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L?exubérance des gestes politiciens
Les images sont plus fortes que les raisonnements. C?est la thèse que défend Robert J. Schiller, professeur d?économie à Yale et père de la désormais célèbre expression « l?exubérance irrationnelle », quand il analyse les grands risques financiers qui secouent notre monde d?aujourd?hui. En politique aussi, les images qui nous parviennent influent psychologiquement sur le rationnel, et directement sur nos pensées, même les plus pieuses?
Ainsi, lors de la célébration de Ganesh Chathurti (dit « Dieu de l?intelligence, qui enlève les obstacles »), on a bien vu (dans « l?express » de jeudi) une photo du Premier ministre, fraîchement revenu des States, éclatant de rire aux côtés de Paul Bérenger et de Madun Dulloo. À première vue, cette photo pourrait surprendre ceux qui écoutent, à la lettre, les discours de ces messieurs du MMM, qui se présentent comme des adversaires acharnés de Ramgoolam et de son gouvernement, à en juger par la récente mise en demeure du fidèle soldat Bhagwan contre les deux vice-Premiers ministres anticonstitutionnels?
Mais pour les blasés de la politique locale ? et on peut les comprendre !, ce n?est rien d?autre que l?illustration d?un petit cercle, celui de nos politiciens, dans leur élément naturel, s?affichant dans les fêtes socioculturelles. Ceux-là ne sont guère étonnés de voir ce rire si exubérant car ils savent pertinemment bien que les trois principaux partis politiques du pays évoluent dans un perpétuel ménage à trois depuis 1983 ? le vieux loup Madun Dulloo n?a-t-il pas sabordé son MMSM pour rejoindre la barque des mauves.
Ce jeu incestueux d?alliances et de mésalliances se trouve aujourd?hui à son point culminant en raison de la date du 19 septembre, quand le Premier ministre abattra sa carte maîtresse pour désigner le successeur de sir Anerood Jugnauth (qui pourrait être nul autre que lui-même).
Durant cette intense période, où les trois partis se courtisent à la moindre occasion, au vu et au su de tous, il faut voir Ramgoolam comme le lion, le roi du jeu. Le MMM et le MSM, en quête d?accouplement, comme des lionnes en chaleur, guettent son moindre geste, à l?image de Pravind Jugnauth et Nando Bodha, plus timide que le couple Bérenger-Dulloo, pour tourner autour du roi Navin lors de la célébration de Ganesh Chathurti.
Nos politiciens évoluent dans un système fort restreint? ils ont certes des divergences de vues, mais tous finissent bien par se taire pour suivre le courant principal. La récente affaire des vice-Premiers ministres témoigne de la diversité de points de vue et de principes qui cohabitent sous un même toit, celui de l?Alliance sociale. Xavier Duval hausse les épaules et réplique : « What?s in a name ? » Rama Sithanen veut rendre sa BMW 540 (sans nous dire ce qu?on fera alors de cette voiture puisque Beebeejaun a déjà la sienne et sans parler de la nouvelle 530 qu?il va falloir trouver), alors que Ramgoolam, conscient des implications (non seulement administratives mais politiques) essaie de marcher entre les frontières légale et morale.
Dans l?opposition, le MMM a choisi d?attaquer avec la mise en demeure, qu?on pourra toujours retirer en cas d?accord politique avec les rouges. Le MSM reste timide, et attend de voir la suite des événements.
Entre-temps il y a une exubérance de courbettes qui ressemble à de l?indécence !
<B>PS </B>: Certains pourraient toujours se demander « Et alors, n?ont-ils pas le droit de rire aux éclats quand ils se rencontrent ? » Cette question, il vaudrait mieux la poser à Madun Dulloo, qui a essayé en vain de rencontrer son Premier ministre quand il était au gouvernement pour discuter de la politique étrangère? d?où sa démission !
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