Publicité

Lilian Berthelot, conte à rebours

18 septembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les zistoir de Tizan. Celles qui ont bercé notre enfance. Qui nous ont fait rêver de l?ailleurs. Qui lui a inspiré la crainte des ?daïnes? et des ?bolom sounga?. Des histoires transformées en trame de romans et de contes. Pérennisées ? mais partiellement seulement ? pour les générations futures. C?était là le sujet d?une communication de Lilian Berthelot.

Sa tribune : celle d?un colloque international au Queen?s University de Belfast. L?événement, placé sous le thème Le conte, entre oralité et écriture, s?est tenu les 1er et 2 septembre derniers.

Un exposé au cours duquel la romancière n?a pas manqué de remonter aux origines du conte pour postuler qu?une partie essentielle de notre folklore oral est l?héritage des esclaves. Elle a défini le conte comme une création hybride entre fiction et vérité, un lieu de toutes les possibilités, avec ? détail intéressant ? ?l?infériorité voulue du rôle du conteur, intrus admis en temps recomposé dans un univers merveilleux?.

Question : comment s?est concrétisée sa participation à ce colloque ? Lilian Berthelot raconte que c?est en surfant sur le Net qu?elle a vu l?appel à communication. ?J?ai envoyé un résumé de ma communication et elle a été acceptée.?

La plate-forme irlandaise a aussi servi pour décortiquer la structure du conte. De son début invariable: ?Sirandane! Sanpec!?, ?mots de passe, consigne rituelle?, à sa phrase d?ouverture tout aussi immuable : ?Enn zour dan enn pei, enn leroi?.

Ce que Lilian Berthelot commente en ces termes : ?Tant d?indéfinis (?) L?Inde ? Madagascar ? L?immense Afrique ? Le rêve à l?état pur ? L?imagination faisait son choix.?.

Méticuleusement, elle recense trou de mémoire et mots qui manquent. Sans gêner la compréhension, l?intervenante est d?avis que ces pauses ont le don de piquer à vif l?intérêt de l?auditoire, de le réveiller au besoin, de le pousser à demander : ?Et après ??.

L?intervenante a aussi établi la ?polarité antagoniste? de la fin et du début du récit, ?le conteur annonçant invariablement une chute du genre :

-Je m?étais caché (sous la table, derrière une porte?) mais un serviteur (ou le prince, l?intendant?) me vit. Alors il me donna un coup de pied, l?ai traversé la mer et je suis tombé ici pour vous raconter cette histoire-là? Ce qui met fin, selon la romancière à ce moment d?évasion privilégié qu?est la séance de sirandane.

Lilian Berthelot n?omet rien des chansonnettes qui agrémentent souvent les contes. Cette ?partie chantée que l?écrit ne pourra jamais reproduire?. Elle n?a pas hésité à donner de la voix devant l?auditoire du Queen?s University de Belfast, le gratifiant de refrains tels que la chanson de l?ours

?Tchac, tchac-tchac, tchac-tchac Dan mo kalbas ena bon dimiel?

Des petits couplets auxquels Lilian Berthelot attribue la fonction de soupape pour évacuer la tension, ?complément attractif qui dédramatise? et égaye l?auditoire. Ce qu?elle ne manque pas de mettre en opposition aux récits où le loup en antihéros danse autour d?un feu en évoquant ses proies. ?Ronde grotesque, mots cruels qui augmentent la tension de l?audience et le sens du danger imminent.?

Sens de la dramaturgie qui gagnerait, selon elle, à être scénarisé pour retrouver les ?vertus audiovisuels? des contes ainsi que leur ?conditionnement culturel?.

Ce qui lui permet d?enchaîner sur un des thèmes qui a retenu l?attention de plusieurs auteurs mauriciens : le ?mythe de la lémurie?, sorte de lecture de la forme des montagnes.

Lilian Berthelot a choisi quatre d?entre elles : le Corps de Garde, Pieter Both, la montagne du Lion et le Morne pour illustrer son propos. Autant de lieux qui ont inspiré la plume de Robert-Edouard Hart (?Corps de Garde? silhouette d?homme étendu ressemblant à un roi gisant mort sur un lit de parade?) ou Malcolm de Chazal (?Nos montagnes (?) auraient été taillées par un peuple de géants?).

Dans la même catégorie, elle classe un ?récit populaire (qui) fit état d?un groupe d?esclaves qui, s?étant réfugiés au Morne, aperçurent un détachement (?) Pris de panique, ils se jetèrent dans le vide?.

PUBLICATION

Charles Baissac traduit en allemand ■ ?Zistwar yev ek torti dan bor basin lerwa? ou encore celle de ?Tizan lake bef? traduite en allemand. C?est désormais une réalité grâce aux efforts conjugués de Dev Virahsawmy et du Dr Walter Sauer. ?Ti-Zistwar Pei Moris?, ouvrage bilingue créole et allemand a récemment été publiée par les Edition Tintenfab.

Double intérêt de l?ouvrage : la version en kreol morisyen selon la grafi larmoni, réalisée par Dev Virahsawmy. Préfacier de cet ouvrage bilingue, il écrit que ??Zordi mo lang maternel finn devlop enn tradision literer e nou larises literer pa pou fonn dan divan, anvole kouma feyaz dan siklonn.?

Un propos auquel fait écho Mahendra Gowressoo, ministre des Arts et de la Culture. En avant-propos, il écrit que dans un monde où ?malerezman ti-zistwar pe perdi valer (?) nou redekouver boner, bote ek mazik dan rakonte ek ekoute.? Avant d?inviter le lecteur a ?gout fri tamam ki pie kiltir Moris finn raporte?.

Charles Baissac, né en 1831, grandit en compagnie d?affranchis, dont des griots qui lui racontèrent ses premières zistwar. En 1888, il publiait Le folk-lore de l?île Maurice. Les littératures populaires de toutes les nations, genre texte fondateur des contes qui peuplent notre imaginaire.

ITINERAIRE

Maurice, valeur ajoutée à l?étranger

■ ?Je suis revenue de ce séjour en Irlande avec l?impression que pour promouvoir, expliquer et faire avancer la culture mauricienne, il faut aller à l?étranger, à défaut de pouvoir le faire chez soi.? Constat accablant dressé par Lilian Berthelot à son retour d?un colloque international au Queen?s University de Belfast.

Là-bas, elle a eu l?occasion de se rendre compte de la renommée de Marc Serge Rivière, qui détient la chaire de français à l?université de Limerick en Irlande. Lilan Berthelot raconte qu?Ailbhe O?Flaherty, doctorante de Limerick est justement venue à sa rencontre dans le cadre de ses recherches sur la littérature mauricienne.

?J?ai l?impression que tout se passe ailleurs?, insiste la romancière. Avant de revenir à la doctorante qui a choisi de travailler sur les ?uvres de cinq auteurs mauriciens, dont deux des siennes : ?L?outremer? et ?Le désamour?. Les autres plumes choisies sont Barlen Pyamootoo, Carl de Souza, Ananda Devi et Natacha Appanah. ?Je trouve cela très flatteur?, confie-t-elle.

Le voyage à Belfast a également été l?occasion pour elle de rencontrer le Dr Peter Tame de la Queen?s University de Belfast. Détail marquant : l?universitaire est l?un des descendants de Joseph Barnard. C?est le graveur qui a laissé son nom dans l?histoire de la poste à Maurice. C?est lui qui au lieu de Post Paid inscrivit Post Office sur le Blue Penny.

Publicité