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Liaisons dangereuses
La distinction entre le temporel et le spirituel reste trop souvent imprécise dans notre pays. C?est pour cela que resurgit de temps à autre la confusion entre les genres. Ainsi le vice-Premier ministre, Pravind Jugnauth, était hier l?invité d?honneur de la fédération des temples hindous au Ganga Talao. Pour sa part, le chef de l?Eglise catholique a évoqué, il y a deux semaines un problème éminemment politique à l?occasion d?une messe.
Le principe de laïcité, auquel souscrivent les républicains, est pourtant simple. Il s?agit de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Tout empiètement de l?un sur le terrain de l?autre remet en cause la séparation indispensable entre le religieux et le politique. La laïcité n?est pas qu?un élément parmi d?autres de la pensée républicaine, c?est sa devise, a écrit récemment le philosophe Bernard-Henri Lévy.
Les convictions religieuses sont une affaire privée. Quand elles débordent de leur périmètre pour se répandre dans l?espace public, il y a un mélange malsain. C?est ce qui se passe quand un politicien est invité à accomplir des rites religieux devant les caméras de la télévision. L?invitation faite aux gouvernants de s?adresser aux pèlerins, à l?occasion du Maha Shivaratree, chaque année, est une violation évidente de la démarcation qu?il incombe de respecter.
La polémique qui a été provoquée par la décision d?inviter le vice-Premier ministre, et non le chef du gouvernement, à la cérémonie du Ganga Talao démontre, en outre, combien délicat peut être le croisement entre la religion et la politique. On ne sait, pour l?instant, si le choix des organisateurs procède d?un calcul délibéré ou pas mais il suscite certainement des interrogations. D?autant plus que le Maha Shivaratree figure au calendrier des fêtes nationales.
De même, on a du mal à comprendre pourquoi l?évêque de Port-Louis a choisi l?occasion d?une messe pour célébrer l?abolition de l?esclavage pour s?insurger contre la position de l?Etat dans l?affaire du critère religieux. Ni le lieu, ni le moment n?était approprié pour ce discours musclé à l?égard des dirigeants politiques qui étaient invités à assister à la messe.
La présence des politiques à des manifestations religieuses n?est pas en soi contestable. Rien n?interdit à un citoyen qui décide de faire de la politique de conserver ses croyances religieuses. Mais il devrait se garder de prendre la parole à des rassemblements qui ont une vocation purement religieuse. A plus forte raison, il devrait faire ses prières de manière plus discrète et pas sous les yeux de la population.
Il faut que l?espace public maintienne une distance par rapport aux appartenances religieuses. Cela est difficile parce que les dirigeants politiques ne cessent de courtiser les divers responsables de sociétés religieuses pour des raisons clientélistes. Les conséquences de ces accointances pernicieuses peuvent être graves. Par exemple, le député qui vote au Parlement risque de ne pouvoir légiférer en fonction de l?intérêt général. Prisonnier de ses fréquentations, il doit placer ses convictions religieuses avant toutes choses et céder aux chantages des groupes religieux.
Les associations socio-religieuses doivent cesser d?inviter des hommes politiques à leurs manifestations. Ceux-ci ne peuvent s?y rendre qu?à titre privé. Les vaches seront alors bien gardées.
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