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Météo politique
Les sondages, c?est comme la météo : au final, le temps qu?il fait n?est jamais ce qui est annoncé. L?Alliance gouvernementale va sans doute trouver quelque réconfort dans le dernier sondage « Sofres » publié par « Business Magazine » ; il indique que deux Mauriciens sur cinq n?ont pas, à ce jour, de préférences politiques.
On aurait pu penser qu?ils se trouveraient massivement dans les rangs de l?opposition. Pas du tout. Le Parti travailliste se paie même le luxe de devancer le MMM sur le plan des loyautés politiques. Le rapport des forces démontre que rien n?est encore joué.
Mais la grande leçon de ce sondage est ailleurs ; il fait voir combien grand est le fossé entre la réalité des réalisations gouvernementales au niveau du développement économique et la perception négative d?une forte majorité des électeurs. Alors que le pays connaît une croissance soutenue, que des milliers d?emplois ont été créés, que l?investissement direct étranger afflue, que les principaux secteurs d?exportation progressent, que la « Heritage Foundation » déclare que Maurice « is assessed as having the second most improved economy over the last year », les Mauriciens, eux, se déclarent « insatisfaits » par rapport à l?économie. Qu?est-ce qui explique cette apparente contradiction ?
Un fait, et un seul : la perte du pouvoir d?achat. Les augmentations successives des prix des produits et services depuis deux-trois ans frappent durement les consommateurs. Mal informés par un gouvernement nul en matière de communication, les Mauriciens sont persuadés que la cherté de la vie est due essentiellement à la réforme économique impulsée par le ministre des Finances. C?est le contraire qui est vrai ; si les réformes avaient été réalisées plus tôt, les Mauriciens auraient été mieux lotis aujourd?hui. On ne va pas blâmer le citoyen lambda quand on sait combien cette perception a été nourrie par des gens de la majorité gouvernementale eux-mêmes. Elle est maintenant ancrée dans l?esprit des Mauriciens dont 69 % disent qu?ils ne sont pas satisfaits de la performance économique de leur pays, cette même performance que le « Financial Times » vient de qualifier d?« impressive ».
Face à la nouvelle donne de l?économie mondiale, au renchérissement du prix et de la rareté des denrées alimentaires, de l?augmentation continue des produits énergétiques sur lesquels le gouvernement a peu de prise, il ne reste qu?un moyen pour permettre aux consommateurs de s?ajuster : augmenter les salaires. Bien sûr, ce n?est pas si simple. Décréter, sans considération du niveau de la productivité et de la croissance, des augmentations généralisées de salaires produirait des effets catastrophiques. Les salariés seraient soulagés, mais les chômeurs condamnés.
Je ne vois pas, cependant, comment le pays pourrait faire l?économie d?un ajustement salarial significatif au cours des prochains mois. Pour une partie des salariés, la cause est entendue. Les 80 000 employés de la fonction publique s?apprêtent à bénéficier d?une amélioration conséquente de leurs conditions salariales. Le « Pay Research Bureau » parle d?une enveloppe de plus de Rs 4 milliards. Pour les autres, une négociation plus large, dépassant le simple exercice technique des tripartites traditionnelles, doit être envisagée cette année. La paix publique en dépend. Les Mauriciens sont à bout.
Je crois venu le moment de définir un nouveau pacte social. Il faudra un effort conséquent du patronat sur les salaires dans tous les secteurs qui peuvent se le permettre ? ils sont nombreux ? et une contre-partie négociée avec les employés pour une productivité accrue. Il est vrai que le contexte est difficile, en particulier pour les entreprises d?exportation, notamment les usines textiles qui subissent déjà les effets du ralentissement de l?économie sur leurs marchés. Toutefois, les salariés ont besoin de plus d?argent, ils doivent pouvoir l?obtenir, mais il faut qu?ils travaillent davantage, faute de quoi, le système s?écroule. Je crois qu?il est possible de réconcilier ainsi les Mauriciens avec l?économie. Ils ne comprendront le sens de la croissance économique que lorsqu?ils auront plus d?argent dans les poches.
Un autre aspect du sondage « Sofres » qui mérite attention porte sur les intentions de vote. À deux ans des élections, et avec près de 40 % des électeurs refusant de se déclarer, il convient de se montrer prudent. Mais il est quand même possible de tirer quelques enseignements incontestables : quelles que soient les évolutions, le pays reste sous l?emprise de deux grands partis politiques de force plus ou moins égale, mais chacun puisant son électorat majoritairement dans un groupe ethnique distinct. Le Parti travailliste dépasse le MMM d?une courte tête, 25 % contre 22 %. C?est plutôt intrigant : les travaillistes sont au pouvoir, ils ne sont pas un modèle d?efficacité gestionnaire, le contexte international les dessert? on aurait pensé que l?opposition MMM serait à la fête. En alliance, il est vrai, les deux partis de l?opposition remporteraient les élections mais avec 40 % d?indécis, le résultat est fragile. De plus, je ne vois pas comment le MMM pourrait accommoder les prétentions exorbitantes d?un MSM crédité de 8 % d?intentions de vote. Cela dit, malgré la modestie de son score, le MSM s?installe dans le rôle d?un parti d?appoint qui déterminera le camp des gagnants.
Compte tenu de l?actuel rapport des forces, les électeurs ont bien compris que malgré la virulence de leurs propos sur les estrades publiques, les trois principaux partis n?ont qu?une obsession : quelle alliance conclure et selon quelle formule. C?est ce qui conduit à cette apparente indifférence et à un certain cynisme. À l?exception des électeurs MMM qui sont assez cohérents, ils sont 60 % à souhaiter une alliance avec le MSM, et presque autant à s?opposer à tout rapprochement avec les travaillistes.
Reste un phénomène qui n?apparaît pas encore dans les sondages et qui, je le gage, comptera de plus en plus : l?effet Grégoire.
S?il réussit son coup le 1er Mai, c?est lui qui bouleversera l?échiquier politique.
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