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L?école, un parcours semé d?embûches pour les filles
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L?école, un parcours semé d?embûches pour les filles
?QUAND les gens voient toutes les filles à la sortie de l?école, ils me demandent : Quelles filles voulez-vous encore scolariser ? Ils ne veulent pas croire que derrière celles-ci, il y en a encore beaucoup qui restent à la maison?, regrette Kaïssi Abdallah, coordonnateur national de la Fawecom, une association panafricaine qui milite pour l?égalité des sexes dans les études.
La suppression de l?écart entre le nombre de filles et de garçons scolarisés est en effet fréquemment citée comme l?un des Objectifs millénaires de développement (OMD) susceptibles d?être atteints par l?Union des Comores. Les mesures prises par les autorités nationales et les organismes internationaux sont affichées comme un exemple de réussite.
Si de plus en plus de filles ont accès à l?école, il reste cependant du chemin à parcourir pour que leurs chances de poursuivre leurs études jusqu?aux niveaux secondaire et supérieur soient égales à celles des garçons. Le Rapport national 2005, qui fait le point sur l?avancement des OMD, indique que les filles représentent 45 % des effectifs d?élèves du système éducatif comorien alors que les femmes représentent un peu plus de 50 % de la population.
?Cette disparité de genre est constatée à tous les niveaux d?enseignement?, précise le rapport. ?La parité filles-garçons évolue différemment selon l?île et la zone d?habitation, malgré l?accroissement de 8 % de la scolarisation des filles constaté en 2003 à Ndzuani, l?indice de parité est plus faible dans cette île que dans les deux autres. En milieu urbain les filles sont moins scolarisées que les garcons sur tout le territoire.?
Conséquence : pour 100 hommes âgés de 15 à 24 ans sachant lire et écrire, on ne compte que 87 femmes. La tendance est cependant à la hausse puisqu?en 1991, le rapport était de 79 %.
Selon Kaïssi Abdallah, ce déséquilibre en faveur des garçons s?explique d?abord par le ?poids de la tradition?. ?C?est une facette méconnue par certains Comoriens des régions urbaines. Mais partout, c?est une réalité. Dans plusieurs régions, il y a une forte tradition qui consiste à envoyer d?abord les filles à l?école coranique, puis à les scolariser à un âge avancé, parfois 9 ou 10 ans. Du coup, deux ans après, avant même le CM2, les filles se retrouvent trop grandes et les parents pensent être dans l?obligation de les mettre à l?abri.?
Cette pratique serait renforcée par les discours de ?leaders d?opinion religieux qui considèrent toujours l?école primaire comme une école de l?Occident, une possible perversion. Une structure qui peut contribuer à une émancipation sauvage. Ils conseillent donc de consolider d?abord la fille dans sa tradition.? Ce discours est d?autant plus écouté que la méfiance des familles à l?égard de l?école s?accroît avec le jugement d?affaires de viols d?enseignants sur leurs élèves, estime Kaïssi Abdallah.
?Certains religieux sautent sur chaque problème avec un maître pour indexer l?école publique, comme si ce genre de choses n?arrivait pas à l?école coranique. Quand j?assiste à la prière, ça me fait mal d?entendre ces maîtres traîner les enseignants du primaire dans la boue alors qu?ils couvrent leurs collègues coraniques. Pour mettre fin à cette méfiance, il faudrait que le viol soit criminalisé. Souvent, des parents me disent : Comment voulez-vous qu?on envoie nos filles à l?école s?il n?y a pas de sécurité ??
Autre obstacle à la scolarisation des filles : la précarité économique des familles. Celles-ci comptent traditionnellement sur le garçon pour gagner de l?argent et prévoient de marier la fille. Quand l?argent n?est disponible que pour scolariser un seul enfant, le choix est généralement vite fait.
Face à ce problème, les autorités des trois îles de l?Union ont supprimé les frais de scolarité pour l?année scolaire en cours. ?Mais ce n?est que théorique?, observe Kaïssi Abdallah. Aucun budget n?a été débloqué pour compenser la perte des frais d?inscription, qui permettaient d?acheter la craie et les fournitures de base.
Du coup, toutes les écoles n?ont pas appliqué cette décision. D?autres, qui en ont tenu compte, ont vu affluer de nouvelles élèves et sont confrontées à des problèmes de capacité d?accueil, affirme le coordonnateur du Fawecom. Dans certaines régions, des directeurs sont même obligés de refuser des inscriptions.
Mais l?accès à l?école n?est pas tout. Encore faut-il pouvoir y rester et étudier dans de bonnes conditions. Quand les filles atteignent un certain âge, les conditions d?accueil peuvent les pousser à abandonner. ?Il y a un blocage au niveau de certaines classes. S?il n?y pas de latrines quand elles ont leurs règles ou qu?elles n?osent plus aller dans les coins comme les petites filles, cela peut les dissuader?, explique Jacqueline Assoumany, présidente du Réseau femmes et développement.
Les lourdes charges domestiques qui pèsent sur les petites et jeunes filles limitent le temps qu?elles consacrent au repos et à leurs devoirs. ?Les filles meilleures que les garçons à l?école méritent une prime d?excellence?, juge Kaïssi Abdallah. ?J?ai été avec ma s?ur pendant toute ma scolarité. On revenait le soir avec les mêmes cahiers. Moi, je posais mes cahiers, je sortais. Elle, jusqu?à 18 heures, elle devait faire à manger pour tout le monde, puis on se retrouvait pour faire nos devoirs ensemble??
<I>?Quand les conditions deviennent difficiles , les filles préfèrent arrêter. Elles se sentent responsables à partir d?un certain âge, à la différence des garçons...?</I>
Les responsabilités familiales en poussent certaines à abandonner d?elles-mêmes leur scolarité. ?Quand les conditions deviennent difficiles chez elles, les filles préfèrent arrêter. Elles se sentent responsables à partir d?un certain âge, à la différence des garçons?, note Siti Batoul Oussein, assistante représentante au Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA).
Pour celles qui parviennent jusqu?au Bac, la poursuite d?études supérieures n?est pas assurée pour autant. ?Il existe encore des boursières que leur père refuse de laisser partir?, souligne Mamadou Boina Maecha, expert en population, développement et genre à l?UNFPA. ?Rien que dans mon village, c?est le cas de trois bachelières, de très bonnes élèves.?
L?ouverture de l?université des Comores, en 2003, a cependant contribué à réduire l?écart entre le nombre d?étudiants et d?étudiantes. ?Des filles ont accès à l?université alors qu?elles n?auraient pas pu partir?, remarque Siti Batoul Oussein. ?Il faut maintenant que notre enseignement secondaire soit vraiment de qualité.?
<B>Lisa GIACHINO
Kashkazi</B>
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