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L?épilogue d?une cavale

2 novembre 2008, 01:00

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En débarquant, arme au poing à Ferney hier matin, les policiers ne s?imaginaient pas que Yannick Bhoyroo les attendrait tranquillement, debout au milieu des champs de cannes. D?autant que l?arrestation de son frère, jeudi soir, s?était faite au terme d?une fusillade. « Il avait l?air affamé et épuisé. Quand nous nous sommes approchés, il a simplement levé les mains et n?a opposé aucune résistance. C?est comme s?il voulait que cela se termine une fois pour toutes », confie un officier présent au moment de l?arrestation.

Les policiers, arme au poing, lui passent aussitôt les menottes. L?ancien « ennemi public numéro un » affiche une mine résignée. « Mo rann mo lekor, mo rann mo lekor », marmonne-t-il à l?adresse de la dizaine de membres des forces de l?ordre qui l?entraîne vers les voitures de police sans ménagement. Ses vêtements, maculés de boue, témoignent de son périple nocturne dans la forêt de cette région du Sud. Seul signe de défiance, son t-shirt noir sur lequel est inscrit en blanc « FCUK ». Comme un dernier doigt d?honneur adressé à tous ceux qui l?ont pris en chasse.

Cette opération est venue mettre un terme à trois mois d?une chasse à l?homme qui a mobilisé toutes les polices du pays. Avec l?arrestation de Yannick et Diop Bhoyroo, c?est tout un gang trempé dans des affaires de drogue et de vols avec violence qui est démantelé. Recherchés depuis le 9 août dernier, les « jumeaux » sont soupçonnés d?avoir séquestré et assassiné l?un de leurs cousins, Judex Bhoyroo, le 30 juin 2006, sur la ferme de leur père. La victime, âgée de 16 ans, a été torturée, immolée et enterrée pour s?être approchée d?un peu trop près de l?une des s?urs des jumeaux. Ses restes ont été retrouvés début août par la Major Crime Investigation Team (MCIT) sur une ferme.

A son arrivée aux Casernes centrales hier, Yannick Bhoyroo aperçoit ses parents venus prendre des nouvelles de leur fils (voir hors-texte). Il souhaite leur parler, mais les policiers l?en empêchent. Ils le conduisent dans les locaux de la police des jeux où l?attendent ses avocats, Mes Ashwin Kandhai et Nushumi Balgobin. « Il a expliqué n?avoir rien mangé depuis quatre jours. Il a été placé en détention à Alcatraz en attendant de reprendre des forces. Il devrait être interrogé en milieu de semaine », explique Nushumi Balgobin.

<B>Un catamaran pour Madagascar</B>

Interrogatoire auquel devra également se soumettre Diop Bhoyroo qui se trouve toujours sous observation médicale à l?hôpital Nehru après avoir été blessé par balle à l?omoplate. Mais déjà, les langues commencent à se délier. Interrogés, les trois complices des frères Bhoyroo ? Mohun Beem, sa mère, Ootee, et une adolescente de 17 ans (la petite amie de Diop), arrêtés vendredi, ont commencé à raconter le quotidien des deux frères depuis qu?ils sont cachés à Vieux-Grand-Port.

Dissimulés dans les bois le jour, il arrivait aux fugitifs de sortir la nuit pour se rendre chez la famille de l?un de leurs complices, Ootee Bheem pour manger (voir hors-texte) et recharger les batteries de leurs téléphones portables. « Ils étaient très organisés et ne restaient jamais très longtemps au même endroit. Et quand ils changeaient de planque, ils circulaient la nuit. C?est comme cela qu?ils sont parvenus à rester cachés aussi longtemps », confie une source proche du dossier.

Il semblerait par ailleurs que les deux chefs de gang projetaient de se rendre à Madagascar. Un déplacement qu?ils devaient effectuer sur un bateau qu?ils avaient prévu de voler « incessamment ». Mais ce plan a été contrarié par l?intervention de la police. Il ressort de l?enquête que Diop comptait emmener avec lui sa petite amie, âgée de 17 ans, et avait l?intention de l?épouser sur place. Cette dernière a fui le toit familial en début de semaine pour se joindre à la bande de hors-la-loi.

« J?ai été contactée par l?un des amis de Diop qui m?a dit qu?il voulait me voir. Nous avons convenu d?un rendez-vous et il m?a emmenée à lui », a-t-elle raconté aux enquêteurs de la MCIT qui tentent désormais de reconstituer son emploi du temps. Car si le gang Bhoyroo a enfin été démantelé, il reste aux enquêteurs à abattre un imposant travail pour tenter de mettre derrière les barreaux tous les complices des « jumeaux terribles ».

<B>Le gang qui sème la terreur</B>

Videurs la nuit et trafiquants le jour, Yannick et Diop Bhoyroo, âgés de 26 et 24 ans, ont terrorisé le pays. Meurtre, règlements de compte entre bandes rivales, trafics en tous genres et passages à tabac illustrent leur quotidien. Equipés de sabre, coups de poing américain, gourdins et armes à feu, les « jumeaux terribles » étaient à la tête d?un véritable gang, avant leurs arrestations. Toujours vêtus de treillis militaires, leur quartier général était situé à la Cité-Corps-de-Gardes, à Trèfles. Mais les Bhoyroo exécutent leurs méfaits dans différentes régions de l?île. Ainsi, dans les faubourgs de Rose-Hill, Camp-Levieux, Cité-Barkly, Cité-Beau-Séjour, ou encore la capitale, on se souvient du passage des jumeaux.

