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L’examen du scandale des questionnaires en balade
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L’examen du scandale des questionnaires en balade
On pensait avoir fini avec le sac d’embrouilles que constituent lesfuites de questionnaires aux examens du SC/HSC de novembre-décembre 1981et les polémiques et volte-face s’ensuivant. Rien n’est cependant acquis dans une situation aussi anarchique. La relecture des journaux de la mi-novembre 1981 n’apporte guère d’éclaircissements ni de précisions dans ce maelström d’informations et de manipulations. Il n’est pas facile, par exemple, de trouver la précision que les examens du HSC sont renvoyés à juin 1982. Egalement difficile de dire dans quelles conditions se déroulent ceux du SC d’abord renvoyés à janvier 1982 pour avoir lieu ensuite à partir du 23 novembre 1981. Une chose est certaine : ce ne sont plus des élèves de classes terminales qui prennent la direction des salles d’examens mais de véritables toupies malgaches devant subir les coups de fouet répétés d’annonces officielles ou officieuses mais en tout cas contradictoires, parvenant d’un ministère de l’Education plus chaotique que jamais mais qui n’hésite pourtant pas à jeter l’opprobre sur des pays sinon amis du moins voisins.
Les présentes réminiscences donnent aujourd’hui un aperçu de ce carrousel éducatif, tournant autour d’un scandale assez grave pour prendre le dessus sur la seconde dévaluation de notre roupie, en tant qu’événement résumant à lui seul l’“annus horibilis” 1981. Demain, nous tenterons un rappel des faits sous-jacents aux événements faisant les titres des journaux de cette mi-novembre. Excellente occasion pour mesurer combien l’information, que nous donnent nos journaux, peut parfois être incomplète simplement parce que des politiciens et des hauts fonctionnaires s’estiment autorisés de confisquer des informations susceptibles d’intéresser directement une majorité de Mauriciens.
Des recoupements postérieurs, faits avec l’aide aimable d’acteurs malgré eux de cette farce tragi-comique, permettent de soutenir que les examens du SC ont bien lieu à partir du 23 novembre 1981 avec quatre semaines de retard pour prendre fin un mois plus tard, à la veille de Noël. Ils peuvent avoir lieu grâce à une série complète de questionnaires de rechange dont dispose Cambridge. Les candidats prennent connaissance au compte-gouttes de l’horaire des différentes épreuves de ces examens.
Les examens du HSC sont finalement renvoyés à juin 1982 pour se dérouler en même temps que ceux du GCE “advanced level”. Ils ont donc lieu en même temps que les législatives du 11 juin 1982, se soldant par le premier 60-0 de l’histoire politique de Maurice. Cela explique le silence médiatique à leur sujet. Beaucoup de candidats, dont certains de ceux qui pensent pouvoir figurer parmi les lauréats de cette promotion 1981, craquent et résistent difficilement à la pression des événements. Traumatisés par ces chocs successifs, ils laisseront leurs meilleures chances de briller à d’autres plus sereins et plus flegmatiques.
Dans ce dédale journalistique, le fil d’Ariane offrant les garanties les plus sûres, demeure d’ordre chronologique, quitte à ce qu’un événement donné en appelle logiquement d’autres. Voici donc un rappel des titres de la presse pour la période s’étalant du 14 au 22 novembre 1981.
A cette date, les examens du SC/HSC sont toujours officiellement renvoyés. A quand ? De laborieuses discussions débutent à ce sujet. Le Dr Wild de Cambridge et Jagatsingh participent à leurs premières séances de travail à ce propos. On parle de possibilités de cours de révision. L’express s’en prend aux fonctionnaires et aux politiciens, accusant la presse d’avoir agi comme des receleurs, en révélant en plein jour l’ampleur de ce scandale. Une étudiante écrit aux journaux pour dire sa révolte et son indignation. Maryse Piat se demande où va l’île Maurice si nos collégiens s’initient aux rouages de la fraude et de la corruption. Un fidèle du PTr, Cyril Monty, approuve totalement la décision journalistique de diffuser le contenu des copies de questionnaire vendues sous le manteau.
C’est alors que Jagatsingh vient en avant avec la thèse d’une connexion seychelloise pour expliquer les fuites. S’ensuit une polémique avec Paul Bérenger. Celui-ci : “Les questionnaires ne sont pas les mêmes pour lesSeychelles et Maurice”. Beck : “Faux ! Ce sont les mêmes. Du moins en ce qui concerne les maths”. Cambridge prend donc à contre-pied les Seychelles mais y autorise la tenue des examens de maths prévus pour le 18 novembre. Bérenger somme Jagatsingh de prouver ses allégations concernant la connexion seychelloise. Le MMM fait savoir que Beck lui déplaît souverainement. Wild confirme la similitude entre les questionnaires à Maurice et aux Seychelles mais celles-ci ne pouvaient le savoir avant le 16 novembre. Le MMM réitère le déplaisir que lui procurent Wild/Beck. Ces derniers le reçoivent. Il exprime son entière satisfaction d’avoir été reçu par cette paire d’officiels de Cambridge. Le Pakistan fait savoir n’avoir noté aucune fuite de questionnaire sur son territoire. Wild confesse n’avoir aucune idée quant aux origines des fuites. L’on apprend que la Commission Latour-Adrien devra se pencher sur les origines de ces fuites. Le MMM exige que Jagatsingh fasse en public son autocritique et que cette Commission se mette au travail au plus vite. (Elle le fera à partir du 10 décembre 1981). James Burty David souligne l’irresponsabilité du MMM. La presse travailliste parle d’une nouvelle affaire Sheik-Hossen.
Reprenons l’ordre chronologique. Au 16 novembre 1981, aucune date n’est arrêtée quant au report des examens du SC/HSC. Certains avancent à ce propos la date de mars 1982. D’autres parlent plutôt de la période s’étalant de mars à juin 1982. Un front anti-fraudes et anti-fuites ne suscite qu’une faible mobilisation. Un comité Manrakhan bute sur de nombreuses divergences et dissidences. Il parvient tout de même à interroger certains directeurs de collège. On y évoque la possibilité d’une difficulté pour ceux devant prendre part simultanément aux examens du HSC et à ceux du GCE “advanced level”. Cambridge, la première, recommande aux élèves prenant part à ses examens de ne pas essayer de lire ses questionnaires recto verso simultanément.
On en est là, dans la confusion la plus totale quand, le 16 novembre 1981, Jagatsingh effectue la volte-face la plus surprenante et annonce la reprise des examens du SC à partir du lundi 23 novembre 1981. Merci pour le préavis ! Il annonce de nouvelles attributions pour la Commission Latour-Adrien. Pas de commission d’enquête, en revanche, sur les fuites aux examens des Standards IV et V. Jagatsingh : “Il n’y a pas de volte-face de ma part. Je ne suis pas prisonnier de mes propos. Je n’ai jamais accusé le MMM ni les Seychelles. (Comprenne qui pourra). La poursuite des examens du SC et le renvoi à juin 1982 de ceux du HSC se justifient”. Le MMM parle de honteuse volte-face et déchaîne l’ire travailliste. F.A. éditorialise au sujet des sœurs jumelles que sont les escroqueries exploitant les fuites de questionnaire ou le bon acte de naissance.
A demain pour quelques gais dessous d’un bien triste scandale éducatif.
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