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Luc Pilot, le sucrier qui se recycle après 40 ans

28 décembre 2003, 20:00

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On ne s?ennuie pas en la compagnie de Luc Raymond Pilot. Ce sexagénaire aux allures distinguées a vécu intensément dans l?industrie sucrière, qui est tout un monde en soi. A l?écouter en parler, on est projeté dans l?univers noir et blanc des années 60 alors que tout était à découvrir, quand la plus petite réalisation entraînait un bond palpable en avant. Après 40 ans consacrés au roseau sucré, Luc Pilot prend sa retraite pour s?occuper du business familial. Cap sur le tourisme.

C?est de Riche-en-Eau que Luc Pilot fait ses adieux au sucre. Il y a servi 18 ans dans le fauteuil de directeur général. Dix-huit ans durant lesquels il a amélioré la productivité et l?efficience de l?entreprise et en a assaini les finances.

?Nous sommes parmi les premiers du point de vue de la productivité, dans l?industrie?, s?enorgueillit Luc Pilot. On peut le comprendre. A une époque où tout le monde poursuit assidûment les gains en productivité, figurer parmi les plus performants n?est pas un petit exploit.

Riche-en-Eau n?est pas endettée. ?Nos finances sont saines?, affirme Luc Pilot. Beaucoup dans l?industrie sucrière aimeraient pouvoir en dire autant.

Luc Pilot a la passion du sucre. Et pour pratiquer cette passion, il a sillonné la planète, de la Louisiane (Etats-Unis) où il a été parfaire sa formation au Bâton Rouge à l?Afrique Noire, où il a longtemps servi les intérêts du géant britannique, Lonrho.

Alors qu?il n?a que six ou sept ans, il s?éprend de l?industrie sucrière. A force de regarder les étudiants du Collège d?Agriculture de Réduit par la fenêtre de l?autocar qui le conduit à son école à St.- Pierre, Luc Pilot veut leur ressembler. Cela ne surprend donc personne quand, en 1960, il annonce son intention d?entreprendre des études en agriculture. A l?époque, l?industrie sucrière est pratiquement le seul employeur du pays. Les parents de Luc Pilot approuvent donc la décision de leur fils.

Quand il quitte le collège, trois ans plus tard, quelque 25 usines sucrières roulent dans le pays. Celle de Bel-Ombre le recrute comme assistant agronome-chimiste.

?C?était pratiquement à l?autre bout du monde ! Les autobus étaient rares et les Rs 600 que je touchais ne me permettaient pas d?acheter une voiture. Je squattais donc chez des cousins à Curepipe et je m?arrangeais avec des collègues pour le trajet jusqu?à l?usine?, se souvient-il.

Maîtrise en ?soil science?

Ces années sont formatrices. Encouragé par feu Christian Couacaud, ingénieur en chef de l?usine, le jeune Pilot décide de poursuivre ses études à Bâton Rouge, école de la technologie agricole de la Louisiana State University. Reste l?argent à trouver !

La Fondation mauricienne lui accorde une bourse partielle. Il obtient une dérogation de deux ans sur les quatre ans d?études et voit, par la même occasion, ses coûts réduits de moitié. Il emprunte Rs 32 000 de la famille et s?envole à bord d?un avion de la East African Airways pour les Etats-Unis.

Tananarive, Nairobi, Rome, Paris, Londres, New York, Nouvelle-Orléans? et finalement, l?université de la Louisiane. Au bout de ces trois jours de voyage, il découvre le monde fabuleux des universités. Il intègre la vie académique, sociale, culturelle et sportive du campus. Trois ans plus tard, il quitte l?institution avec une maîtrise en ?soil science? en poche et avec la main de Diane Stubblefield.

Il fallait travailler à présent. Ernest Bouvet, administrateur mauricien d?une sucrerie à Hawaï, lui offre un poste. Mais une rupture dans la correspondance le met sur le chemin d?Emile Seriès qui le recrute pour le groupe West East Ltd. De retour à Maurice en 1969, il se partage entre FUEL et Médine.

