Publicité
L?intérimaire
Les dirigeants du pays peuvent facilement être tentés, en cette période de campagne électorale, d?abuser de leurs fonctions à des fins partisanes. Or, selon une tradition respectée dans les grandes démocraties, un gouvernement intérimaire ne devrait annoncer aucune nouvelle mesure, une fois le Parlement dissous. Comme son nom l?indique, un ?caretaker government? expédie les affaires courantes, sans plus.
Pour permettre des élections justes et équitables, le gouvernement et l?opposition devraient lutter à armes égales. Or, les chances ne sont pas égales si le régime sortant utilise les moyens que lui procure son statut actuel. Il doit limiter ses pouvoirs allant jusqu?à suspendre, pendant la durée de la campagne, toute action déjà programmée mais qui est susceptible d?avoir un parfum d?électoralisme.
On peut reprocher au gouvernement d?avoir annoncé, cette semaine, le ?relookage? de trois des plages publiques les plus populaires. Certes, il s?agit là de décisions prises à l?issue d?une réunion ordinaire d?un comité officiel sur le développement côtier qui travaille régulièrement depuis longtemps. Le réaménagement annoncé fait partie d?un projet en cours, il est vrai. Mais en période électorale, il y a des précautions à prendre. Il ne suffit pas d?être juste. Il faut aussi être perçu comme étant juste.
Ensuite, il y a eu l?introduction des nouveaux plans de financement, annoncée hier par la Banque de développement. Ces mesures, qui facilitent l?accès au crédit bancaire pour les petites et moyennes entreprises, sont prévues dans le budget. On peut arguer qu?elles n?ont rien à voir avec les échéances électorales. Il n?en reste pas moins que le respect strict de la bonne gouvernance aurait nécessité le report de l?application de ce plan.
La plus grave entorse concerne la remise des titres aux 350 000 salariés du secteur privé qui deviennent des actionnaires de l?Employees Real Estate Investment Trust. Les premiers certificats ont été distribués, hier après- midi, à Rivière-du-Rempart. Ce cadeau est hautement symbolique. Il a un lien direct avec la politique. Le Trust nouvellement créé a fait l?acquisition de 500 hectares de terres dans diverses régions. Or, l?opposition a fait de l?accès à la propriété foncière son cheval de bataille pour les prochaines élections. Personne ne peut empêcher l?opinion publique de penser que la décision de procéder à la remise des certificats, maintenant, relève de l?opportunisme politique.
Le problème qui se pose n?est pas juridique car le gouvernement est habilité à exercer le pouvoir, à prendre des décisions et à les appliquer. Le problème est d?ordre moral. Un Premier ministre qui dit souhaiter des ?élections exemplaires? a le devoir de s?assurer que l?Etat reste parfaitement impartial en cette période.
Malgré ces velléités politiciennes d?utiliser l?appareil d?Etat, on peut se réjouir du fait que le service public de l?audiovisuel et la police ont eu jusqu?ici un comportement tout à fait à leur honneur. Il reste un peu moins de deux mois avant les élections et il faut espérer que l?indépendance de ces deux institutions restera incontestée jusqu?au bout.
Des pratiques honteuses, telles que la distribution de terres de l?Etat aux proches des puissants, ont eu cours dans le passé à la veille des élections mais il ne sert à rien d?y revenir. Aujourd?hui, il y a des normes nouvelles qu?il incombe de respecter sous peine de voir les élections qualifiées de farce par les observateurs internationaux.
Publicité
Publicité
Les plus récents