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L??uf et l?omelette
Par Raj MEETARBHAN</B>
Le sacrifice n?a pas été vain. Après deux budgets qui ont causé pas mal d?inconvénients aux contribuables, le ministre des Finances a fait la démonstration hier que la saison des récoltes est arrivée. Ce sont les fruits d?une croissance revenue qu?il a partagés hier. Essentiellement, le budget 2008-2009 atteint deux objectifs : il se met au service du social et il prépare l?avenir.
Pouvant désormais tabler sur des rentrées d?argent liées à la croissance, le ministre des Finances aurait pu se contenter de redistribuer le gâteau. Il ne l?a pas fait. Il a choisi plutôt d?investir dans des secteurs qui garantissent les perspectives de développement : formation, énergies renouvelables, infrastructures et sécurité alimentaire.
Ainsi, Rama Sithanen ne s?est pas trompé de priorité. Pendant deux ans, il a établi les fondations solides pour un redressement économique en améliorant le climat des affaires. Aujourd?hui, tout en offrant une situation meilleure aux démunis, il consolide les bases de l?économie.
Globalement, c?est un budget sans aspérités que Rama Sithanen a présenté. Après les controverses qu?il a provoquées les années précédentes, y compris dans son propre camp, son discours est consensuel cette fois. Ainsi, il a évité de parler de mesures de ciblage social. Du coup, on a compris que les subsides universels sur le gaz ménager, le riz et la farine seront maintenus.
Certes, la rationalité économique aurait dicté l?application de mesures ciblées en faveur des pauvres mais il n?en reste pas moins que le budget est empreint d?humanisme. Des mesures concrètes sont prévues pour lutter contre la pauvreté. Il y a une volonté de montrer une véritable compassion envers les moins fortunés.
Le combat annoncé contre la pauvreté sera menée sur plusieurs fronts. Une action de grande envergure est envisagée pour assurer un accompagnement à la scolarité des enfants issus de familles pauvres. Ce plan vise à compenser les inégalités qui subsistent dans l?accès au savoir.
Toujours dans le but d?instaurer l'inclusion sociale, le ministre des Finances annonce que l?Etat aidera plus de 7 000 familles habitant dans des quartiers déjà identifiés pour les sortir de la pauvreté extrême. Un plan d?action, baptisé «Eradication of Absolute Poverty» est lancé. La construction d?unités de logement social et des programmes de formation destinés à des chômeurs qui habitent dans les poches de pauvreté sont également prévus.
De la part d?un ministre souvent accusé d?être insensible à la misère et d?être trop concentré sur les indicateurs de la macroéconomie, cette batterie de mesures en vue de faire reculer les inégalités sociales peut surprendre. En vérité, son action est cohérente. C?est une stratégie en deux temps qu?il a déployée. Il a cassé des ?ufs avant de faire l'omelette. D?abord, il a traité l?économie malade, en administrant parfois un remède de cheval. Ensuite, il a répondu aux urgences sociales.
Quant au volet économique de l?exercice budgétaire, il a consisté à apporter une réponse aux enjeux majeurs auxquels le pays sera confronté dans les années à venir. Il ne suffit pas de créer un cadre incitatif à l?investissement pour s?assurer d?une croissance durable. Il faut encore doter le pays de ressources humaines qualifiées, garantir la fluidité sur les routes, au port et à l?aéroport, et contrer les crises énergétiques et alimentaires. Sur toutes ces questions, les priorités énoncées par Rama Sithanen sont en phase avec les besoins futurs du pays.
Si le gouvernement possède aujourd?hui les moyens d?investir à la fois dans le social et l?économique, c?est parce que la réforme de Rama Sithanen lui a donné une grande marge de man?uvre. Pourtant, celui-ci n?a pas toujours eu l?adhésion de sa propre équipe et le soutien de l?ensemble des citoyens. C?est généralement le cas : les desseins d?un architecte du renouveau sont toujours contestés avant que son plan ne se concrétise.
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