?Ma femme se met à apprendre le français. Un an plus tard, notre fille Jennifer arrive au monde et achève l?intégration de Diane dans son nouvel univers. Deux ans plus tard, c?est au tour de notre fils Christophe de faire son entrée?, se souvient Luc Pilot. Les deux enfants sont à présents mariés et vivent aux Etats-Unis.

Armé de modestie et d?humilité, Luc Pilot propose sa connaissance académique à des gens de terrain comme Alain Harel, Roland de Chalain et Robert Raffray. Le courant passe. On innove. On essaie de nouvelles idées. C?est alors que Peter White, grand patron de Lonrho, le remarque.

?Sa femme étant également américaine, nous nous sommes liés d?amitié. Il me mentionne auprès de René Leclézio, le Monsieur Sucre du groupe. Celui-ci me propose de lancer une deuxième sucrerie sur les berges du lac Malawi?. Le défi est de taille. Le Dwanga Sugar Corporation qu?on lui propose de développer présente des conditions vierges. Quelques huttes, une piste en terre battue, paludisme, rage, 42° à l?ombre? impossible de s?y installer avec la famille.

?Over my dead body?

L?école était à 16 heures de route. René Leclézio lui propose alors de diriger plutôt la Sugar Corporation of Malawi (Sucoma), l?autre usine du groupe au Malawi, près de la capitale, Blantyre.

?Over my dead body?, dit alors Mme Pilot qui y oppose donc son veto. Luc Pilot met six mois pour la convaincre et en septembre 1977, la famille s?envole pour le Malawi. Les enfants sont inscrits à des boarding schools et le couple organise sa vie.

?Nous avions une vie sociale assez remplie. Nous jouions au tennis, allions à la pêche dans le lac ainsi qu?à la chasse au canard. C?est durant les longs week-ends passés au lac que les enfants ont appris à nager, à pêcher et à skier.?

Luc Pilot renouvellera son contrat par trois fois. Quand il quitte Sucoma, l?usine produit 105 000 tonnes de sucre, une amélioration de 20 % en 9 ans, uniquement due à des interventions agronomiques.

?J?avais la quarantaine et bientôt, je n?intéresserai plus les patrons mauriciens. Or, je voulais regagner mon île?, confie Luc Pilot. Mais ce n?est pas le Malawi qui lui déplaît. ?J?ai été assez proche d?eux et je compte encore des amis parmi eux?, soutient Pilot. S?il veut regagner Maurice, c?est surtout pour renouer avec ses proches.

A partir du mois prochain, il n?appartiendra plus à cette industrie qui l?a formé. En partant, Luc Pilot partage quelques observations. Ainsi, il estime que la retraite volontaire a permis un premier mais insuffisant dégraissage. Il faudra s?y mettre à nouveau, dit-il .

Il souligne la nécessité de gérer la mécanisation. Les machines font baisser non seulement les coûts d?opération mais aussi le rendement au champ.

Y a-t-il une recette miracle pour réussir comme Riche-en-Eau ? L?astuce c?est de faire augmenter la productivité sur la même superficie de terre. ?Il faut avoir une vision d?avenir, une équipe bien rodée, une politique agricole efficace et la disposition d?investir ce qu?il faut?, soutient Pilot. C?est de cette façon qu?il a procédé à Riche-en-Eau. ?Et je suis heureux de constater que nous avons atteint les objectifs que l?on s?était fixés bien plus tôt que prévu.?

Définir un plan d?avenir a également entraîné un changement graduel d?orientation pour l?entreprise. Riche- en-Eau a décidé de sortir graduellement du sucre pour aller dans le foncier et l?hôtellerie. L?entreprise possède des terres dans une zone stratégique, proche de l?aéroport et de Mahébourg ainsi que de villages balnéaires comme Blue-Bay et Pointe-d?Esny.

?Nous avons des projets résidentiels, hôteliers et écotouristiques. Nous sommes en train de préparer un plan -directeur?, indique Pilot.

Mais ce n?est pas lui qui les réalisera. Il laisse la barre à Thierry Merven et prend à son tour la direction de Koenig Frères, entreprise familiale qui a ses propres projets fonciers. La famille possède des terres à Les Salines, région identifiée pour le développement d?un parc hôtelier?

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