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L'incontournable main-d'oeuvre étrangère

14 février 2007, 20:00

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29 442 travailleurs étrangers participent chaque jour à l?activité économique du pays. Cette économie dynamique tant prônée n?est réalisable que si le pays conserve une politique permettant d?exploiter ces compétences venues d?autres horizons. Il est impérieux de conserver une culture d?entreprise ouverte et xénophile tant que le pays ne pourra pas tenir totalement sur ses propres jambes en ce qu?il s?agit de la main-d??uvre. D?aucuns crieront au scandale sachant que le spectre du chômage guette la population en agitant un taux de 9,2 %. Mais la réalité est ainsi. Le pays a plus que jamais besoin de ressources étrangères.

La globalisation a ouvert de nouvelles perspectives de recrutement aux entreprises qui sont à la recherche de bras et de cerveaux compétents, nécessaires pour faire jeu égal avec les rivaux internationaux. Pourquoi les employeurs devraient-ils s?en priver si l?expertise recherchée n?est pas disponible sur le marché local ?

L?impératif d?un nouveau pôle comme le seafood hub n?en est certainement pas exempt. ?Si nous avons 500 travailleurs étrangers sur les 1 600 que compte l?entreprise, c?est tout d?abord pour leurs compétences. L?usine Thon des Mascareignes s?aligne à celles d?Europe et de Thaïlande et se donne les moyens de rester à un haut niveau. Et comme le métier exige une grande dextérité, c?est normal qu?on se soit tourné vers ses femmes bangladeshi qui ont le doigté et une très grande expérience dans ce domaine?, explique le directeur général, Joël Bruneau.

Outre les 450 femmes de Bangladesh et la cinquantaine d?hommes venus de l?Inde, sept Philippins rompus à ce domaine aident les Mauriciens à passer à la vitesse supérieure. Ils leur apportent les connaissances dont ces derniers font défaut. Un passage de témoin nécessaire pour gagner en temps et en productivité. ?On y serait certes arrivé avec des employés mauriciens exclusivement mais on a choisi cette trajectoire. Et cela a payé. Nous sommes passés de 5 tonnes journellement en juin 2005 à 200 tonnes par jour en septembre2005. Peut-être dans dix ans nous pourrons nous passer totalement de cette main-d?oeuvre étrangère?, précise Joël Bruneau.

Il concède que d?ici cinq ans déjà la main-d??uvre mauricienne rivalisera avec celles des Philippines, de la Thaïlande et du Vietnam, connues comme des peuples hautement expérimentés en produits de la mer. Les Mauriciens voudront-ils, néanmoins, travailler dans ce secteur ?

Les bras étrangers ont dans le passé et aujourd?hui encore porté le succès de l?industrie du textile. Afin de prendre le pas des concurrents indiens et chinois. ?Il faut garder en tête que sans eux cette industrie périclite. Ne pas oublier que ce sont ces expatriés aux environs de 10 000 qui préservent les emplois de ces 55 000 Mauriciens?, confie Ahmed Parkar, directeur général de Star Knitwear Group.

?Les Mauriciens veulent de moins en moins travailler dans le textile. Et comme c?est un travail basé sur la productivité, il y a une énorme pression si les commandes ne sont pas livrées à temps.? Les employeurs peuvent compter sur ces employés davantage disposés à travailler les jours fériés et les week-ends. Et le taux d?absentéisme chez eux ne flirte pas avec les sommets comme c?est le cas chez les Mauriciens, surtout les lundis.

Inconscients des risques pour le pays

Même constatation de la part d?Eric Dorchies, directeur exécutif d?Aquarelle Clothing Ltd. ?20 % de notre effectif au niveau des machinistes sont des travailleurs étrangers parce que nous avons des difficultés à embaucher ici.? Le secteur du bâtiment non plus n?est pas en reste. Au point où de nombreuses entreprises de construction se retrouvent acculées et importent leur main-d??uvre afin d?honorer les contrats dans le temps imparti. Certaines envisagent même une sous-traitance avec des entreprises de construction étrangères.

En sus de leur assiduité au travail, cette masse d?ouvriers étrangers, adopte indéniablement une meilleure attitude face aux horaires de travail. Une grande partie des travailleurs mauriciens n?ont certainement pas encore ressenti l?urgence et l?importance de cette nouvelle économie qui se fonde sur la base des 24-24 et 7-7. Le travail de nuit demeure très peu envisageable.

