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L?épidémie ?Da Vinci Code?
C?est devenu une formule magique. Il suffit d?apposer les trois mots ?Da Vinci Code? sur la quatrième de couverture ou la bande publicitaire d?un livre pour espérer que celui-ci attire un peu de l?énorme intérêt que continue à susciter le roman de Dan Brown.
Son éditeur français, J.-C. Lattès, a annoncé que le livre a dépassé au cours du mois de décembre la barre du million d?exemplaires vendus en France et la publi- cation en novembre d?une édition illustrée n?a pas manqué d?amplifier le phénomène à la veille des fêtes de fin d?année. Le plus remarquable est la floraison d?études critiques censées faire toute la lumière sur les différents sujets abordés par Dan Brown. Comme ils prêtent à polémiques depuis des siècles et que le roman mêle allègrement les Templiers, la Kabbale, le Graal, les manuscrits de Qumran, l?Opus Dei... la matière ne manque pas.
Le Secret de l?abbé Saunière (1) semble a priori le plus éloigné du sujet, mais une bande vient opportunément rappeler que cette histoire est ?au c?ur de l?énigme du Prieuré de Sion et du Da Vinci Code?. L?abbé Saunière était, à la fin du XIXe siècle, ce curé d?un village du Languedoc, Rennes-le-Château, qui prétendit avoir découvert le secret et le trésor des Templiers. Le seul intérêt du livre pour les amateurs d?esthétique saint-sulpicienne est de faire revivre avec force élans mystiques les émois d?un curé réactionnaire et illuminé. Quel rapport avec Da Vinci Code ? Le conservateur du Musée du Louvre assassiné dès les premières pages du roman de Dan Brown s?appelle Jacques Saunière. C?est une grande habileté de la part de Dan Brown d?avoir semé son texte d?allusions qui invitent au décryptage, et cela ne prête pas à conséquence tant qu?il s?agit d?un jeu romanesque.
L?étude de Denis Labbé et Gilbert Millet (2) s?adresse aux enseignants. Sans considérer le roman de Dan Brown comme un chef-d??uvre, ils profitent du fait qu?un certain nombre de thèmes abordés relèvent de la culture générale - l?histoire des Mérovingiens, l??uvre de Léonard de Vinci - pour imaginer l?usage pédagogique que l?on peut en faire.
L?étude est honnête et bien menée. Il n?est pas certain que les enseignants n?aient rien de mieux à faire que d?inscrire Da Vinci Code à leur programme ni que les étudiants ressortent de là avec la recette de la fabrication d?un best-seller, mais pourquoi pas ? Le livre de Simon Cox, Le ?Code Da Vinci? décrypté (3), plus ambitieux encore, prétend apporter toute la vérité sur les thèmes abordés dans le roman. C?est en fait un mélange d?inepties et d?informations hâtivement rassemblées sans souci de démêler ce qui relève de la vérité historique et de la fiction. On ne peut reprocher à Dan Brown ses inventions les plus abracadabrantes : il a écrit un livre distrayant sur des sujets passionnants. Plus discutable est son affirmation liminaire selon laquelle ?toutes les descriptions de monuments, d??uvres d?art, de documents et de rituels secrets sont avérées.?
Le seul livre critique qui tente honnêtement de faire la part des choses est l?enquête de Marie-France Etchegoin et Frédéric Lenoir (4). Qu?est-ce au juste que le Prieuré de Sion ? Jésus fut-il l?époux de Marie-Madeleine ? Sur tous les thèmes abordés par Dan Brown, leur enquête sérieuse, très documentée, fait le point à la lumière des connaissances actuelles avec un seul parti pris : éviter aux amateurs de fiction littéraire de sombrer dans la confusion délirante.
<B>Gérard MeudaL
Source : Le monde@fr</B>
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