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L?ICAC résignée
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
L?ICAC sombre dans la fatalité. Elle considère son maigre bilan comme un destin inévitable. Son directeur général n?est pas fier des six condamnations qu?il a obtenues en trois ans mais justifie ce résultat en arguant qu?il est difficile de prouver la corruption. De plus, soutient-il, dans d?autres pays également les enquêtes n?aboutissent pas souvent à des poursuites.
Personne ne peut contester le fait que c?est bien un constat d?échec qu?établit aujourd?hui la commission. Du coup, c?est sur les moyens de redresser la situation que doit se porter la réflexion désormais. Il s?agit de s?interroger sur les causes du mauvais fonctionnement de l?institution. La réponse ne se trouve pas au niveau des hommes. On a bien vu que le remplacement de Navin Bheekarry par Anil Kumar Ujoodha n?a guère fait évoluer la situation.
En revanche, une remise à jour permanente des lois anti-corruption aurait permis à la commission d?être plus efficiente. Par exemple, le temps n?est-il pas arrivé pour traiter l?enrichissement illicite comme un délit pénalement punissable ? A présent, la police ne peut inculper une personne pour une augmentation substantielle de ses biens dont elle ne peut justifier l?origine.
Cependant, le comité parlementaire qui est chargé par la loi de faire le toilettage du Prevention of Corruption Act (POCA) n?est lui-même pas très actif. Son président, Yatin Varma, a personnellement vécu des situations compliquées. En outre, les partis politiques représentés au parlement n?ont pas tous désigné leurs meilleurs avocats pour siéger au sein de ce comité où une expertise légale est indispensable.
Faut-il attendre les bras croisés que des témoins tombent du ciel pour pouvoir envoyer les pourris derrière les barreaux ? C?est ce que semble penser Anil Kumar Ujoodha quand il dit que «c?est difficile de trouver des preuves dans les affaires de corruption. Car ce sont des délits qui sont souvent commis entre deux individus, en secret, qui n?ont aucun intérêt à ce que cela se sache». Pourtant, les moyens de réduction de la corruption existent.
Prenons le cas de l?affaire impliquant le président de la Mauritius Ports Authority, Siddick Chady. L?ICAC a ouvert une enquête sur une somme de 25 000 dollars américains qui aurait été transférée sur son compte en octobre 2006 par Boskalis International. Cette société néerlandaise avait obtenu, deux mois auparavant, un contrat de Rs 500 millions pour le dragage du port. Le Premier ministre a annoncé, la semaine dernière, qu?il a demandé confirmation de la transaction à Boskalis ! Ce n?est pas la meilleure façon de procéder.
Ivan Collendavelloo, spécialiste de la lutte contre la corruption, propose plutôt que l?ICAC s?adresse aux autorités des Pays- Bas pour leur demander de faire des investigations sur cette affaire. Cette procédure, qui ressemble à celle des commissions rogatoires, est prévue dans la Convention internationale contre la corruption. Comme les Pays-Bas ont la réputation d?être impitoyables envers les sociétés corruptrices, ils auraient sans doute répondu favorablement à une demande mauricienne.
La performance décevante de l?ICAC tient souvent à des erreurs de stratégie. La commission aurait tort de penser que la culture de l?échec est inscrite dans ses gènes.
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