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L’éternité

10 avril 2005, 00:00

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L’idée d’éternité n’est pas une idée confuse. C’est bien plutôt ce qui change, qui défie la pensée. Faire de l’éternel l’objet du désir, ce n’est donc point donner en capture une chimère, une chose impossible. L’idée d’un bien éternel n’est point contradictoire et peut-être un tel bien existe-t-il. Le vice du bien éternel n’est pas d’être inconcevable, ni d’être irréel ; c’est qu’on ne peut le désirer. L’éternité, dit-on, nous fait signe à travers les objets fugaces et décevants du désir, à travers le désir lui-même en tant qu’insatiable, toujours tourné vers le passé et le futur, incapable de se contenter de l’instant. Mais cette éternité ne se montre que pour se dérober. « Notre royaume n’est pas de ce monde », mais nous, nous sommes dans ce monde, soumis à la loi du temps. Loin de satisfaire le désir, l’affirmation d’un objet éternel comme véritable objet du désir nous abandonne à une insatisfaction cette fois insurmontable. Celui qui croit que son désir est le désir de ce beau corps, peut connaître la satisfaction, ne serait-ce qu’un instant ; du moins peut-il croire qu’il va le connaître ; plus encore que la souffrance, ce délai qui m’impose le temps est espérance. Mais si l’ivrogne sait que c’est de Dieu qu’il a soif, comme le dit Male-branche, il sait du même coup qu’il ne peut, en cette vie, l’étancher. L’affirmation de l’éternel est affirmation de la déréliction de l’être temporel. L’éternité n’est peut-être que l’illusion que forge le désir, cette illusion n’est pas consolante, mais désolante.

À tout le moins, dira-t-on, cette illusion est-elle la promesse d’une béatitude infinie. Si cette vie est vouée au malheur de l’attente, nous serons un jour délivrés du temps, nous connaîtrons le bonheur éternel. Étrange abolition du temps, qui prend place dans le temps, synthèse incertaine de l’immortalité et de l’éternité, où se trahit sans doute l’affolement d’un désir qui ne peut ni concevoir ce qu’il veut, ni vouloir ce qu’il conçoit. Mais là n’est pas la difficulté insurmontable ; peut-être la raison peut-elle, doit-elle, reconnaître sa limite : que la vie éternelle vienne au-delà du temps, est-ce vraiment plus incompréhensible que l’apparition, au cours de l’histoire, de vérités sans rapport au temps ?

  • Christophe Vallée remercie les auteurs des nombreuses lettres qu’il reçoit chaque semaine et se fait toujours un plaisir d’y répondre même avec du retard. N’oubliez pas,chers lecteurs de mentionner votre adresse, comme quelques distraits…

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