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L??il ?
L??il a été décrit, chanté, célébré de mille façons, sans doute parce qu?il reste, dans le visage humain ce qu?il y a de plus fascinant, l?éternelle interrogation et la lucarne ouverte sur le plus profond de la pensée. Le regard est le plus subtil moyen d?expression, le plus attirant, le plus mystérieux?
La Tradition distingue l??il physique qui reçoit et renvoie la lumière ; l??il du c?ur, source de l?affectivité ; le troisième ?il, au bas du front ou épiphyse (glande pinéale) qui sécrète, entre autres, la mélatonine. Dans la mythologie indienne, les deux yeux représentent le soleil et la lune ; l??il droit, le soleil, est tourné vers le futur ; l??il gauche, la lune, regarde vers le passé? Le troisième ?il est celui de la sagesse et de la voyance. Mais l??il unique, au milieu du front est signe de sauvagerie. C?est l??il du cyclope Polyphème dans « l?Odyssée » d?Homère. Géant bête et méchant, il sera vaincu par l?habileté d?Ulysse, qui parviendra à faire fuir ses compagnons de la caverne du géant.
Pour les poètes, l??il recèle un pouvoir magique. Partout, l?amoureux est épris du regard de sa belle. L??il participe de la beauté et de l?expression d?un visage comme fontaine de lumière. Joie, ivresse, crainte, amour ou compassion, le regard exprime tous les sentiments d?un être. Le maquillage se plaît à souligner par le fard cette singulière puissance du regard. La peinture égyptienne nous montre déjà cette figuration soignée de l??il, dessiné de façon fine et longue. On trouvait aussi dans certaines pièces de monnaie (gauloise et romaine) un profil de soldat à l??il grand ouvert, symbole de vigilance. Brûler les yeux d?un vaincu ou d?un traître était un châtiment barbare qui condamnait le malheureux à la nuit éternelle.
Beaucoup d?animaux ont des yeux que l?homme redoute : le léopard, le serpent, le crocodile? Le gecko (cher compagnon de nos murs intérieurs), le hibou, etc. Sans parler des insectes à la vue multiple, comme l?araignée. Des talismans protègent, dit-on, de ces yeux menaçants. Comme du « mauvais ?il », arme des sorciers jeteurs de sorts. Le fer à cheval est censé protéger du mauvais ?il dans les maisons. Chez les Arabes, la « Main de Fatma » que les femmes portent en pendentif. Certaines pierres comme le béryl, le diamant, l?améthyste?
La couleur des yeux tient toujours une place capitale dans la description des visages. Bleus, verts, gris, marrons ou noirs, ils sont un signe distinctif de race, d?origine, et de caractère aussi.
Il n?est pas surprenant que l??il, dans le langage, ait donné naissance à une foule d?expressions que nous utilisons couramment. « Il n?avait d?yeux que pour elle », dira-t-on d?un admirateur éperdu. « Il ne pouvait détacher ses yeux de son visage »? Aux yeux de tous, « il la dévorait des yeux », cela crève les yeux. Faire les yeux doux, glisser un coup d??il curieux, admiratif. Regarder dans les yeux, surveiller du coin de l??il, c?est visible à l??il nu? Pour juger d?un travail, rien ne vaut l??il du maître. Cela était si extraordinaire qu?il n?en croyait pas ses yeux?
Elle voyait la Vierge avec les yeux de la foi. Etc.
Ce sont nos yeux qui regardent le monde ; mais le voient-ils tel qu?il est ? Certainement pas. Personne ne voit le monde tel qu?il est, sauf ceux, peut-être, qui sont doués de double vue, ceux qui lisent le Grand Livre entre les lignes? Pourtant l?aveugle « voit » un monde, celui que lui interprète son intelligence et son instinct, à partir de ses autres sens : il entend, il touche, il sent, il goûte.
À partir de là, il imagine. Il ne vit pas dans la nuit, mais dans sa clarté intérieure?
Ainsi y a-t-il beaucoup à voir dans les yeux. Oeil perçant, ?il rêveur, ?il perdu, ?il de lynx, sans oublier, n?est-ce pas, « l??il du cyclone », ?il de borgne mais qui fait trembler la nature. Mais l?on en revient toujours aux yeux de l?amour ? même si l?amour est aveugle. Comme dans ce très beau poème de Louis Aragon : « Les Yeux d?Elsa »?
« Tes yeux sont si profonds qu?en se penchant pour boire J?ai vu tous les soleils y venir se mirer S?y jeter à mourir tous les désespérés Tes yeux sont si profonds que j?y perds la mémoire. »
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