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Li Shing Tit: l?odyssée d?un immigrant chinois

8 octobre 2007, 20:00

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Né en 1920 à Doune Hon à Meixian, Li Shing Tit (affectueusement appelée Ah Dwiak Co) à l?âge de 10 ans mit le cap en décembre 1929 pour l?île Maurice, cette terre lointaine perdue dans l?océan Indien sur le bateau Tin How à la recherche de l?Eldorado.

Il arriva dans l?île le 1 er janvier 1930 après une traversée éreintante de 35 jours de Hong-Kong qui lui avait coûté 50 HK dollars. Il avait comme compagnon de voyage son inséparable Li Kwet Li avec qui il a tissé une amitié impérissable. Il s?établit à Rose-Hill et travaille pendant trois ans pour rendre les dettes encourues. Pour surmonter la barrière linguistique, il se fait enregistrer comme élève à l?école chinoise de Beau-Séjour où il apprend l?anglais et le français pendant les cours du soir. Il ne se décourage pas. Malgré ce déracinement et la fatigue, il se montre régulier et tenace pour apprendre ces langues étrangères. Après il déménage avec son frère pour s?installer à la route des Pamplemousses à Port-Louis. Les années passent, difficiles et pénibles et avec stoïcisme il fait face aux moments les plus douloureux de sa vie. L?univers traversait entre deux guerres mondiaux. L?argent était rare et le rationnement était en vigueur. Il gagnait Rs 25 comme salaire. La Seconde Guerre Mondiale éclatait. On mangeait comme aliments de base manioc et patate. Il travaillait avec son frère jusqu?en 1947 et avec d?énormes sacrifices il économisa suffisamment pour ouvrir une boutique à Fond-du-Sac (un village presque inexistant sur la carte à cette époque) pour son propre compte. Un dicton chinois dit qu?il faut battre ses propres ailes pour réussir dans la vie.

Better reign in hell than serve in heaven, disait Milton dans Paradise Lost. En 1950, il vint à la Rue Jummah Mosque (tout près de Loong See Tong Society) pour devenir grossiste. Il était un visionnaire et il avait le flair du commerce. La ville de Port-Louis était complètement différente à cette époque ? une ville tranquille et paisible. China Town était pleine d?activités. Cette même année, il s?est marié à une Mauricienne d?origine chinoise et en 1956 il déménagea à la route Royale où il se trouve actuellement. En 1980 il effectua sa première visite à Meixian pour retracer ses racines après une absence d?un demi-siècle de son pays natal. Ce fut un moment d?intenses émotions : la grande réunion familiale, de grandes retrouvailles avec ses 20 cousins qui l?entouraient. Tant de souvenirs dans ce village montagneux de Meixian. A partir de ce premier voyage, il y effectue chaque année un pèlerinage à Meixian pour s?abreuver à sa source. Imprégné de valeurs chinoises, il a su gagner les coeurs de ses clients en instaurant la confiance mutuelle. "parole donnée parole sacrée ? c?est son credo. Dans on parcours de combattant il est toujours resté optimiste malgré l?adversité. Il attribue son succès à son dur labeur, sa persévérance et sa sollicitude envers les plus démunis de la société. Pour lui la chance joue un rôle primordial dans la vie de tout un chacun. Son magasin a miraculeusement survécu à deux incendies dévastateurs. Il attribue sa longévité à sa bonne humeur et à sa joie de vivre. Il aime à passer son temps libre à jouer au mahjong pour le plaisir. Il se remémore avec nostalgie de ces dimanches d?antan passés à Liene Lit Fee (club social de la rue Desforges) en compagnie des ses amis intimes mais peu nombreux. Il aime à cultiver l?amitié des personnes sincères car il déteste l?hypocrisie. Le commerce a tant changé aujourd?hui. Il regarde avec nostalgie le Port-Louis d?antan ? ces camions qui, tard dans la soirée sillonnaient les rues de la vieille capitale pour se diriger vers les villages lointains où opéraient les boutiquiers chinois (les kaptans).

Aujourd?hui Li Shing Tit a mené son bateau à bon port et a passé le témoin à son fils unique pour continuer le travail qu?il avait commencé le siècle dernier. Avec une retraite bien méritée, cet octogénaire se la coule douce. Néanmoins pour meubler son temps, il continue à marquer de sa présence son magasin d?alimentation à la rue Royale. C?est une figure incontournable du paysage social et commercial. Li Shing Tit symbolise une bibliothèque vivante de l?immigration chinoise et une success story dans la mémoire collective. From rags to riches, comme dirait l?Anglais, il a pu grimper l?échelle sociale.

Philip LI CHING HUM

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