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L?information avant tout

4 septembre 2004, 20:00

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Al-Jazeera est la première chaîne d?informations en continu du monde arabe, diffusée via satellite et regardée par près de quarante-cinq millions d?Arabes dans le monde. Méconnue par rapports à ses choix éditoriaux, Al-Jazeera est pour certains la CNN arabe, pour d?autres, la chaîne serait de connivence avec Al Qaïda, l?organisation terroriste de Ben Laden. Comment fonctionne cette chaîne ? Qui décide de ses choix éditoriaux ?

Le Quatar est un morceau de désert où se trouve une ville opulente : Doha. La seule richesse de cet état est le pétrole. Ce pays vit sous le régime de la monarchie absolue, celle du sheik Hamad Ben Khalifa El Thani. Après avoir renversé son père, ce dernier décide de moderniser le pays. Il accorde le droit de vote aux femmes et laisse s?implanter à Doha, une chaîne de télévision privée : Al-Jazeera (l?île). Si le président du Conseil d?administration d?Al-Jazeera est un membre de la famille royale et même si la chaîne est entièrement financée par l?Etat du Qatar, Al-Jazeera n?est pas la voix du gouvernement. Au contraire. La chaîne est devenue en quelques années, soit depuis son lancement en octobre 1996, la seule voix libre de l?immense nation arabe. Vitrine du monde arabe, Al-Jazeera traite des événements du monde, d?un point de vue arabe. Une soixantaine de journalistes, des correspondants dans le monde entier, chrétiens et musulmans, y travaillent. Al-Jazeera prône ainsi un monde arabe réunifié. La chaîne parle nationalisme.

Outre cette télévision, la ville de Doha abrite également une base militaire américaine. Mais bientôt, les nombreuses libertés de la chaîne, avec ses journalistes et présentateurs formés en Europe et aux Etats-Unis, commencent à critiquer la manière de faire des Etats-Unis. L?Amérique, habituée à contrôler l?information lors des conflits dans lesquels ils sont impliqués, la guerre du Golfe, la Somalie, le Kosovo, entre autres, voit une chaîne étrangère diffuser des images qui remettent en question son point de vue. Le 12 novembre 2001, l?armée américaine bombarde les locaux de la branche d?Al-Jazeera à Kaboul.

Après les attentats du 11 septembre et de l?angoisse qui a suivi, Al-Jazeera sort définitivement de l?ombre. Alors que Ben Laden devient l?ennemi public n°1 des Etats-Unis, le 1er octobre 2001, Al-Jazeera diffuse en exclusivité, des images de celui-ci. Lorsque le conflit militaire éclate en Afghanistan, seule Al-Jazeera est autorisée à filmer la guerre depuis Kaboul. Toutes les télévisions du monde se tournent alors vers elle pour obtenir des images du conflit.

Si certains sont choqués par les choix éditoriaux de la chaîne qatariote, ses responsables, se défendent de jouer le jeu d?Al Qaïda. Lors d?une interview accordée à la BBC, Ahmed Sheikh, le rédacteur en chef de la chaîne, explique : «Any news channel which considered itself to be objective, would have aired the statements released by Ossama Bin Laden and Al-Qaïda.» A un journaliste d?ajouter: «Nous ne possédons ni char ni armée, rien qu?une chaîne qui par la plume, plutôt que l?épée, choisit de défendre le droit à l?information.»

Dans un monde arabe dans lequel le contexte médiatique se caractérise par le conformisme, Al-Jazeera est l?exception qui confirme la règle. La qualité de ses informations, sa liberté de ton et son irrespect à l?égard des pouvoirs établis, ont, depuis sa création, suscité de l?engouement. A l?instar d?autres médias, la chaîne qatariote participe activement à la bataille des images, des mots et du scoop.

Pour la première fois de son histoire, Al-Jazeera a choisi de prendre position en condamnant l?enlèvement de Georges Malbrunot et de Christian Chesnot, les deux journalistes français enlevés depuis quelques jours en Irak. C?est la première fois, que cette chaîne, accusée par les autorités irakiennes d?inciter à la violence en diffusant des vidéos de groupes armés, condamne officiellement et spécifiquement, l?enlèvement de journalistes.

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