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Logique de séparation
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
C?est une nouvelle guerre contre les enfants. Après une contre-réforme qui a réinstauré la tyrannie du CPE, c?est maintenant la survie de la mixité sociale dans nos collèges qui est mise en cause. Les enseignants du secondaire ont déclenché une campagne en faveur de la ségrégation à l?école. Ils veulent que les établissements d?excellence cessent d?accueillir des classes «prevocational» et que ces collèges soient exclusivement fréquentés par des élèves «bien».
Il semble que le gouvernement a déjà accédé, en partie, à la demande des syndicats du secondaire. Il a accepté de donner un nouveau statut au collège d?Etat de La Gaulette. Jusqu?ici, cet établissement était ouvert tant aux élèves des filières académiques qu?à ceux qui ont opté pour le préprofessionnel. Désormais, il devient un lycée polytechnique. Cette décision n?est pas dépourvue d?arrière-pensée. Personne ne peut croire qu?il suffit de procéder à des petits réaménagements pour qu?un bâtiment conçu pour servir de collège devienne subitement un lycée polytechnique. «La Gaulette SSS» sera, vraisemblablement, un collège «prevoc», sans plus.
La transformation de «La Gaulette SSS» serait en fait un stratagème pour commencer à supprimer l?existence des collèges à vocation mixte, combinant les filières académiques et préprofessionnelles. Leur disparition sera un recul pour le modèle d?intégration. Ces collèges ont fait tomber les barrières rigides de classe que le système scolaire imposait jusque-là. Leur conception relève de l?ingénierie sociale : ils mettent en ?uvre la déghettoïsation.
La cohabitation entre les élèves performants et les enfants moins brillants occasionne des heurts, certes, dans un pays où les préjugés ont la vie dure. Mais ce n?est pas une raison valable pour sortir de la logique de mixité scolaire. On fera un grand tort à ces enfants issus de banlieues pauvres si on les cantonne dans des établissements exclusivement «prevoc». Pour les recalés du CPE, les collèges mixtes offrent une occasion de rattrapage, une passerelle vers la filière académique.
Les pédagogues savent que l'émulation débouche sur une amélioration en termes de réussite scolaire. Ainsi, des enfants qui n?ont pas bénéficié d?un environnement familial favorable peuvent, dans les collèges à filières mixtes, profiter de leur proximité avec d?autres jeunes issus de milieux différents.
Il est vrai qu?il y a des différences inéluctables de compétences entre élèves. Mais un système éducatif qui se fonde sur l?efficacité et l?équité ne peut prôner le modèle de la séparation. En tout cas, les leaders politiques qui nous gavent de discours contre l?exclusion ne peuvent décider qu?ils vont réserver certains collèges à l?élite et des établissements qui ont une image négative aux autres.
De plus, il ne faut pas se voiler la face. On doit reconnaître que la ségrégation des enfants est susceptible d?exacerber les sentiments ethniques. Les enseignants doivent en tenir compte. Leur rôle n?est pas uniquement de transmettre des connaissances et des savoir-faire. Ils sont également censés offrir un apprentissage de la vie.
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