Publicité
Leçons indiennes
Etrange karma que celui de la plus grande démocratie du monde. Trois de ses personnalités les plus influentes appartiennent à des minorités religieuses. Pour la population indienne, ce fait est considéré comme banal et ne fait l?objet d?aucun débat. Tous les pays pluriethniques, dont le nôtre, gagneraient à réfléchir sur cette grande leçon de sagesse qui nous vient de l?Inde.
Ce pays à majorité hindoue a à sa tête un président musulman, A.P.J. Abdul Kalam, un Premier ministre sikh, Manmohan Singh, et un leader catholique, Sonia Gandhi, née Antonia Maino, aux commandes de la coalition au pouvoir. En outre, celle-ci a vécu en Inde depuis 1968 mais n?a demandé la nationalité indienne qu?en 1984, soit tout juste avant que son mari, Rajiv, ne devienne Premier ministre.
Ses adversaires du parti nationaliste, le BJP, l?ont surtout attaquée sur ses origines étrangères. Ils se sont parfois moqué de sa maîtrise hésitante de l?hindi. Mais jamais le débat n?a dérivé vers des thèmes racistes ou religieux. A aucun moment ses adversaires n?ont-ils eu la tentation de miser sur le thème du ?pouvoir pe sap dan ou lame?. Pour les masses pauvres, les dernières législatives n?étaient qu?une occasion pour obtenir quelques rayons de soleil de cette ?Shining India? que le BJP avait fondée.
Il est vrai qu?aux yeux des foules rurales, Sonia Gandhi est d?abord l'héritière des Nehru. Le leader du Congrès a même joué adroitement cette carte. Elle a appris les intonations de sa belle-mère, Indira Gandhi, fille de Jawaharlal Nehru, pour mieux lui ressembler. Mais c?est sa défense vibrante des pauvres et des exclus qui lui ont valu son succès électoral de mai dernier. Les Indiens étaient surtout concernés par les questions de pauvreté.
Le BJP de l?ex-Premier ministre, Atal Bihari Vajpayee, avait mené une campagne digne, même s?il a commis une erreur de jugement politique. Avec le nez dans le guidon, il s?était concentré sur la macroéconomie. Il s?enorgueillait d?une économie dynamique et mettait l?accent sur la croissance qui était passée à 8 % en 2003. Il ne s?était pas préoccupé du fait qu?entre-temps le gouffre s?élargissait entre pauvres et riches.
L?itinéraire de Sonia Gandhi démontre que ce qui compte le plus pour un électeur dans une démocratie, ce sont ses perspectives d?avenir personnel. ?C?est l?économie, idiot? avait répondu un ancien président américain interrogé sur le principal facteur qui détermine un vote populaire. C?est quand l?argument économique n?est pas pertinent que des politiciens ont recours à la race et à la religion pour éveiller des passions faciles.
Bien que l?Inde soit une mosaïque de peuples, où se bousculent les cultures et les traditions, les rivalités religieuses n?ont jamais été exacerbées pendant les législatives. Les apparences et les croyances religieuses n?y sont pas des enjeux de campagne. Pour autant, on ne peut occulter le fait qu?un sujet émotionnel continue à orienter les préférences des Indiens. Si Sonia Gandhi a été élue en 2004, c?est aussi pour perpétuer la dynastie des Nehru, qui a gouverné l?Inde quasiment sans interruption de 1947 à 1998.
Les règnes dynastiques échappent aux lois de la démocratie. Ainsi la petite-fille de Sonia Gandhi, enfant de Priyanka et Robert Vadra, est déjà promise à un bel avenir politique. Son prénom, Maria, ne pose aucun problème.
Publicité
Publicité
Les plus récents