■ <B>Juin 2006 </B>: Yannick et Diop Bhoyroo aidés de complices sont soupçonnés d?avoir assassiné un cousin éloigné, Judex Bhoyroo, dans une ferme à La Chaumière. Ce dernier est roué de coups, avant d?être brûlé vif. Sa faute, être tombé amoureux de la s?ur des Bhoyroo.

■ <B>Septembre 2006</B> : Les frères sont soupçonnés d?avoir séquestré et torturé un chauffeur de taxi marron dans cette même ferme. Ce dernier aurait refusé de prendre les Bhoyroo à bord de son véhicule.

■ <B>Septembre 2007</B> : Des coups de feu réveillent les habitants de Cité-Barkly. Ces derniers se croient en pleine guerre de gang. Les Bhoyroo et leur milice affrontent les Caroopen et les Jolicoeur. Bilan, : un employé d?une entreprise de gardiennage est blessé à la main par une balle perdue.

■ <B>Octobre 2007</B> : Yannick Bhoyroo vient d?être libéré sous caution. Il est arrêté avec deux autres videurs. Ils ont en leur possession 49 doses d?héroïnes et Rs 92 000.

Dénoncé par l?un des leurs, le gang s?en serait pris au frère de l?informateur de la police, Bernard Rebet. Ce dernier subit les représailles des autres membres du gang. Résultat : bras et jambes fracturés, contusions et plusieurs points de suture résultant de coups de sabre.

■ <B>Janvier 2008 </B>: Lors d?une fête, les jumeaux Bhoyroo envoient, à coups de gourdins et de coups de poing américains, une vingtaine d?employés d?hôtel ivres à l?hôpital.

<B>Monette Bhoyroo : « Je suis soulagée que mes fils soient sains et saufs » </B>

Présente aux Casernes centrales hier matin lors de l?arrivée de son fils, Yannick, Monette Bhoyroo n?a pu dissimuler son soulagement. « Le plus important pour moi, c?est qu?il soit sain et sauf. J?ai vraiment eu peur que cela finisse mal. J?ai pu lui parler quelques minutes quand les policiers l?ont emmené. Il avait l?air moralement épuisé et il avait très mal à l?estomac », nous explique-t-elle, entourée des avocats de son fils, Mes Ashwin Kandhai et Nushumi Balgobin.

C?est la première fois, affirme Monette Bhoyroo, qu?elle a été contactée par un intermédiaire pour le compte de son fils. « Malgré ce que pensaient les policiers, nous n?avons jamais été en contact avec Yannick et Diop. Nous avons à plusieurs reprises lancé des appels publics pour qu?ils se rendent, mais ils ne l?avaient jamais fait jusqu?à aujourd?hui (NdlR : hier). Je suis contente que tout cela soit fini », confie la mère de famille.

Monette explique avoir été mise au courant très tôt hier matin de l?arrestation de son deuxième fils. « Nous avons reçu un coup de fil anonyme. La personne au bout du fil a dit que Yannick voulait se rendre. Nous avons alors fait toutes les démarches nécessaires et nous avons contacté nos avocats pour nous assurer que tout se passerait bien », explique-t-elle. Les parents de ces derniers ont été tenus au courant en temps réel du déroulement de l?opération de police.

<B>La « Bheem connection » </B>

Lorsqu?elle pénètre dans la salle d?interrogatoire de la MCIT, Ootee Bheem, âgée de 58 ans, en paraît dix de plus. Cette habitante de Vieux-Grand-Port, arrêtée au même moment que les frères Bhoyroo, ne s?explique pas cette soudaine descente aux enfers. Cette veuve sans histoire se retrouve malgré elle mêlée à deux chefs de gangs recherchés par toutes les polices du pays.

« Je voulais seulement aider mon fils. J?avais peur que les frères Bhoyroo ne s?en prennent à lui », explique la quinquagénaire aux policiers qui veulent déterminer le rôle qu?elle a joué dans cette affaire. C?est à la demande de son fils, Mohun, lui-même contacté par Diop, qu?elle s?est mise à préparer de la nourriture pour les fugitifs il y a maintenant deux semaines.

« Je préparais à manger pour plusieurs jours et mon fils le leur apportait. Je ne pouvais pas refuser parce que j?avais peur. Ils étaient cachés tout près », a-t-elle raconté à la police.

Confronté à la version donnée par sa mère, Mohun Beem, videur à la discothèque Xindix, n?a pas bronché. Cela faisait plusieurs jours déjà qu?il avait été placé sous surveillance par la police. Celle-ci a, durant de longs mois, gardé un ?il sur tous ceux qui connaissent de près ou de loin les suspects. C?est ainsi que les enquêteurs remarquent un changement d?attitude chez Mohun. « Il était revenu vivre chez sa mère à Vieux-Grand-Port depuis une semaine et faisait souvent le va-et-vient les bras chargés de sacs. On a su à ce moment-là qu?il rencontrait les fugitifs », confie un officier qui a participé à l?enquête.

Le complice des frères Bhoyroo, apprendront également les enquêteurs, était chargé de ramener les téléphones portables de Yannick et de Diop chez sa mère pour recharger les batteries, mais aussi de les approvisionner en nourriture deux à trois fois par semaine. « Nous avons tenté à plusieurs reprises d?identifier la cachette des jumeaux, mais nous n?avons pas pu trop nous approcher de peur de nous faire repérer. Nous ne voulions pas prendre le risque qu?ils disparaissent à nouveau », confie un enquêteur de l?unité spéciale créée pour retrouver les fugitifs. Un travail de terrain qui a fini par payer.

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