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L’essentiel et l’accessoire
C’est une évolution qui n’a fait que s’accentuer depuis le début des années 80. Le budget mobilise toutes les ressources de la communication politique. Les principaux blocs mettent tout en œuvre ces jours-ci pour conditionner l’opinion publique. Les gouvernants font craindre le pire tandis que les opposants invitent le peuple à réclamer des cadeaux. Dans le concert des slogans et des statistiques abrutissantes qui s’ensuit, on a de la peine à distinguer l’essentiel de l’accessoire.
Pourtant, si on fait l’effort de ne pas tenir compte de la mise en scène qu’il se croit obligé d’assurer, on découvre que le Premier ministre a dévoilé, samedi, une réforme d’envergure. On a souvent entendu les incantations des précédents gouvernements sur les mesures à adopter pour réduire les déficits publics, mais dans la pratique rien ne se passait. Les dépenses du gouvernement continuaient à surpasser ses revenus. Les archaïsmes qui grippaient la machine économique, telles les tripartites et les lois de travail trop rigides, perduraient. Navin Ramgoolam apporte un souffle nouveau. Il prend l’engagement d’en finir avec ces pratiques obsolètes.
De même dans la lutte contre le gaspillage, il passe du discours à l’acte. Il ordonne la fermeture de la DWC, un canard boiteux dont l’inefficacité a été tolérée pendant trop longtemps.
Dans la foulée, il invite ses ministres à voir les choses dans une perspective anti-gaspillage. Ainsi, même si le Premier ministre lui a demandé de parler pour “faire rire” l’auditoire, le ministre Mahen Gowressoo a fait une remarque intelligente à une fête religieuse vendredi. Il a fait ressortir que le bureau du ministre de la Culture en Chine n’emploie que 250 personnes alors que le sien “ena 200 dimounn ek mo bann paraetatik ena 600 dimounn”. Il s’est ensuite exclamé “Vremem nou fer gaspiyaz”. Les Mauriciens ont parfois tort de ne pas prendre au sérieux le cher Gowressoo.
Les effectifs de la fonction publique ne constituent, bien entendu, qu’une des variables de l’équation budgétaire. Pour régler le déséquilibre fiscal, il faut débusquer d’autres économies. Par exemple, a-t-on pensé à contrôler les dépenses occasionnées par les conseillers politiques et les colleurs d’affiche qui sont nommés directeurs et présidents des corps parapublics ? Aussitôt nommés, ils se ruent avec indécence vers les concessionnaires de véhicules de grande marque ! Pour donner un air de sincérité à ses propos pré-budgétaires, le Premier ministre aurait pu annoncer des coupes dans le budget des conseillers.
Quant à ses propos sur la dette, ils font partie de l’argumentaire traditionnel des gouvernements avant le budget. Anerood Jugnauth disait, au début de son mandat, en 2 000, que des sacrifices seront réclamés à la population parce que “les dettes du CEB et de la STC dépassent les Rs 4 milliards”. Chacun se plaint de l’héritage de son prédécesseur. C’est la règle du jeu.
Jeu ? Il l’est, en effet, à bien des égards. Les positionnements des uns et des autres sont rarement le résultat de convictions profondes. Par exemple, après avoir descendu le projet de “duty-free island” annoncé dans le budget de l’année dernière, le Premier ministre vient d’annoncer “la mise en chantier du démantèlement de nos tarifs afin de transformer le pays en une île hors taxes”.
Quand le rideau tombera vendredi, les spectateurs obéiront également à un rituel établi. Les syndicalistes dénonceront un budget “capitaliste” et les patrons critiqueront “les mesures insuffisantes pour relancer l’investissement”.
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