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L’État français opposé à des présumés trafiquants de pièces archéologiques

14 juillet 2005, 00:00

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“L’affaire des canons portugais”, ce pourrait être le titre d’un roman d’aventures. Une histoire de pirates, et de trafiquants de pièces de collection. Le décor est facile à planter. Le drame se noue dans les eaux chaudes et tropicales des mers du sud, dans le canal du Mozambique. Les personnages : des flibustiers et des trafiquants professionnels, plongeurs expérimentés, avides d’aventure et d’argent. L’aventure s’arrête à Mayotte quand leur navire est arraisonné par les douanes. Dans les cales : douze petits canons en bronze, frappés des armoiries portugaises et datant du XVIe siècle

A l’époque, les douaniers s’interrogent à la découverte des fameux canons. Une enquête est ouverte. Contacté par la direction générale des douanes, Michel L’hour, conservateur en chef du Département de recherche archéologique subaquatique et sous-marine basé à Marseille (Drassm), et responsable, entre autres, des littoraux des Dom-Tom, est désigné comme expert du gouvernement dans l’affaire. Très rapidement, il vient confirmer la valeur historique “incontestable” des dits canons. Il s’agirait en effet de canons ou pierriers à boîte en bronze, que l’on charge par l’arrière

<B>“Une découverte fortuite”</B>

“Les canons ont été confisqués dans le cadre d’une instruction qui suit son cours”, explique Guy Jean, le procureur de la République de Mayotte, contraint au devoir de réserve, en attendant la fin de l’instruction. En attendant, les canons sont conservés précieusement depuis un an, dans un site tenu secret et “bunkerisé” de la capitale mahoraise. “Ils sont malheureusement très abîmés, explique Michel L’hour, et la Drassm en assure la conservation, en finançant un traitement par électrolyse”, précise-t-il.

Entendus par les douanes au moment de la saisie, les présumés trafiquants de pièces archéologiques, “un groupe de ressortissants français”, avaient déclaré les avoir découverts “fortuitement sur un banc rocheux dans le canal du Mozambique”. “De fausses déclarations”, selon Michel L’hour, auditionné il y a quelques mois pour les besoins de l’enquête pour le compte du ministère de la Culture. “J’ai d’excellentes raisons de penser que ces déclarations sont entachées de fraude”, a-t-il expliqué lors de son audition.

Pour lui, “ce n’est pas une découverte fortuite”, et les plongeurs auraient également menti sur la provenance des canons. Quant à leur destination – certaines sources évoquent une éventuelle revente au Louvre des Antiquaires – Michel L’hour a également sa petite idée. “Ce sont des gens qui connaissent le monde de l’épave, explique ce spécialiste du monde sous-marin. On ne tombe pas par hasard sur douze canons, ils doivent provenir d’un site homogène, et dans ce cas, on peut considérer que l’épave est importante”, ajoute ce dernier, tout en pesant ses mots, secret de l’instruction oblige.

Les pilleurs présumés affirment, quant à eux, avoir trouvé les canons hors des eaux territoriales françaises. Michel L’hour en doute. “De toute façon, la France a beaucoup de territoires dans le canal du Mozambique”, souligne l’expert. Eaux territoriales ou pas, selon lui, il s’agit avant tout de protéger des sites sous-marins et des biens culturels qui appartiennent au patrimoine de l’humanité. Depuis son audition par la justice en métropole, Michel L’hour reçoit de nombreux appels des avocats des présumés trafiquants qui estiment avoir été spoliés de leurs biens.

Mais Michel L’hour n’en démord pas. “Il existe un code du patrimoine et une législation très précise pour garantir la protection des biens culturels maritimes, et ils doivent être respectés”, explique-t-il. Pour lui, l’issue de l’enquête est connue d’avance. “Il est à peu près sûr qu’ils (NdlR les présumés trafiquants) vont perdre le procès”, estime le spécialiste. L’enquête suit son cours. “On devrait en savoir plus à la rentrée”, conclut le spécialiste.

<B>Emilie REFAIT</B>

<I>Le Quotidien de la Réunion</I>

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