateurs et des journalistes.
● <B> En devenant PM, on peut mieux servir le pays. Est-ce la raison pour laquelle vous avez réintégré le MMM ? </B>
Oui et non. S?il y a une possibilité de le devenir, pourquoi pas ! Mais l?objectif principal, c?est que nous puissions tous, au sein du MMSM, intégrer un parti qui soit le plus proche de nous et préparer un gouvernement d?alternance.
● <B>Devenir PM même en n?étant qu?un paravent?</B>
Cela me rend malade qu?on ne voit en moi que l?hindou ou le vaish. Cela me gêne car je ne fais pas les choses en ayant cela en tête. Parce que je suis contre cette attitude, ma manière de faire a pu même me desservir sur le plan politique.
● <B>On vous dit émotif. Est-ce ce qui vous fait verser des larmes à certains meetings ? </B>
La nature, c?est notre guide et notre inspiration. Et les sentiments font partie de la nature. Je confirme que j?ai déjà versé des larmes. Par exemple, au meeting de lancement du MSM en avril 1983, sous une pluie diluvienne.
● <B>Certains vous ont collé l?épithète ?pagla mamoo?. Cela vous agace-t-il ? </B>
Tout dépend de la façon dont on veut l?interpréter. Dans la culture hindoue, pagla peut être un terme affectif. Je dois cependant préciser que l?expression était surtout utilisée pour sir Anerood Jugnauth au départ et non à mon égard. À la fin des années 1980, lorsqu?il y avait un problème, ses collaborateurs venaient me voir pour intercéder en leur faveur et me disaient que ?pagla mamoo pe pik so kriz?. C?est dire que tout n?est qu?une question d?interprétation.
<B>Itinéraire</B>
Issu d?une famille de huit enfants de Port-Louis, Madan Dulloo se décrit comme quelqu?un de sociable. Son enfance, il la passe entre la rivière Latanier, le ruisseau Terre-Rouge ou avec les pêcheurs de Roche-Bois. Son père, employé de magasin, et sa mère, femme au foyer, l?encouragent dans ses études. Aujourd?hui, Madan Dulloo revendique cette enfance comme le temps qui lui a permis de se construire une conscience nationale. «De mon lieu de résidence à mon école primaire à la rue Arsenal et, ensuite, jusqu?au collège Royal, de mes sorties avec mes amis à mes balades autour de l?île sur ma première bicyclette que j?ai eu en Form III, tout cela fait que j?ai toujours été en contact avec des gens de toutes les communautés. Tout cela fait que je pense au pays en terme global. Le fait que mes parents étaient des orphelins adoptés est une source inépuisable d?humilité.»
Ses études terminées, il enseigne au secondaire, économise et part pour étudier le droit en Angleterre. Là-bas, les études se conjuguent avec des emplois à temps partiel. Pendant trois ans, il sera classé premier parmi les étudiants du Commonwealth à la Middle Temple Inn School of Law de Londres. Cela lui vaudra une bourse pour un doctorat en droit civil à la Sorbonne. Là, il développe vite une affinité avec les idées de gauche. Il prend part à des activités politiques et finit par rencontrer Hervé Masson Sr. «C?est lui qui m?a convaincu d?intégrer le MMM. C?est ce que je ferai à mon retour au pays. Il s?agissait de servir les gens qui souffrent. En tant que conseiller légal de nombreux syndicats, j?étais en contact constant avec les employeurs, la bourgeoisie d?État et les capitalistes du privé. En fin de compte au sein de l?aile gauche du MMM, on a fini par ?uvrer pour une synergie qui comprendrait le capital privé, le secteur public et les employés afin de parvenir à l?autosuffisance. Aujourd?hui, je peux dire que le temps nous a donné raison. À cette époque lorsqu?on préconisait une alliance entre petits planteurs et barons sucriers, certains étaient soit scandalisés ou se moquaient de nous !» Depuis beaucoup d?eau a coulé sous les ponts.
Et l?histoire est connue. Lors de la cassure de 1983, il sera un des membres fondateurs du MSM. Il occupera plusieurs ministères jusqu?en 1994 et présidera, entre autres, les comités d?élite sur la drogue et sur les langues orientales avant d?être expulsé du gouvernement. Il fonde alors le MMSM en avril 1995. Il sera la même année le candidat malheureux de l?Alliance nationale où figure le MMM à l?élection partielle de Flacq-Bon-Accueil. Aux législatives de 1995, il est pour la première fois battu depuis 1976 à Grand-Baie-Poudre d?Or. Élu au sein de l?Alliance sociale en 2005, il est une nouvelle fois révoqué en mars 2008. Finalement, il décide de dissoudre son parti et d?intégrer le MMM.
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