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L?Europe ne souhaite pas la bienvenue aux OGM
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L?Europe ne souhaite pas la bienvenue aux OGM
Le moratoire européen sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) non encore autorisés est levé de facto. Leur culture et leur importation vont pouvoir reprendre dans l?Union. La Commission européenne n?attend plus que les demandes d?autorisation de mise sur le marché qui devraient lui parvenir dès septembre. C?est l?adoption par le Parlement européen, à une écrasante majorité, d?une législation sur l?étiquetage et la traçabilité des OGM qui a permis de lever ce bannissement.
En juin 1999, la France, la Grèce, le Danemark, l?Italie et le Luxembourg ont imposé un moratoire de fait à leurs partenaires.
Ces cinq pays rejoints en 2001 par l?Autriche et la Belgique se sont engagés à ?suspendre? les nouvelles autorisations de mise en culture et de mise sur le marché jusqu?à ce qu?une réglementation ?garantissant un étiquetage et une traçabilité des OGM et des produits dérivés? soit adoptée par l?Union. Ils ont justifié cette décision par la nécessité de ?restaurer la confiance de l?opinion publique et du marché?.
Les autorisations déjà accordées à des OGM (maïs, colza, soja, etc.) n?étaient pas remises en cause : 35 millions de tonnes de soja transgénique sont importées chaque année dans l?Union, comme l?a rappelé la commissaire à l?Environnement. La Commission a donc proposé, en juillet 2001, deux règlements qui durcissaient une législation datant de 1997, pour le coup peu contraignante.
<B>Grève des OGM</B>
La réticence de Bruxelles et de la plupart des Etats membres, sans parler des industriels, s?explique : les Européens, par peur, ne risquent-ils pas de faire la grève des OGM s?ils sont trop informés ? C?est bien l?espoir que caressent les écologistes. Comme le dit Cohn-Bendit, ?on passe d?un moratoire politique à un moratoire pratique. Ça n?est pas pour rien que Bush, qui défend les intérêts de ses industriels, refuse que les consommateurs américains soient informés?. Washington a d?ailleurs immédiatement réagi. Le vote ?ne lève pas le moratoire illégal sur les produits biotechnologiques?, a déclaré le porte-parole du représentant américain pour le Commerce.
<B>Culture bio</B>
?Nous pensons que les règles européennes sont tout autant en contradiction avec l?accord obtenu à l?OMC sur les barrières commerciales et les mesures sanitaires et phytosanitaires que le moratoire lui-même?, a renchéri Ron Gaskall, l?expert des questions commerciales de la Farm Bureau Federation, l?une des principales organisations agricoles américaines.
Les deux textes votés vont permettre de suivre à la trace les OGM et d?assurer que tous les produits en contenant comportent un étiquetage.
Un seuil minimal a été fixé : en deçà de 0,9 %, pas d?obligation d?étiquetage. Chaque pays pourra adopter des normes afin de limiter les risques de contamination des cultures ?bio? par des OGM : il pourra, par exemple, délimiter des zones où de telles cultures sont interdites.
<B>Comprendre</B>
A quoi servent les OGM?
-Un OGM est un organisme ?génétiquement modifié? ou ?transgénique?. Ce terme, qui désigne communément les plantes manipulées, englobe en réalité également les bactéries et les animaux dont l?ADN a subi avec succès une opération de génie génétique. Cette technique, née il y a trente ans, permet d?ajouter un gène au génome d?un organisme afin de doter celui-ci d?un nouveau caractère héréditaire. Aujourd?hui, 99 % des manipulations végétales visent à doter des espèces de grande culture (maïs, soja, coton, colza) de deux types de propriétés : tolérance à un herbicide universel ou résistance à un ravageur. L?argument commercial majeur de ces innovations est la simplification des tâches de désherbage et la réduction de l?usage coûteux de pesticides.
