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L?exode des blouses blanches

16 août 2003, 20:00

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Les autorités ne peuvent plus se voiler la face. Alors que le ministère de la Santé annonce en grande pompe l?arrivée des renforts avec le recrutement de 204 nouveaux infirmiers, 500 autres s?apprêtent à prendre le large. Un chiffre confirmé par le Registrar du Nursing Council.

« Ils ont soumis une demande d?attestation de leur statut de Registered Nurses. C?est la première étape dans le processus d?émigration. » Rien n?a donc entamé l?ardeur des infirmiers à s?expatrier et ce n?est pas le rapport du Pay Research Bureau (PRB) qui empêche cet exode. « C?est vrai. Le PRB n?a pas créé la motivation attendue par tous », soutient Francis Supparayen, président de la Nursing Association.

Attendre le bon moment

Le ministère de la Santé avoue son impuissance face à cette situation. « Nous ne pouvons rien faire pour empêcher cette migration des infirmiers. Les mesures prises comme l?augmentation des salaires pour les retenir, n?ont pas eu les résultats escomptés », confie le Chief Medical Officer, le Dr Shyam Sungkur.

Ce qui a changé, c?est le profil des candidats à l?émigration. Ceux-ci sont de plus en plus jeunes. Raj, infirmier à l?hôpital psychiatrique Brown-Séquard, note ce phénomène de rajeunissement chez les diplômés. Leur BSc in Nursing en poche, beaucoup de jeunes infirmiers préfèrent travailler en Angleterre, en Australie ou en Nouvelle-Zélande. « Là-bas, au moins, ils ont l?occasion de travailler dans des établissements spécialisés. Ils peuvent aspirer à une carrière enrichissante. »

Robin, infirmier depuis deux ans à l?hôpital Nehru de Rose-Belle, a de nombreux contacts à l?étranger. Et il attend le bon moment pour s?envoler vers l?Angleterre. « Avec mon diplôme en Hospital Administration and Management je pourrai gérer une salle. Ici, je suis cantonné à faire des points de suture. » Pour les nouvelles recrues, il est un peu un conseiller. « Parmi les nouveaux infirmiers qualifiés, une vingtaine d?entre eux m?a approché pour me demander conseil sur les offres d?emploi à l?étranger. »

L?Internet leur ouvre également la voie. La recherche d?un emploi en Grande-Bretagne est au bout de la souris. Sur le site du Nursing Times, par exemple, de nombreuses offres d?emploi apparaissent chaque jour.

Pourtant, partir n?est pas si évident. Ces jeunes infirmiers sont liés à l?État par un engagement financier (bond) de Rs 185 000. « Malgré cela, ils sont prêts à briser cet engagement », confie Robin. Après avoir envoyé l?accréditation du Nursing Council, l?infirmier n?a qu?à attendre une acceptance letter du Nursing and Midwifery Council en Grande-Bretagne. La prochaine étape consiste à choisir l?hôpital où il souhaite travailler. Sur place, il est soumis à un adaptation course de trois mois avant d?être enfin confirmé à son poste. C?est aussi simple que cela.

Effet boule de neige

Cette situation donne des sueurs froides aux syndicalistes. « Il y a un effet boule de neige. Ceux qui partent encouragent ceux qui sont restés à venir les rejoindre. Cela fait peur? », assure Francis Supparayen.

Une frayeur qui a sa raison d?être : une étude menée par Dr Linda Aiken, chercheuse américaine, a démontré que les risques de mortalité et d?infection augmentent de 30 % quand il y a une réduction du personnel. C?est ce qu?elle a révélé au cours de la conférence de l?International Council of Nurses qui a eu lieu à Genève en juillet dernier.

La Grande-Bretagne n?est pas le seul pays à leur ouvrir les bras. Depuis peu, les États-Unis convoitent nos infirmiers. « De nos jours, il n?est pas surprenant de voir des agents des établissements hospitaliers étrangers recruter directement à Maurice. Le manque de personnel dans les hôpitaux est un phénomène mondial. Les pays industrialisés n?hésitent pas à offrir des salaires alléchants aux postulants », affirme Francis Supparayen. Le syndicaliste tire encore une fois la sonnette d?alarme. « Si le gouvernement ne prend pas des mesures urgentes et courageuses, cette situation risque d?hypothéquer le développement et les réformes qu?il souhaite appliquer dans le domaine de la santé. »

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