La culture mauricienne et les liens familiaux sont tels qu?on ne veut pas que le travail empiète sur la vie sociale. Peut-être que les rémunérations très peu attrayantes ne les incitent pas non plus à s?y résoudre ? Prem Maghoo, executive assistant manager de l?hôtel La Pirogue le constate au sein de son établissement. ?On a un problème très sérieux. Les jeunes ne veulent pas venir y travailler. En ce moment, même nous avons des postes vacants. C?est le même cas pour les confrères. On a déjà le regard tourné vers la main-d??uvre étrangère.?

Il est urgent que la société mauricienne s?organise et mise sur de nouvelles structures pour s?adapter à la conjoncture actuelle. Et ces ouvriers qui suent à longueur de journée dans nos usines et sur nos sites de construction en seront encore partie intégrante. Il incombe de leur donner la place à laquelle ils ont droit.

?En attendant que chaque employé mauricien change d?attitude vis-à-vis de son temps dédié au travail. Et comme son métier lui est primordial, par ricochet, la mentalité mauricienne tout entière s?en trouvera améliorée?, souligne Somanun Seegoolam, directeur du Human Resource Development Council. Le comportement de certains Mauriciens face au changement de la nature du travail démontre leur inconscience des risques encourus pour l?avenir du pays. Il est impérieux de travailler au rythme de nos concurrents, les Indiens, les Malaisiens, les Singapouriens et les Chinois, pour voguer vers la réussite. Et si aujourd?hui d?autres Chinois et Indiens y contribuent largement, tant mieux.

Doléances, doléances

■ L?impression d?une discrimination salariale entre les travailleurs étrangers et mauriciens. Pis, des ouvriers étrangers de différentes usines se rencontrent et constatent qu?à salaire égal, certains bénéficient de meilleures conditions de travail.

■ Mauvaise comptabilisation des heures travaillées.

■ Brimades des supérieurs.

■ Toilettes défectueuses ou salles de bain en nombre restreint.

■ Promiscuité exacerbée dans les dortoirs.

■ Allocation de repas mensuelle jugée insuffisante

■ Pas d?inspection régulière de leur condition de vie sauf lorsqu?un problème grave surgit.

■ Absence de vie sociale.

■ Un rythme effréné de travail et pas suffisamment de temps de repos.

■ Un confinement total dans l?enceinte de l?usine.

Bataillon étranger actif

Au moment où débute la révolte des ouvrières sri lankaises à la Compagnie mauricienne de textile (CMT) il y a dix jours, quelque 29 400 travailleurs étrangers gagnent leur vie à Maurice. Ils sont machinistes, constructeurs, ingénieurs, cuisiniers et restaurateurs, prêtres, administrateurs d?hôtels?

L?Inde est le premier pays fournisseur de main-d??uvre qualifiée avec actuellement quelque 10 200 ressortissants dans l?île. La Chine se classe deuxième avec environ 9 500 personnes. Le Bangladesh (environ 4 000) et le Sri Lanka (aux alentours de 2 500) sont les deux autres importants fournisseurs de bras à l?économie mauricienne. Quelque 740 Malgaches travaillent également dans l?île.

Normalement, un travailleur migrant a droit aux mêmes conditions d?emploi que son collègue local. Cependant, souvent, des contrats privés conclus avec l?employeur prévalent sur les dispositions prévues par la loi.

Le gouvernement mauricien intervient pour s?assurer que les contrats de travail offerts aux employés migrants ne touchant pas plus de Rs 20 000 par mois, sont conformes à la loi. L?employeur est d?indiquer, dont le nombre d?heure de travail et celui des heures supplémentaires. Il n?obtient son permis d?importer que si son offre correspond aux dispositions de la loi. On peut se demander, dès lors, comment CMT a été autorisé à exiger 70 heures de travail par semaine aux Sri Lankaises comme le disent celles-ci? Maurice s?est engagée à améliorer constamment les conditions d?emploi des employés migrants. À la suite de la révolte des ouvrières chinoises de 2002, le gouvernement mauricien s?est concerté avec les autorités chinoises pour offrir une meilleure protection. Le nouveau ?Occupational Health and Safety Act? prévoit des normes plus strictes pour le logement des ouvriers étrangers.

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