Publicité
L?histoire d?amour Claude Piéplu/île Maurice
Par
Partager cet article
L?histoire d?amour Claude Piéplu/île Maurice
Claude Piéplu, un grand Monsieur du théâtre français. Monsieur Shaddock pour de nombreux Français. Un douloureux et émouvant Harpagon pour de nombreux Mauriciens, en âge, en 1949, de comprendre la subtilité de la présence sur scène de ce comédien hors pair, capable de transformer en tragédie une comédie de Molière, sans lui faire perdre une once de son humour, en la haussant au niveau d?un drame humain.
En France comme à Maurice, il se passe de présentation. La France est sa patrie légale et Maurice sa patrie de c?ur. Il n?a jamais oublié qu?il doit ses premiers succès sur les planches aux amateurs mauriciens d?art dramatique. Ils lui font comprendre que sa faculté innée de se couler dans la peau de ses personnages, avec tant de finesse, de sensibilité et d?intelligence, est appelée à voler de succès en succès, même s?il doit se confiner dans des rôles secondaires.
Sa reconnaissance filiale à l?île Maurice, Claude Piéplu le prouve souvent, régulièrement, en choisissant cette destination pour ses vacances annuelles et celles de son épouse. En 1980, il est déjà à son troisième séjour à Maurice. Il y retourne volontiers pour assouvir ce besoin de Maurice qui l?assaille de temps en temps.
En 1980, il loge chez ses amis Boullé à Poste-Lafayette. Il n?a rien perdu de sa simplicité. Sur scène, il est le personnage à animer, à faire revivre, à ressusciter, à incarner. Le rideau final tombé, il redevient Monsieur-Tout-le-Monde mais avec un nouveau bagage de sentiments et d?émotions qui l?aident à mieux comprendre le monde et les hommes et les femmes qui l?entourent.
Il évoque volontiers différents souvenirs de son histoire d?amour avec l?île Maurice et avec les théâtres municipaux de Port Louis et de Rose Hill. Il n?a rien oublié de l?initiative d?Yves Forget de faire venir une troupe dramatique (plutôt que lyrique) dans l?île Maurice de 1949 et de l?après-guerre. Il se souvient comme hier des différents membres de sa troupe de jeunes acteurs formés, entre autres, par Louis Jouvet.
Il n?a pourtant rien oublié de la vacherie qui lui est faite en 1975, l?empêchant de se rendre à Maurice pour y réaliser un projet théâtral. En 1975, l?ADEAC, l?association française pour le développement des échanges artistiques et culturels, rejette son projet de se produire à Maurice. Il n?est pas satisfait des explications boiteuses qui lui sont données à Paris. Il proteste auprès de Giscard d?Estaing. Il n?hésite pas à ameuter l?Elysée. Il prie ses bons amis mauriciens, dont Pierre Renaud, d?enquêter sur place. L?ambassadeur de France à Maurice, M. Maurice Merllié, lui fait savoir que son projet n?a pas été proposé aux Mauriciens. Cette précision diplomatique le rassure. Il ne peut concevoir que son île Maurice ait pu l?oublier au point de dédaigner le spectacle qu?il voulait lui concocter. Un an après, son ami Pierre (Renaud) meurt et Claude Piéplu laisse de nouveau éclater sa révolte contre les bureaucrates parisiens mal informés, ayant empêché ses retrouvailles avec ses amis mauriciens.
En 1980, il avoue à l?express : ?C?est ici, à Maurice, que j?ai fait la maquette de ma carrière? Le hasard a fait que je rencontre Yves Forget? C?est lui, qui a eu l?idée de faire venir à Maurice non pas une troupe lyrique mais une troupe de comédiens. J?y ai fait mes débuts.? Le théâtre n?est pas tendre pour les débutants. Il ne leur donne guère la chance de faire leurs preuves. A Maurice, Piéplu a les coudées plus franches. Il prend de l?assurance. Les ovations mauriciennes le réconfortent, le poussent à donner le meilleur de lui-même, l?encouragent à des innovations inédites, à peaufiner son aisance sur scène. Grâce aux Mauriciens, il cesse de douter de lui-même.
Pour Piéplu, Maurice est avant-tout une terre d?accueil. Il demeure quelqu?un ayant choisi d?être comédien, avec toute la discipline qu?exigent le théâtre, la télévision, la radio, le cinéma. Il se veut indépendant. Il refuse de se laisser manipuler. Il veut voir clair en toutes choses. Il sait devoir s?adapter aux nouvelles technologies, aux habitudes changeantes des spectateurs, désormais plus proches de la télévision. Le public veut tout avoir et tout de suite. Il est davantage sollicité et de toutes parts. Il est plus difficile, plus exigeant. ?C?est un choix que les spectateurs font. Nous devons leur donner le théâtre qu?ils réclament. Il faut savoir, au besoin, rompre avec la tradition. Rien n?est jamais gagné d?avance. C?est toujours un examen que nous devons subir avec succès. Les nouvelles choses sont sources de satisfaction quand on a l?esprit ouvert, disposé.?
Des projets pour Maurice ?
Il suffit de le vouloir des deux côtés.
Mais peut-on le vouloir quand on n?a pas connu l?inoubliable troupe dramatique de l?hiver 1949 ?
Publicité
Publicité
Les plus récents