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L?hyper-président
Un mois après son élection, Nicolas Sarkozy bénéficie d?un réel état de grâce. Tous les sondages témoignent qu?il jouit d?une forte popularité et que deux Français sur trois environ lui accordent un préjugé favorable. Loin de se lancer dans un ?troisième tour social?, les syndicats observent prudemment cette entrée en fonctions. Et, contrairement aux alarmes lancées ici ou là, les banlieues sont restées calmes. Le nouveau président de la République a marqué des points grâce à son style direct, son art de la communication, son omniprésence sur tous les fronts intérieurs et extérieurs, sa volonté affichée d?engager les réformes promises, d?autant plus aisément que l?on est encore, jusqu?à l?élection de la nouvelle Assemblée nationale, dans le temps des annonces.
Au-delà de ce changement de style, Nicolas Sarkozy s?est affirmé immédiatement, selon ses propres termes, comme un ?président qui gouverne?. Conformément à la conception qu?il avait définie dans son livre Témoignage quand il écrivait : ?Le pouvoir exécutif est entre les mains du président de la République puisque le suffrage universel direct lui en donne la légitimité?. Et, ajoutait-il, ?les Français doivent savoir qui décide", le premier ministre ayant simplement un rôle de ?coordinateur de l?action gouvernementale?.
En se comportant en ?hyper-président?, n?hésitant pas à contrôler étroitement, voire à corriger publiquement ses ministres, M. Sarkozy n?est pas fidèle à la lettre de la Constitution et à son article 20, selon lequel ?le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation?. Mais il est en cohérence avec l?esprit et la pratique de la Loi fondamentale. Le général de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d?Estaing et même François Mitterrand, du moins entre 1981 et 1986, ont agi de la même manière, omniprésente et impérieuse. M. Sarkozy met donc fin à une ambiguïté institutionnelle ? c?est le président et non le Premier ministre qui est le chef de l?exécutif et de la majorité ?, et il l?assume.
Mais ce retour aux sources de la Ve République pose la question de l?équilibre des pouvoirs. Si la ?vague bleue? annoncée aux élections législatives se confirme, M. Sarkozy exercera un pouvoir sans partage et sans réel contrepoids. Certes, la grande majorité des régions sont à gauche, mais il disposera d?un Parlement à sa dévotion pour faire la loi. Ce déséquilibre sera renforcé par la domination d?un parti du président qui n?aura jamais aussi bien justifié cette appellation. L?UMP a été façonnée par M. Sarkozy. Il ne lui doit rien, elle lui doit tout. Elle est à sa main. Or, si M. Sarkozy veut être ?celui qui assume la responsabilité?, le président de la République demeure, à défaut de réforme institutionnelle, politiquement irresponsable. Irresponsable aujourd?hui, sans contrepoids demain.
© Le Monde 2007( Édito paru le 5 juin 2007)
Distribué par The New York Times Syndicate
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