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L?école, chance ou souffrance ?
Les propos tenus par le Premier ministre à Plaine-Magnien pour défendre la contre-réforme de l?éducation est d?un faible secours au ministre Gokhool. Navin Ramgoolam ne répond à aucun moment aux arguments de fond avancés par les opposants de la nouvelle formule du CPE. En revanche, on a compris qu?il reste convaincu de la justesse des changements que son ministre a apportés.
Hier, son discours manquait de substance parce qu?il a adopté une posture dédaigneuse envers ses contradicteurs. Il balaie d?un revers de main les arguments contre la compétition au CPE. Alors qu?il avait une occasion de justifier sur le plan pédagogique sa politique de l?éducation, le Premier ministre a surtout tenté de faire croire que les opposants à la contre-réforme ne l?aiment pas ou alors qu?ils sont des idiots qui n'ont rien compris.
Notre journaliste Thierry Chateau rapporte que le Premier ministre a choisi le mode anecdotique pour livrer son analyse des grands changements qui bouleversent l?enfant mauricien. Il a selon le compte-rendu publié plus loin ?ponctué son discours de ses petites histoires habituelles.? Tant mieux si tout cela a amusé son auditoire mais il ne faut pas oublier qu?avec le retour en arrière décrété par son gouvernement des dizaines de milliers d?enfants seront martyrisés chaque année.
Certes, si on choisit de traiter le sujet de manière superficielle on peut arguer, comme Navin Ramgoolam, que des grands esprits comme Seewoosagur Ramgoolam et Dayendranath Burrenchobay ont réussi de brillants parcours académiques parce qu?ils ont pu fréquenter le collège Royal. Mais on n?établit pas un principe général à partir de quelques exceptions ! Pour une poignée qui est sortie grandie du système, des masses entières sont sorties complètement broyées.
D?ailleurs, le passage par le collège Royal n?a jamais été une condition sine qua non de réussite académique. Il est possible de citer les noms de plusieurs personnages qui ont marqué le destin du pays et qui ont brillé sans passer par un ?star? collège. Anerood Jugnauth et l?excellent Rama Sithanen sont de ceux-là.
Son refus de croiser le fer sur le plan des idées n?a pas empêché le Premier ministre de se montrer agressif envers ceux qui élèvent des voix discordantes. Très en colère, le Premier ministre a lancé un défi à quiconque de prouver qu?il y a un système autre que le A+ pour permettre l?inscription en Form 1 dans les neuf collèges d?élite. Mais il s?énerve sans raison. En effet, chacun sait qu?il n?y a pas d?alternative au ?ranking? pour sélectionner les 1 260 meilleurs candidats éligibles aux super collèges. Le problème, c?est qu?il n?aurait jamais dû créer deux catégories de collèges, ceux de l?élite et ceux de deuxième grade. Cette bêtise commise, il n?y a effectivement aucun moyen d?éviter la compétition féroce et le ?ranking?.
D?ailleurs dès le 12 décembre 2004, quand le leader du PTr, alors dans l?opposition, avait annoncé qu?il allait ?promouvoir la politique de l?élitisme? de sorte que les collèges Royal et Queen Elizabeth obtiennent de nouveau leurs lettres de noblesse.?, ?l?express? avait prévu l?inévitable retour de la compétition au primaire. Commentant la déclaration du leader du PTr, nous écrivions, le 10 janvier 2005, ?on ne peut que déduire que le PTr souhaite réinstaurer le ranking au CPE et la ?rat race? que l?on croyait disparue à jamais.?
Le Premier ministre a aussi repris à son compte hier un argument à la mode qui consiste à prendre Singapour pour modèle. Oui, dans certains pays du Sud-Est asiatique, les jeux sont faits une fois pour toutes très tôt dans l?enseignement. On couronne l?élite et on pleure ceux qui parmi les perdants sont poussés au suicide.
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