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Logement social : Traduire les intentions dans les faits
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Logement social : Traduire les intentions dans les faits
Logement social. C?est l?expression magique dès qu?on parle de politique de logement. Les gouvernements se succèdent mais les problèmes ne décroissent pas. Le nombre de demandes pour un logement social est, à cet effet, en continuelle hausse alors que l?offre, tout en restant raisonnable, ne parvient pas à satisfaire l?attente des familles au bas de l?échelle sociale. Comment s?en sortir ? Comment en finir avec le problème chronique des squatters ? En fin de compte, quelle politique générale de logement social ?
Prenant fraîchement ses fonctions, le ministre du Logement, Asraf Dullul, a été confronté à l?occupation illégale de certains appartements de la National Housing Development Company (NHDC). C?est dire l?étendue du problème. C?est dire aussi la nécessité d?une intervention non homéopathique mais chirurgicale pour résoudre la question. Les bonnes intentions sont là mais, dans les faits, les logements sociaux proposés restent exorbitants pour un certain nombre de demandeurs.
Depuis sa création en 1991, la NHDC met les bouchées doubles pour remplir sa mission. Neuf gros projets de logement ont été mis en place jusqu?ici. Quelque 9 000 logements ont été construits, dont une bonne partie a été livrée. Des maisons de moins de Rs 200 000 à près de Rs 1 million ciblant des familles pauvres à celles au revenu moyen. Chaque année, quelque 1 000 logements NHDC sont ainsi vendus et pour l?année en cours, certaines livraisons ont pris du retard à cause du problème de squatting.
Demande grandissante
Actuellement, les dossiers soumis à la NHDC s?élèvent à 25 300. C?est une indication d?une demande grandissante. Déjà, à sa création en 1991, la NHDC travaillait à partir d?un rapport qui faisait état de quelque 70 000 demandes. Le dernier rapport en date, celui de la National Development Strategy, chiffrait la demande à un nombre encore plus important que celui indiqué dans le premier rapport de 1991.
La NHDC, bras exécutif de la politique de logement social, comme l?indique son directeur général, Ehsan Khodabocus, s?est fixé comme objectif la construction de quelque 1 000 unités par an. Une moyenne en dessous de la demande mais déjà, les procédures et modalités pour la construction des maisons sont assez longues. Pour être éligible à un appartement ou maison de la NHDC, une famille doit satisfaire plusieurs critères. Elle ne doit pas être propriétaire d?un terrain ou d?une maison et son revenu ne doit pas dépasser plus de Rs 8 500. Une fois ces critères remplis, la famille aura droit à un prêt à un taux bonifié de 6,5 % et d?un don de Rs 33 000 pour, entre autres, démarrer les procédures.
Pour Ehsan Khodabocus, les bénéficiaires des projets de la NHDC s?acquittent plutôt bien de leurs obligations de paiement même s?il y a quelques cas isolés de mauvais payeurs. C?est principalement au niveau du syndic que des problèmes se posent. «On n?a pas atteint les résultats escomptés car les gens ont tendance à se tourner vers le gouvernement pour les problèmes qu?ils rencontrent», explique le directeur général de la NHDC qui ajoute que l?informatisation de la compagnie a permis d?améliorer la qualité de ses services.
Il demeure toutefois que les plans et programmes de la NHDC ne parviennent pas toujours à répondre à toutes les attentes et sont encore moins accessibles à toutes les bourses. Le principe premier est pourtant que tout le monde a droit à un toit. Dans les faits, les choses sont différentes. Une partie de la population, tout en jouissant dans l?absolu de ce droit, peut difficilement le traduire dans la réalité. Selon le dernier rapport de la Banque mondiale, réalisé en 2002-2003, quelque 9,7 % de la population a besoin d?un logement. En outre, c?est à peu près quelque 8 000 familles, avec des revenus de moins de Rs 4 000 qui cherchent un logement.
«Il nous faut aujourd?hui une politique de logement qui correspond à la philosophie du Welfare State qui propose déjà l?éducation et la santé gratuites. Dans cette perspective, le droit à un logement ne se vérifie pas. Car les plus démunis ne pourront jamais avoir un logement», explique Shyam Hurbungs, programme coordinator au Trust fund for the social integration of vulnerable groups. Une lecture de la situation qui avait déjà été faite par l?évêque de Port-Louis qui parlait de hardship cases.
Shyam Hurbungs plaide, en ce sens, pour des plans sociaux de logement qui prennent en compte les réalités du pays. Certes, il existe des politiques de logements sociaux ambitieux. Mais il est aussi vrai que la NHDC et la Mauritius Housing Company, comme leurs noms l?indiquent, sont des compagnies privées qui ont une obligation de profitabilité.
Pour Shyam Hurbungs, l?expérience acquise au Trust Fund démontre qu?il «est essentiel d?identifier des programmes qui ciblent précisément les familles qui touchent moins de Rs 4 000». Il suggère, à cet effet, la mise en place d?un comité, comprenant tous les stakeholders, afin de traiter ces cas. Selon lui, le squatting existera aussi longtemps que ce dossier n?aura pas été traité.
Il demeure aussi que notre système de logement social n?a pas grandement évolué depuis les années 60-70 lorsque des maisons des cités ouvrières étaient proposées. Depuis, les familles vivant dans ces maisons se sont agrandies. Et aujourd?hui, dans la maison destinée à un couple, on peut retrouver jusqu?à 4 à 5 familles. Avec un accès à la terre qui est des plus difficiles, le problème se corse. Les solutions proposées depuis cette époque n?ont été au mieux que des palliatifs.
«Situation très compliquée»
«La situation est très compliquée. Des périphéries de Port-Louis jusqu?aux basses Plaines-Wilhems, il y a des problèmes urgents qu?il faudra résoudre en termes de logement social», fait ressortir Shyam Hurbungs qui ajoute que cela permettra des s?occuper des problèmes qui se présentent dans les autres régions de l?île.
Entre l?obligation de rejeter l?assistanat et celle de développer des modèles participatifs à des coûts raisonnables, il y a un juste milieu à trouver. Mais, en même temps, il ne s?agit pas de proposer des maisons coûte que coûte sans tenir compte de la qualité de vie qui doit les accompagner. Les syndics ne fonctionnent pas faute de cotisations des occupants des maisons. De même, les «special home loan schemes» des différentes institutions financières ne sont pas toutes toujours accessibles malgré les intentions affichées.
Dans la réalité, les sommes empruntées pour construire ou s?acheter une maison représentent les efforts de toute une vie. Il y a des investissements qui sont nécessaires mais peuvent-ils engloutir les sacrifices de toute une vie ? Une question qui n?a de sens que pour ceux qui vivent indéfiniment dans l?infernal rythme du remboursement.
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