Publicité

Libre circulation

4 décembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?émigration des élites est un phénomène qui prend de l?ampleur. Chaque année, des centaines de nos meilleures compétences partent pour s?installer ailleurs, notamment au Canada, en Grande-Bretagne et en France. Faut-il mettre en place une politique pour enrayer la fuite des cerveaux?

Le flux des gens qualifiés vers les pays du Nord est un sujet qui préoccupe beaucoup les pays en voie de développement. Il a été l?objet de discussions ce week-end lors d?une session du sommet Afrique-France consacrée au ?retour des compétences?. A cette occasion, le président français, Jacques Chirac, a fait plusieurs propositions pour encourager les diasporas à aider leur pays d?origine.

La posture des occidentaux n?est pas dénuée d?ambivalence. Le dirigeant français le reconnaît lui-même : ?Les pays d?accueil ont un rôle ambigu. Ils offrent des formations pour aider l?Afrique, mais les conditions attractives qu?ils font aux diplômés africains les incitent à rester.?

Pour attirer les élites du Sud, le Nord use de tous les appâts. Ces pays développés offrent des salaires attrayants et des conditions de vie intéressantes aux compétences formées par les nations pauvres. L?industrie des technologies de l?information et des communications (TIC) est celle qui a le plus profité de la ?chasse aux cerveaux? dans des pays pauvres.

Cette situation peut inciter les pays du Sud à imposer des lois pour limiter la mobilité de la main-d??uvre. Chez nous, il y a eu des tentatives pour forcer les boursiers à s?engager à servir le pays pendant un certain temps après leurs études universitaires. Cette contrainte n?a pas abouti aux résultats souhaités. Seule une revalorisation des salaires dans les domaines où il existe une pénurie de professionnels qualifiés peut aider à retenir les compétences.

Toutefois, il ne faut pas avoir peur de la circulation des hommes. Elle finit toujours par rapporter des fruits. Prenons le cas de l?Inde. Ce pays reste le leader mondial du ?Business Process Outsourcing? et du développement des logiciels, bien que ses informaticiens, convoités par des nations très riches, soient libres de partir quand ils le souhaitent. Ses contacts avec l?étranger l?ont en fait enrichi.

De même, il peut y avoir de réels avantages découlant de la mobilité internationale de nos infirmiers qualifiés. Il faut cesser de considérer comme un drame l?émigration massive de ces professionnels du secteur paramédical. Beaucoup de Mauriciens qui ont choisi cette filière sont ensuite retournés au pays pour investir leur argent. Le banquier Harry Sookun était parti pour l?Angleterre d?abord exercer comme infirmier?

La fonction publique a tort de vouloir restreindre le mouvement des infirmiers en leur refusant le congé sans solde qu?ils réclament pour travailler à l?étranger. La solution réside plutôt dans la création d?écoles de ?nursing?, comme celle prônée par Dawood Rawat dans le cadre de son partenariat avec Apollo Hospitals. Elle fournira de la main-d??uvre à nos hôpitaux et, en outre, aidera des jeunes à trouver des débouchés à l?étranger. L?émigration de nos infirmiers n?est pas une menace, elle est une opportunité.

Le flux des personnes qualifiées, dans les deux sens, doit être encouragé. Le président honoraire du Parti travailliste disait dans une récente interview à ?l?express? qu?il est ?normal que les jeunes tentent leur chance ailleurs. Si j?étais jeune, j?aurais probablement fait de même.? Des propos dignes et sincères.

Publicité