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L?ex-procureur général de Guantanamo quitte l?armée

27 mars 2008, 00:00

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L?ex-procureur général de Guantanamo quitte l?armée

Le colonel Moe Davis a annoncé à Reuters qu?il avait demandé à quitter l?armée américaine, cinq mois après avoir démissionné de ses fonctions de procureur général des tribunaux militaires d?exception de Guantanamo en dénonçant des interférence politiques.

Le juriste de l?armée de l?air Moe Davis a mis en avant les répercussions de ses critiques envers les tribunaux de Guantanmo et des raisons familiales pour justifier sa décision. L?armée américaine ne devrait pas s?opposer à son départ, a-t-il déclaré lors d?un entretien accordé à Reuters. Pendant les deux années qu?il a passées en tant que procureur général sur la base navale de Guantanamo, Davis a été un farouche défenseur des tribunaux mis en place par l?administration Bush pour juger les terroristes présumés en dehors du système judiciaire classique.

Il a démissionné en octobre, insinuant que des responsables du Pentagone avaient usé de leur influence politique pour accélérer les inculpations de détenus et avaient autorisé l?utilisation de preuves obtenues sous la torture. «Il y a un an, j?étais un méchant pour la gauche, une simple marionnette dans les mains de l?administration Bush, un con de néonazi. Les personnes qui me détestaient pensent désormais de moi que je suis un héros. Et pour les gens qui m?appréciaient à l?époque, je suis subitement devenu le méchant», a-t-il déclaré à Reuters.

Des dossiers plus «sexy»

Davis, qui avait un jour comparé les détenus inculpés de «vampires craignant les tribunaux comme la lumière», a résumé son nouveau statut avec une métaphore, comme à son habitude. «J?ai toujours eu le sentiment d?être au milieu de la route. Et au milieu de la route, vous êtes touché par la circulation dans les deux sens», a expliqué Davis, qui dirige maintenant à Washington le service juridique de l?armée de l?air américaine.

Âgé de 49 ans, Moe Davis a accepté d?être cité comme témoin de la défense au procès, imminent, de l?un des gardes du corps d?Oussama Ben Laden, Salim Ahmed Hamdan, et dont il a lui même préparé le dossier. Davis dit avoir été poussé à rendre ses dossiers plus "sexy" et à se dépêcher d?inculper des détenus alors même que les statuts des tribunaux militaires étaient en cours d?élaboration. Le nouveau système judiciaire de tribunaux militaires d?exceptions sera approuvé en 2006 par le Congrès, la première version ayant été retoquée par la Cour suprême. Ces propos ont depuis été repris dans des documents des tribunaux de Guantanamo et par des avocats de détenus.

L?armée l?a depuis empêché de témoigner devant le Congrès et Davis a dit s?attendre à ce qu?il soit également empêché de témoigner en tant que témoin de la défense. Le Pentagone envisage de juger au moins 80 des 280 prisonniers de Guatanamo. Mais plus de six ans après l?arrivée des premiers captifs étrangers sur la base américaine à Cuba, seuls quatorze détenus ont été inculpés dans le cadre du nouveau système de tribunaux militaires. Treize d?entre eux sont en attente de procès et six détenus pourraient être condamnés à mort s?ils sont reconnus coupables d?avoir participé aux attentats du 11 septembre 2001. Davis s?est dit convaincu que les détenus contre lesquels des charges avaient été formulées étaient coupables.

Mais il a déclaré qu?ils méritaient des procès équitables. Ceux-ci ne seront possibles qu?à condition que les tribunaux militaires soient libérés de toute ingérence politique, qu?ils s?engagent à ne pas accepter de preuves obtenues en recourant au «waterboarding» (une méthode d?interrogatoire qui soumet les suspects à un simulacre de noyade) ou sous la contrainte, et si les procès ne reposent pas sur des documents classés secrets. «Vous aurez beau organiser les procès les plus exemplaires de l?histoire, s?ils se tiennent derrière des portes closes, en secret, personne ne croira qu?ils sont justes», a déclaré Davis.

Jane SUTTON

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