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L?express n?accompagnera pas Jugnauth à Tripoli
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L?express n?accompagnera pas Jugnauth à Tripoli
Notre actualité de 2007 fait la part belle à la libération d?infirmières bulgares et de médecins palestiniens, accusés, mais sans preuves acceptables, selon les normes internationales, d?avoir volontairement inoculé le virus du sida à un nombre considérable d?enfants libyens, ainsi qu?à l?odieux chantage exercé, à ce propos, et pendant plusieurs années, par le camarade-frère Muammar el Kadhafi pour, d?une part, tenter de redorer son blason, pourtant terni d?une façon indélébile par son machiavélisme impérialiste, et pour, d?autre part, enrichir davantage le PIB libyen, à raison d?un million de dollars par enfant sidéen. Elle avait précédemment dirigé ses projecteurs sur une énième tentative kadhafienne d?imposer ses caprices au continent africain. On le croyait assagi après toutes ses turbulences passées. Chassez le naturel, il revient au galop.
Kadhafi a-t-il encore des défenseurs à Maurice ? Si oui, ils sont probablement plus sincères et plus discrets que lorsque l?ambassadeur Al Jaddy, le représentant de Kadhafi dans l?île Maurice d?avant janvier 1984, distribuait abondamment ses pétrodollars à toute main tendue, qu?elle soit de la majorité parlementaire ramgoolamienne et travailliste ou de l?opposition militante. Qui, à l?époque, refusait d?agiter l?encensoir devant Kadhafi ou devant son alter ego mauricien, Al Jaddy ? Politiciens de tous bords, professionnels de toutes branches, journalistes de toutes rédactions ou presque, responsables d?associations sportives ou culturelles n?avaient qu?à demander pour recevoir, disposés qu?ils étaient pratiquement tous de chanter les merveilles et les bienfaits de la Glorieuse Révolution libyenne, à leur retour de Tripoli. L?historien, qui fera l?inventaire de tous les pèlerins à s?être rendus sous la tente du camarade-frère Kadhafi, amusera à coup sûr les générations à venir, surtout quand il rappellera que certains d?entre nous ont estimé que la démocratie populaire libyenne était, et de loin, supérieure à notre démocratie westminstérienne. Estimation certes surprenante mais basée sans doute sur un critère d?alternance dont on ne peut que souhaiter l?avènement.
En juillet 1982, il est question que notre nouveau Premier ministre, Anerood Jugnauth, l?homme appelé, en janvier 1984, à expulser manu militari de Maurice Al Jaddy, les autres diplomates libyens et leurs proches, reçoive et accepte une invitation à se rendre en Libye pour rencontrer le camarade-frère Muammar el Kadhafi. Le ministre de l?Information d?alors, Harish Boodhoo, dont on connaît pourtant l?allergie à l?égard de tout ce qui nous vient de Libye, innove en décidant qu?un journaliste de la presse libre (MBC donc non comprise) accompagnera Jugnauth dans le pays de Kadhafi, ne connaissant aucune pénurie de manne. Comme la transparence la plus cristalline est alors la règle absolue, en ces temps bénis car n?étant agités par aucun scandale du type bourses indiennes/cadeaux de noce, la désignation du journaliste accompagnateur se fait par tirage au sort. Ce dernier jette son dévolu sur l?express et le premier à s?en réjouir est son rédacteur en chef, Philippe Forget, pour les raisons suivantes.
Le hasard fait parfois bien les choses, explique-t-il. Tout autre choix lui aurait cloué le bec et l?aurait empêché de dire tout le mal qu?il pense de l?innovation de Boodhoo, consistant à gaspiller les fonds publics pour qu?un journaliste de la presse libre accompagne un ministre lors d?un de ces voyages ministériels, si souvent critiquables et critiqués, le plus légitimement d?ailleurs. Il rappelle tout le mal qui a été dit au sujet des interminables voyages ministériels de l?ère ramgoolamienne. L?Express a même parlé de la présence, dans son île natale, de Seewoosagur Ramgoolam comme s?il s?agissait du transit à Maurice d?un visiteur étranger. (?SSR séjournera à Maurice du ... au ... de tel mois... Il nous vient de ... et repartira pour ... à la fin de son escale mauricienne ?). Pourquoi nos ministres voyagent-ils autant ? Dieu seul le sait et encore. En attendant les allocations de voyages tombent en abondance dans des escarcelles béantes.
Philippe Forget pourfend une autre hypocrisie : la présence du journaliste-accompagnateur ne sera requise que pour les missions importantes... Comme si un Premier ministre de Maurice peut se déplacer pour des futilités (la visite d?un hôpital provincial, par exemple) ?
Que peut d?ailleurs faire un journaliste-accompagnateur de plus que notre ministère de l?Information et les grandes agences de presse internationales ? Quelle rédaction, digne de ce nom, pourrait accepter la copie pondue par un journaliste d?une autre rédaction ? Que penser d?un journaliste louant (ou même critiquant) son bailleur de fonds en matière de déplacement ? Quid des fonds publics ainsi dépensés pour un résultat aussi douteux alors que le même Jugnauth dit entre-temps n?avoir jamais connu pareille crise économique ?
Pour toutes ces raisons, Philippe Forget est tout heureux d?annoncer à ses lecteurs qu?aucun journaliste de l?express n?accompagnera Jugnauth à Tripoli. Cette leçon de journalisme n?a rien perdu de son acuité, vingt-cinq ans après.
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