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L?hôpital Labourdonnais : Un trésor à l?abandon

30 janvier 2006, 20:00

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Il est l?objet de convoitise de grandes sociétés voulant l?intégrer à un plan d?extension du Caudan Waterfront? Ce bâtiment aujourd?hui à l?abandon, connu comme le STC Building a jadis été un hôpital militaire : il s?agit de l?hôpital Labourdonnais, construit au 18e siècle, le plus ancien bâtiment de Port-Louis encore en état. Et au lieu d?être transformé en magasin de luxe moderne, ne mérite-t-il pas mieux d?être restauré et réhabilité comme lieu culturel ?

Lorsqu?on pénètre à l?intérieur de cet hôpital militaire, on s?étonne de son bon état de préservation. Il y fait frais, les murs anciens aux briques bien épaisses de basalte et de corail, taillées des mains des esclaves, ont permis une bonne isolation et de cette façon, une très bonne conservation du lieu. Entre ces murs couverts de chaux, les planchers et les plafonds de bois, les lourdes portes et les volets, flotte encore l?âme du passé. Un temps où Maurice était encore l?Isle de France, où Port-Louis était en voie de devenir le port principal de l?île.

L?hôpital Labourdonnais a été construit en 1740, à l?initiative du gouverneur du même nom. La construction de l?hôpital militaire à Trou- Fanfaron fut le premier gros projet de construction du gouverneur Labourdonnais. Il est composé d?un bâtiment principal, de deux ailes et de deux cours. ?Au rez-de-chaussée, les soldats blancs étaient soignés. A l?étage, les marins et les esclaves?, raconte Vijaya Teelock, historienne.

L?hôpital pouvait contenir 240 lits. Certaines parties du bâtiment servaient de cuisines, de stores et de salle de bains. Une annexe séparée servait à interner les malades mentaux et d?autres abritaient les quartiers des gardiens, officiers, docteurs et infirmières.

L?aile gauche et le bâtiment central abritent les bureaux de la CWA depuis 1977. Quelques modifications et rénovations y ont été effectuées, telles que la construction d?un troisième étage sur l?aile gauche, mais la structure est d?origine et les murs du 18e siècle sont encore en place, bien épais et solidement ancrés. Ce style architectural militaire français est typique du 18e siècle : on en retrouve des exemples en France, ainsi que dans ses anciennes colonies.

Décrété monument historique en 1999

L?aile droite, après avoir servi d?entrepôt pour des stocks de riz, est à l?abandon depuis 1990. De vieilles structures en fonte soutiennent les plafonds à l?étage et au rez-de-chaussée, les colonnes de bois semblent avoir été fabriquées dans le même bois bien solide et lourd que celui qui servait à la construction des bateaux à l?époque.

Le bâtiment qui abrite aujourd?hui un entrepôt de la CWA servait d?infirmerie. La vieille charpente en bois est encore visible sur une partie du bâtiment, mais les dégâts dus au cyclone Hollanda en ont détruit la majeure partie. Ainsi, une structure en métal faite de rails de chemin de fer récupérés durant la période anglaise vient soutenir le toit. On voit encore dans cette infirmerie les anneaux de fer scellés aux murs qui servaient à enchaîner les esclaves ou les coolies sur leurs lits de malade. On peut presque entendre les cris des malades souffrant de leurs blessures et de leurs maux.

Ce site historique est la propriété du gouvernement mauricien, qui le décréta monument national en 1999. Pourtant, l?aile droite reste à l?abandon et bien qu?en bon état de conservation, elle mériterait quelques travaux de restauration et une réhabilitation respectant l?authenticité du lieu.

Bien que ce bâtiment soit le plus ancien de Port-Louis et peut-être même de l?île, son importance historique a été ignorée durant trop longtemps. L?hôpital militaire est voisin de l?ancien bagne qui fut transformé en hôpital civil et qui appartient aujourd?hui à la Poste. Mais il se trouve aussi à proximité de l?Aapravasi Ghat et s?insère dans la zone tampon qui a été délimitée lors du projet de classement du site par l?Unesco comme Patrimoine mondial. Il se trouve ainsi protégé de rénovations destructrices et de réhabilitations grossières. Le gouvernement a donc dû arrêter tous les projets de développement dans cette zone pour le moment.

L?équipe de chercheurs de l?Aapravasi Ghat Trust Fund a entrepris des recherches sur ce site et a souligné l?importance de préserver cette architecture du 18e siècle, particulièrement l?aile droite. Mais des questions se posent parmi des historiens et passionnés du patrimoine : où trouver des fonds pour la restauration ? Quel projet de réhabilitation proposer au gouvernement en alternative à des magasins de luxe ? Et surtout comment respecter l?authenticité du plan d?origine.

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