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L?humain d?abord !
Claire Némorin est comme un poisson dans l?eau dans le bureau spacieux et insonorisé d?Infomil (Maurtius) Ltd au septième étage de la Cybertour où huit opérateurs travaillent dans un silence quasi-religieux. Ce bureau paraît encore plus vaste du fait qu?il y a encore de nombreuses chaises vides devant les ordinateurs dernier cri. Signe évident que le recrutement n?est pas encore terminé.
Mais même si Claire est la patronne, elle ne fait pas de fixation sur son statut. En sus de ses responsabilités premières, cette femme de 33 ans n?hésite pas à répondre au téléphone, à faire infuser le thé et à le servir aux invités de passage. «Je suis pour mettre la main à la pâte en toutes circonstances», dit-elle, sans complexes.
Il faut dire que Claire est habituée à cumuler plusieurs responsabilités de front. Alors qu?elle agissait comme responsable de la formation et de solutions bureautiques dans une société de services informatiques et qu?elle était mariée, mère d?une fillette et de jumeaux en bas âge, elle s?est embarquée dans la poursuite de ses études supérieures de gestion, réussissant à tout mener à bien et à terme. Donc, en comparaison, tout lui semble simple.
Claire fonctionne à la nouveauté, aux défis. C?est ainsi qu?à la fin de sa Form VI au couvent de Lorette de Rose-Hill, elle se lance dans l?informatique, car ce secteur encore relativement nouveau pour Maurice, est en pleine expansion. Elle s?inscrit donc auprès de la Chambre de commerce et d?industrie (CCI) dans le but d?obtenir son Brevet de technicien supérieur en informatique de gestion. Formation qui, dit-elle, aiguise son sens critique et son esprit analytique.
Elle fait ensuite un bref passage comme programmeur chez le consultant De Chazal Du Mée. Elle a juste le temps de convoler avec Christian Némorin, l?homme de sa vie qu?elle fréquente depuis qu?elle a 15 ans, de lui faire un enfant, une fille nommée Emilie, aujourd?hui âgée de 12 ans, avant de postuler et d?être acceptée chez FRCI, une société de services informatiques. Durant les deux premières années, Claire est formateur en programme Excel. Tâche qu?elle adore car elle approfondit le contact humain. «Partager ses connaissances avec d?autres personnes, c?est formidable». On lui confie ensuite la responsabilité du département de bureautique. Elle est également appelée à monter de nouveaux cours, selon les logiciels de Microsoft.
Ayant toujours besoin de se lancer dans une nouvelle entreprise, Claire qui est aussi maman de jumeaux, Gabrielle et Thomas, qui ont à l?époque trois ans, embraye cette fois avec une maîtrise en sciences de gestion, formation élaborée par la CCI et l?université de Poitiers en France.
Elle reconnaît que cette période de sa vie n?a pas été facile. «Ce n?était pas évident de cumuler vie professionnelle, vie familiale et études mais j?étais très motivée. J?étais contente de m?essayer à quelque chose de nouveau. Je crois aussi que sans mes dix ans d?expérience professionnelle, le cours aurait été plus dur. Et puis, au niveau familial, il faut dire que mon mari m?aidait beaucoup.»
Réussir à gérer l?humain
Une des matières qu?elle apprécie dans ce cours est le droit, notamment celui du travail car il lui fait découvrir le monde des ressources humaines. Bien vite, l?univers de FRCI lui semble trop familier, si bien qu?elle recherche d?autres défis à relever. Elle postule auprès du Rogers Call Centre qui recherche un Human Ressource Training and Quality Manager. Recrutée, elle est fascinée par l?aspect gestion des ressources humaines. Là, elle traite avec des jeunes, issus de milieux différents et aux personnalités dissemblables.
«Bien vite, la direction a laissé tomber la responsabilité de la qualité dans mes attributions car il y avait trop à faire au niveau des ressources humaines. Cela dit, je ne me suis jamais ennuyée. C?est passionnant de traiter avec l?humain. Cela changeait tous les jours. C?était un travail d?équipe.»
Pour réussir à gérer l?humain, explique-t-elle, il faut faire la part des choses entre les exigences de l?entreprise et l?expression de l?employé. «L?employé doit certes s?insérer dans la structure de l?entreprise mais il doit pouvoir aussi s?y exprimer et être écouté.»
En feuilletant le journal, Claire tombe en arrêt sur un avis de recrutement d?Infomil (Mauritius) Ltd qui cherche un directeur. Le profil décrit semble être le sien. Cette femme de défis postule et passe toutes les étapes du recrutement. Jusqu?à ce qu?on lui offre le poste. Elle se retrouve donc à la tête de cette société mauricienne, filiale d?Infomil basée à Toulouse en France et qui doit développer des solutions informatiques pour le groupe E. Leclerc. Le défi pour elle, c?est de travailler avec l?étranger et de diriger une équipe qui est appelée à grossir pour totaliser 30 personnes.
Claire a pris son poste le 12 septembre dernier mais on la sent déjà en terrain conquis. Elle croit dans la cybercité et les technologies de l?information et de la communication.
Le hic, selon elle, est qu?il manque encore des opérateurs formés non seulement pour les centres d?appels mais aussi pour les unités de BPO.
Plus d?oral dans l?étude des langues
Pourtant, il y a plusieurs centres de formation qui existent et qui donnent des cours. «Il faut non seulement parler l?anglais ou le français et pas que de façon approximative, avoir une bonne connaissance générale, une personnalité avenante et savoir vendre. Ce type d?opérateurs ne court pas les rues.»
Selon elle, pour y pallier, il faudrait commencer par revoir le système éducatif pour y introduire plus d?oral dans l?étude des langues. «Au niveau du BPO, on aura besoin encore plus d?opérateurs qualifiés, tels des comptables, des assureurs. Il y a un créneau pour des postes plus spécialisés mais je ne crois pas que la formation suive le pas.»
Si Claire pense que Maurice a des atouts sous forme d?une technologie au point, de stabilité politique et d?une main-d??uvre plus ou moins bilingue et à meilleur marché que celle disponible en Europe, elle s?inquiète d?une absence de réglementation pour les employés dudit secteur. «Ceux-ci ne savent pas ce à quoi ils ont droit. De ce fait, ils peuvent se faire exploiter ou carrément abuser par des employeurs malhonnêtes ».
Claire se sent prête à faire un long chemin avec le groupe Leclerc. «Les recruteurs pensent qu?ils m?ont choisi. C?est un peu vrai. Mais moi également, j?ai choisi de travailler avec ce groupe car j?ai réalisé au cours des exercices de recrutement que l?humain est au centre de leurs préoccupations. Cela compte beaucoup pour moi également. Si c?était le profit avant tout, je n?aurais pas été là». Une réaction somme toute normale, surtout quand on est la fille de Pierre et de Monique Dinan?
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