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L?horreur à son apogée
La situation au Proche-Orient a franchi, cette semaine, un nouveau pas dans l?abominable avec la décapitation de Nick Berg. Après la mort, lundi à Gaza, de six soldats israéliens dont les restes sanglants ont été exhibés devant la foule par des militants du Hamas, un jeune Américain a été décapité en Irak par des islamistes d?Al-Qaida.
Homme d?affaires de 26 ans, Nick Berg avait été capturé il y a un mois.
Ses assassins, et en premier lieu le Jordanien Abou Moussab Al-Zarkaoui, prétendent avoir voulu se venger des tortures infligées par des soldats de la coalition américano-britannique dans les prisons irakiennes, et ont qualifié George Bush de « chien des chrétiens ».
Jamais l?horreur des uns ne saurait excuser celle des autres. Dénoncer des abus est une chose, et c?est le privilège des régimes démocratiques que de le rendre possible, même si c?est douloureux. En commettre de pires au prétexte que l?« ennemi » s?est sali les mains le premier n?est qu?une ignominie.
Ce qu?ont fait les hommes de Zarkaoui est une barbarie. Un crime moralement inexcusable, mais aussi politiquement dévastateur pour la cause qu?ils prétendent défendre. Si l?indignation suscitée dans les pays arabes et dans le reste du monde après les révélations sur le sort des détenus de la prison d?Abou Ghraïb est légitime, ce crime et la vidéo qui en témoigne dépassent l?entendement. Et l?on veut espérer une condamnation aussi unanime du crime mis en scène par Al-Qaida, de cette surenchère dans l?abomination.
Des agissements barbares
Comment peut-on se recommander d?un Dieu, quel qu?il soit, quand on se complaît dans la barbarie ? Comment peut-on penser que son Créateur puisse se réjouir de voir égorger un homme aux cris de « Dieu est le plus grand » ? Combien de temps des communautés musulmanes à travers le monde, et en Europe, pourront-elles continuer à faire confiance à des imams qui refusent de condamner, clairement et publiquement, ces agissements barbares ?
En même temps, cette plongée dans l?abîme de l?Irak à moins de deux mois du transfert de la souveraineté à un gouvernement intérimaire montre, une fois de plus, l?impasse dans laquelle s?est fourvoyée l?administration Bush. Au lieu de s?en tenir, après le 11 septembre 2001, à une lutte patiente et déterminée contre Oussama Ben Laden, Al-Qaida, ses séides et ses métastases, en Afghanistan et ailleurs ? objectif approuvé par toutes les démocraties ?, Washington a préféré se lancer dans l?aventure irakienne.
Loin de les diminuer, ce détour irakien a accru les périls. En renversant la dictature de Saddam Hussein, l?administration Bush a voulu affirmer l?hégémonie des États-Unis au nom de valeurs universelles dont l?Amérique est l?une des terres d?élection. Mais ce choix obligeait la première puissance mondiale : elle devait avoir une stratégie claire pour l?après-guerre irakienne et ses soldats devaient respecter les valeurs morales dont elle se réclame. Hélas, ces deux rendez-vous ont, pour l?heure, été manqués. Aujourd?hui, le champ de bataille irakien est une menace pour le monde entier. Et c?est au monde entier, via les Nations unies, d?en prendre la charge.
2004 Le Monde ? AFP Distribué par The New York Times Syndicate
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