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?L?express? et la publicité gouvernementale

13 décembre 2006, 00:00

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A tour de rôle, chaque parti utilise abusivement, et même illégalement, les fonds publics prévus pour la publicité gouvernementale. Il n?est pas acceptable que les politiciens continuent à utiliser l?argent des contribuables pour favoriser des journaux qui leur sont favorables et boycotter d?autres qui leur paraissent hostiles.

Lors des échanges sur le ?Supplementary Appropriation Bill?, hier à l?Assemblée nationale, le leader adjoint du MMM, Jayen Cuttaree, a voulu connaître les critères selon lesquels les publicités officielles sont attribuées, le Premier ministre a répondu : ?les mêmes critères qu?auparavant?. Il admet donc que les mauvaises habitudes demeurent.

L?opposant Cuttaree a insisté : ?Et pourquoi est-ce que ?Le Militant? et ?Week-End? n?obtiennent pas de publicités??. Le Premier ministre a rétorqué que sous l?ancien gouvernement aussi bien, ?certains journaux tels que ?Le Matinal? ne recevaient pas de publicités.?

Il est bien entendu que ce ne sont pas avec ces flèches qu?ils se lancent mutuellement que les politiciens parviendront à un mode plus efficace de répartition du budget de la publicité gouvernementale. Il est temps de définir des critères transparents sur la base desquels les journaux bénéficieront de ces publicités. Ce n?est pas un exercice difficile. Il y a une obligation légale pour

l?État, de donner à l?information officielle la plus large diffusion possible à travers les journaux à fort tirage - ?with a wide circulation?, est-il précisé dans les textes de loi. La raison est évidente : il faut communiquer au plus grand nombre possible.

Actuellement, le système est en train d?être perverti parce que les critères sont opaques. Des subsides déguisés sont alloués aux journaux qui veulent bien être asservis au pouvoir en place tandis que les journaux libres et indépendants sont punis.

Le Premier ministre a donné, hier, les chiffres pour l?année financière qui s?est terminée en juin 2006. ?L?express? et ?Le Mauricien? ont obtenu chacun environ Rs 4 millions. Ces deux quotidiens, leaders sur le marché, reçoivent historiquement la plus grosse part de la publicité gouvernementale, en conformité avec leur diffusion et donc avec la loi. Pour sa part, ?Le Matinal? a bénéficié d?un peu plus de Rs 2 millions. Les hebdomadaires à grand tirage, ?Le Défi Plus?

(Rs 524 000) et ?5-Plus? (Rs 452 000) ont été traités presque sur un pied d?égalité avec des produits qui ont un taux de lectorat très faible tels que ?Mauritius Times? (Rs 305 000) et ?Le Socialiste? (Rs 737 000).

Depuis quelques mois, il est plus flagrant que jamais que la publicité gouvernementale est devenue un instrument de boycott aux mains d?un régime qui cherche à régler des comptes avec un journal qu?il estime trop critique. La loi n?est plus respectée et la publicité est accordée de manière arbitraire.

En août 2006, ?l?express? était la cible de critiques qui ont culminé avec la déclaration faite à Triolet par le Premier ministre pour accuser ce journal de fomenter un complot pour nuire à son gouvernement. Aussitôt après cette sortie publique, le robinet de la publicité a été pratiquement fermé pour ?l?express?. Voir le tableau ci-dessous :

Pour le mois d?octobre 2005, ?l?express? avait reçu presque Rs 800 000 pour la publication des avis officiels. Ce montant descend à Rs 950 en octobre de cette année. Dès lors, une question se pose. Si le pouvoir a décidé de laisser des miettes au quotidien qui recevait jusqu?ici la plus forte part des recettes publicitaires, qui sont les journaux qui ont raflé la mise ? Un relevé détaillé établit que pour le mois dernier 89 % du volume de publicité attribuée aux quotidiens du matin est allé à un seul produit, ?Le Matinal?. Cela peut paraître incompréhensible car son taux de lectorat s?élève à 26 % selon l?étude d?audience faite par Taylor Nelson Sofres. Ce taux est bien inférieur à celui de ?l?express? qui se situe à 60 %.

Le plus aberrant, c?est que dans leur application aveugle de la consigne de boycotter ?l?express?, certaines sociétés dans lesquelles l?Etat est l?actionnaire majoritaire se font du tort à elles-mêmes. Mauritius Telecom de Sarat Lallah et Cellplus se sont privées de l?occasion de faire connaître leurs services à un public plus vaste en réservant leurs publicités à quelques journaux, dont certains ont un taux de lectorat ne dépassant pas 1 %. MT a décidé d?exclure ?l?express? de ses campagnes de pub, quitte à nuire à ses propres intérêts.

Les directives de boycott de titres considérés comme trop critiques sont parfois contenues dans des circulaires officielles. Ainsi, il existe des instructions écrites pour interdire aux fonctionnaires d?accorder de la publicité à ?Week-end?, qui est pourtant un hebdomadaire à grand tirage.

Malgré tout ce qui se dit dans le domaine de la bonne gouvernance et du droit à l?information, des forces occultes sont à l??uvre pour brimer la liberté de la presse. Sans la vigilance et le soutien d?un lectorat intelligent, elles auraient déjà remporté la bataille.

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