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L?île Maurice économique d?il y a un quart de siècle
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L?île Maurice économique d?il y a un quart de siècle
Mars 1983, c?est 15 ans d?un développement économique qu?on peut qualifier d?inattendu, si on se réfère à ces prophètes de malheur que sont Titmuss et Meade, tout Prix Nobel qu?ils peuvent être. Ce développement est quand même freiné par la dévaluation cumulative de 50% que nous vaut la politique monétaire (income tax de 80% pour les moins pauvres d?entre nous) de Ringadoo, père, qui diminue d?autant notre pouvoir d?achat maigrissant à vue d??il mais pas pour tous et surtout pas pour les adeptes de l?argent facile. Cela console les statisticiens qui peuvent ainsi miser sur ces enrichissements occultes pour améliorer notre classement dans la liste des pays nouvellement industrialisés.
En 1983, l?on chante davantage les louanges d?une île Maurice nouvellement manufacturière que de sa destination touristique. Le seuil 1983 de 200 000 touristes ? assez proche de celui de tolérance de l?époque ? ressemble à s?y méprendre à notre objectif de 2 millions de touristes. On ne parle plus de seuil de tolérance. On pourrait même prendre les arrivées touristiques annuelles de 1983 pour une des arrivées mensuelles de 2008. Benoît Arouff, un des pères fondateurs de notre zone franche manufacturière avec José Poncini, Edouard Lim Fat, Guy Marchand, Gaëtan Duval et Philippe Forget, ne se gêne guère pour mettre en exergue, en 1983, tous les bienfaits de l?industrialisation. C?est bien simple, souligne-t-il, sans la ZF ce ne sont pas 75 000 chômeurs que nous aurions enregistrés en 1983 mais le double. L?énorme différence entre 1968 et 1983 c?est que nos 15 premières années d?indépendance permettent à Maurice de s?affranchir de la monoculture sucrière pour s?appuyer aussi sur les nouveaux piliers économiques que sont la ZF et notre tourisme encore balbutiant, il est vrai, mais déjà capable d?édifier des hôtels aussi prestigieux que le Touessrok (de Mico Giraud), le Saint-Géran, La Pirogue, l?hôtel Trou-aux-Biches, le Casuarina (toujours de Mico Giraud). Avons-nous fait mieux depuis en matière d?architecture hôtelière ? Le temps n?est pas loin, en 1983, quand le textile deviendra un fournisseur net de devises étrangères plus important encore que Sa Majesté le Sucre. De plus, le textile craint moins cyclones et sécheresse.
En 15 ans d?Indépendance, souligne encore Benoît Arouff, nous échappons à la stagnation économique. Il donne un seul exemple : avant l?Indépendance, nous importions la totalité des vêtements que nous portions. Quinze ans après, nous en exportons et nos anciens fournisseurs viennent s?approvisionner chez nous. Et ils ne sont pas les seuls. D?autres gros acheteurs viennent d?autres importants centres commerciaux mondiaux.
Benoît Arouff se réjouit en particulier de ce que la ZF place enfin notre île Maurice sur la carte de l?industrialisation mondiale. Il pourrait tout autant louer les bienfaits enregistrés sur le plan local, transformant de petits villages excentrés, oubliés, en zones de production, grâce à des usines de toutes tailles, où des jeunes des deux sexes, appartenant à toutes nos communautés sociales, religieuses, culturelles, travaillent, côte à côte, au sein d?une nouvelle fraternité professionnelle, alors qu?ils avaient vécu jusque-là enfermés dans le ghetto du noubanisme, aux barrières invisibles et irréelles pourtant encore plus infranchissables que les épaisses murailles mais cependant perméables de notre prison centrale de Beau-Bassin.
Que dire encore de cette masse des salaires féminins, rapportés chaque mois dans nos foyers et qui procurent à la femme mauricienne une indépendance économique inimaginable auparavant, sauf dans le cas des veuves ou des mères de famille abandonnées par leur conjoint. Il y a certes un revers à cette médaille, qu?on peut nommer l?éclatement de la cellule familiale, la difficulté plus grande pour les mères de famille de transmettre à leurs enfants, aussi bien qu?avant notre Indépendance, le meilleur de nos vertus familiales et sociales. Ce malheur est d?autant plus grand que, parallèlement, l?école, le collège, le corps professoral, ne parviennent plus, aussi bien qu?auparavant, à assurer le relais de la formation humaine et mauricienne de notre jeunesse.
L?île Maurice de 1983 apprend, par ailleurs, à vivre au-dessus de ses moyens. Elle succombe de plus en plus aux tentations de la société de consommation. Le nombre de voitures double entre 1968 et 1983, passant de 10 876 à 22 009. Les motocyclettes passent de 1 899 à 8 087, soit quatre fois plus. Celui des autobus varie de 657 à 1 459. Le téléphone explose : 15 996 en 1968 et 42 260 en 1981, soit deux fois et demie de plus. Idem pour les téléviseurs : 12 849 en 1968 et 84 184 en 1981, soit six fois et demie de plus. La radio n?augmente, entre-temps, que d?une fois et demie pour atteindre 116 500 en 1981, soit la même augmentation que pour les consommateurs d?électricité (161 142 en 1981). Et ça n?est qu?un début car Lutchmeenaraidoo ne va pas tarder à s?emparer du poêlon jugé trop chaud par Bérenger.
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