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L?équipe de la Rose 197 ans après?
LES supporters de rugby anglais ont fêté sans retenue samedi la victoire de leur équipe sur l?Australie en finale de la Coupe du monde, acquise par un drop de l?ouvreur Jonny Wilkinson dans les prolongations.
Des centaines de milliers de personnes ont suivi le match dans les pubs du pays, où la victoire a été saluée par des concours de cris et des larmes de joie. ?C?est fantastique?, a lancé Eleanor Lane, professeur de musique de 30 ans. ?Nous attendions ça depuis une éternité.?
Le Premier ministre Tony Blair, qui a regardé dans sa résidence de Chequers cette finale palpitante conclue sur le score de 20-17, a adressé ses félicitations à l?équipe nationale tandis que le chef de l?opposition conservatrice, Michael Howard, parlait d?une ?fierté qui donne le frisson?.
Il s?agit de la première Coupe du monde remportée par l?Angleterre dans un sport d?équipe important depuis celle de football en 1966. Pour la nation qui avait inventé le rugby en 1806, ça faisait aussi 197 ans d?attente pour un tel sacre? Impayables, les preneurs de paris ont aussitôt spéculé sur les chances de Wilkinson et de l?entraîneur Clive Woodward d?être anoblis pour le nouvel an.
Des centaines de pubs et de bars avaient ouvert plus tôt en prévision du match, servant le petit déjeuner à des supporters mal réveillés mais vêtus pour l?occasion du maillot blanc national. Quand on en est arrivé aux prolongations, la bière coulait à flot et le brouhaha ambiant s?est amplifié avant de culminer en explosion lors du point décisif.
Le tabloïd The Sun s?est livré à un calcul d?après lequel les supporters de tout le pays avaleraient 50 millions de pintes de bière. ?C?est un jour fantastique pour le rugby anglais et pour l?Angleterre. L?équipe peut être fière de sa performance, de son énergie et, avant tout, de la force de caractère dont elle a fait preuve?, dit Blair dans un communiqué.
Nulle part peut-être cette victoire n?a été reçue avec autant d?émotion que dans la communauté anglaise d?Istanbul, frappée cette semaine par des attentats suicide contre le consulat général de Grande-Bretagne et la banque HSBC.
Les Anglais expatriés, ignorant les recommandations en matière de sécurité, ont afflué dans les bars de style britannique pour suivre la finale à la télévision. ?La semaine a été lugubre et la victoire remportée aujourd?hui (NdlR : samedi) par les gars nous en a détournés quelques heures?, a dit Jon Spurling, ingénieur en télécommunications vivant à Istanbul depuis 1998.
?C?était ce qu?il fallait pour nous remonter le moral. Vive l?Angleterre et Vive le Roi Jonny.? Signe de l?appréhension provoquée par les attentats d?Istanbul, le propriétaire turc du bar où se trouvait Spurling a demandé que son nom et celui de l?établissement ne soient pas mentionnés, de crainte d?éventuelles représailles. Des soldats britanniques ont aussi suivi le match en divers points du globe et notamment à Bassorah, dans le Sud irakien.
Wilkinson : ?Le plus facile des drops?
Jonny Wilkinson a déclaré quant à lui qu?il avait eu la sentation que son drop goal qui a assuré la victoire de l?Angleterre avait été ?le drop le plus facile du match?. ?Nous savions ce que nous avions à faire. C?était probablement le drop le plus facile du match. Je me suis entraîné à ce genre de coup de pied depuis que j?ai cinq ou six ans?, a dit le demi d?ouverture.
Wilkinson a marqué 15 des vingt points de son équipe mais il avait raté deux autres tentatives de drop avant que l?Angleterre ne s?impose finalement 20-17 après prolongation.
L?ouvreur a marqué les trois points décisifs alors que 20 secondes restaient à jouer avant la fin des vingt minutes de prolongation et que l?Australie venait d?égaliser comme elle l?avait fait déjà à la 80e minute du temps réglementaire.
Le capitaine anglais Martin Johnson a longuement décrit la phase de jeu qui a mis Wilkinson en position de drop. ?Il y avait trente, vingt secondes à jouer encore. Wilko face aux poteaux pour gagner la Coupe du monde. Je suis sûr qu?il avait préparé ce scénario à plusieurs reprises sur le terrain d?entraînement. Il valait mieux que ce soit lui qu?un autre, vous ne croyez pas ??
Le capitaine australien George Gregan a déclaré qu?il avait senti venir le coup et avoir désespérement tenté de contrer l?inévitable tentative de drop. ?J?ai vu Jonny Wilkinson se placer pour tenter ce qu?il fait de mieux?, a-t-il dit. ?Il a réussi son drop. Le reste appartient à l?histoire.?
L?entraîneur de l?Australie, Eddie Jones, a par ailleurs reconnu la supriorité anglaise. ?L?Angleterre est une équipe exceptionnelle. L?ouvreur Jonny Wilkinson, qui a marqué le drop de la victoire anglaise, est absolument unique?, a-t-il enchaîné.
?Il est fantastique dans ses tirs au but, ses coups de pied de déplacement sont de première classe, il est bon en défense et il sait marquer des drops. Il sait transformer l?occupation du terrain en points?, a-t-il précisé. ?Il a eu un impact très significatif sur la Coupe du monde et sur la victoire de l?Angleterre dans la Coupe du monde.?
S?il a reconnu être ?bouleversé? par la défaite et la perte de la Coupe du monde remportée en 1999 par l?Australie, Eddie Jones s?est dit ?très fier? de ses joueurs et a souligné que toute ?l?Australie devait être fière d?eux?.
Plébiscite
Wilkinson meilleur joueur de l?année pour l?International Rugby Board
Jonny Wilkinson, après avoir été le héros de la finale de la Coupe du monde remportée par l?Angleterre face à l?Australie (20-17), a été nommé, hier, joueur de l?année par l?International Rugby Board (IRB). L?Angleterre a été nommée équipe de l?année et Clive Woodward entraîneur de l?année. Des récompenses qui viennent couronner l?exceptionnelle saison du XV de la Rose, vainqueur du Grand Chelem dans le tournoi des Six Nations et sacré champion du monde samedi. C?est le nom de Wilkinson, alias ?Wilko?, qui était sur toutes les lèvres lors de la cérémonie. ?Cela a été une bonne année, assurément de celles que l?on se rappelle?, a dit le demi d?ouverture anglais. ?Je suis passé par tant de moments tendus...?
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