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L’exercice du métier de journaliste : une dure réalité

14 juillet 2005, 00:00

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L’avènement de la société démocratique aux Comores, sous le régime Djohar, s’est-elle développée avec la liberté de la presse ? Plus précisément, la démocratie naissante aux années 90 a-t-elle évolué avec des médias indépendants ? Difficile de répondre par un oui ou par un non, tant les paramètres dégagés et les questions soulevées sont nombreux.

L’ouverture politique voulue par un président flegmatique est surtout marquée par la naissance de radios privées communautaires, de télévisions de quartier et de villages, mais aussi par une profusion de titres et de publications privées divers.

Cependant, quoi que l’on en dise, à l’exception notoire de Djabal TV et de TVsha qui ont animé des émissions d’ordre politique réservées à l’élite, cette liberté-là n’a pas été bénéfique pour la presse comorienne. C’est pourtant durant cette période que naîtra le code de l’information ; une loi inadaptée, contraignante, prévoyant même des peines lourdes de 1 mois à 2 ans pour offense au chef de l’Etat ou divulgation d’un secret militaire….

Durant cette courte période, pendant que des réformes importantes sont entreprises dans le domaine économique et notamment dans le secteur privé, sa participation dans la prise des décisions qui le concernent, l’obligation de la procédure d’appel d’offres dans la passation des marchés publics, de nombreux projets de loi dont le code électoral sont toilettés pour faciliter l’implication des acteurs politiques de tous bords dans les structures électorales et d’homologation. Pendant ce temps, le code de l’information, première loi sur la presse des Comores indépendantes, a été élaboré en coulisses, sans concertation avec ceux qui exercent le métier…

Les médias, tout le monde le reconnaît, sont le reflet des débats démocratiques qui agitent la société; débats qui, en principe, débouchent sur des choix politiques. La presse informe et aide à la prise des décisions des citoyens dans ces choix politiques.

Mais, le métier de journaliste aux Comores est confronté à des contraintes majeures. Contrairement à ses pairs, le journaliste n’a doit qu’à une information filtrée, n’a pas toujours accès quand il le souhaite aux sources d’information. Il ne bénéficie pas non plus d’une libre transmission des nouvelles et d’une libre expression des opinions. Rarement les arrestations des journalistes sont le fait de violations du code de l’information. Les licenciements du journal Alwatwan sont prononcés parce qu’un opposant politique a été cité (Mohamed Hassan licencié en couvrant simplement le procès Cheikh Ali), un scandale financier dénoncé (affaire Ashley), le refus de signer “la rédaction” un papier de la présidence (Hassan Moindjié, Pétan Moegnihazi, Ali Amir, Tidjara Djoumoi), ou la dénonciation des affaires de corruption (affaire Ben Abdallah).

Ni portable, ni ordinateur</B>

Dans la presse indépendante, de nombreuses arrestations et emprisonements sont perpétrés pour diffamation (Affaire la Gazette), ou simplement pour refus du journaliste de citer ses sources (Mchangama de l’Archipel). Alfadjiri, journal édité à Anjouan, est frappé d’interdiction par ce qu’il ne plait pas tout simplement à l’exécutif de l’île. Or, ces libertés que les journalistes revendiquent ne sont pas seulement utiles à leur métier, mais sont nécessaires pour le public à qui ils s’adressent.

L’usage de la liberté d’expression impose de devoirs plus qu’il ne crée de droits. Il impose aux journalistes que nous sommes le respect rigoureux des règles et principes de la déontologie.

La stricte application des normes professionnelles s’accompagne de la liberté de la presse. On ne peut crier pour la liberté et bénéficier d’une situation privilégiée, sans qu’on ne s’oblige nous-mêmes et simultanément à mériter le respect des lecteurs et auditeurs en leur offrant des services de qualité.

Dans la pratique, la défense de la liberté de la presse oblige aussi les employeurs des journalistes à garantir à la profession une sécurité matérielle et morale. Maintenus dans une misère matérielle criante, les journalistes comoriens ont toutes les peines du monde à s’offrir un ordinateur, un téléphone fixe ou un portable…. Ils ne bénéficient d’aucun traitement de faveur, ni dans leur communication nationale ou internationale ou l’envoi postal des journaux à l’extérieur…

L’absence d’une organisation des médias ou des journalistes, fonctionnelle, empêche d’influer pour changer l’anarchie et la médiocrité qui règnent dans le paysage médiatique comorien et contribue de beaucoup à ce désintérêt de la profession de la part des décideurs. Le monde de la presse est dominé, avouons-le, par des animateurs et des amuseurs de grand public. On feint d’oublier que l’exercice du métier de journaliste requiert une culture générale permettant la compréhension du monde et un esprit critique. Bon nombre d’entre nous (moi compris), ont appris le métier sur le tas et nous buttons pour la plupart, y compris et jusque dans la recherche de l’information, l’utilisation des sources, les choix de traitement de l’actualité. On nous reproche aussi de médiocrité, de se complaire dans les commentaires et faire l’amalgame avec les faits, de ne pas maîtriser les genres journalistiques (interview, portraits, reportages, enquêtes...)

La liberté de la presse n’est pas une idée isolée, mais un espace qui s’accompagne de tous ces paramètres et qui interpelle le journaliste à plus de responsabilité.

<B>Ahmed ALI AMIR</B>

<I>Al WATWAN</I>

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