Des qualités qui ont permis aux créateurs de ces plantes de prendre des parts substantielles sur le marché international des semences.
<B>Questions & réponses</B>
-Les OGM sont-ils dangereux pour la santé ?
C?est ?la? question qui hante le débat public depuis dix ans. Et c?est bien le principe de précaution et la volonté de prendre le temps d?explorer leur possible dangerosité qui a, officiellement, dicté depuis 1998 l?hostilité européenne aux OGM américains. Cinq ans plus tard, ?aucune étude scientifique indépendante n?a permis de conclure que les OGM déjà commercialisés dans le monde présentent un risque pour la santé humaine?, résume Sophie Girardi, biologiste et secrétaire scientifique du groupe d?experts sur les OGM auprès de l?Agence française de sécurité sanitaire des aliments.
?Rien n?indique formellement que les OGM sont nocifs pour la santé, mais nous demandons la preuve de leur innocuité?, rétorque-t-on à Greenpeace-France. Reste que la démonstration scientifique de l?innocuité peut être sans fin. A ce jour, les expériences de laboratoire et l?observation épidémiologique dans les pays où les OGM sont massivement consommés n?ont pas mis en évidence d?impact significatif.
Pour autant, la vigilance s?impose. L?insertion d?un gène dans le patrimoine génétique d?un végétal par la technique du génie génétique ?n?est ni bonne ni mauvaise en soi, tout dépend des gènes insérés?, ajoute Sophie Girardi. A noter que la manipulation la plus controversée, l?introduction d?un gène ?marqueur? conférant une résistance à un antibiotique, tend à être abandonnée. ?La seule approche possible du risque demeure l?examen au cas par cas de chaque nouvelle plante.?
Comme dans le domaine du médicament ou des pesticides, l?industriel assume les coûts et la responsabilité des études et présente ses données aux agences nationales d?expertise comme l?Afssa, qui peuvent demander des compléments d?information. Les études portent essentiellement sur la toxicité de la nouvelle protéine produite sous le contrôle du gène introduit ainsi que sur la toxicité de la nouvelle plante dans son ensemble. Elles sont menées via des tests in vitro et sur l?animal, rats et poulets , avec une attention accrue pour la toxicité induite par une ingestion répétée. Plus délicate est l?évaluation du potentiel allergène de chaque nouvel OGM, casse-tête posé par tous les nouveaux aliments classiques (additif, algue ou fruit exotique ). ?On ne sait pas prédire les effets allergènes d?un produit alimentaire?, précise Sophie Girardi. La crainte de l??OGM-poison? est-elle obsolète ? ?Je suis plus inquiète des problèmes posés par les OGM à venir, dont la composition nutritionnelle sera modifiée?, note la biologiste. La diffusion de ces nouvelles plantes, enrichies en fer ou appauvries en lipides, pourrait induire des déséquilibres nutritionnels. Ce risque viendrait alors aggraver celui déjà présenté par la vogue des ?aliments enrichis?.
-Sont-ils une planche de salut pour les pays du Sud ?
Plus la peine pour Monsanto, Aventis, Syngenta, DuPont et Dow (90 % des semences OGM) de tenter de prouver que la fin de la faim dans le monde ne peut éviter le chemin des OGM. Croisé-VRP de la biotech, George W. Bush s?en charge désormais, poussé par un lobby qui a contribué au financement de sa première campagne électorale. Le président américain n?a désormais de cesse de crucifier les réticences européennes. Un Vieux Continent où régneraient des ?obscurantistes? antiscience, des affameurs des pays du Sud, des apôtres de positions ?immorales?. Les OGM, baguette magique antifaim dans le monde ? L?argument ne tient pas la route. Parvenir enfin à nourrir 820 millions de victimes de malnutrition, c?est avant tout s?attaquer aux obstacles politiques, diplomatiques et économiques. Autrement dit, s?attaquer aux racines du sous-développement dans le monde: infrastructures, éducation, démocratisation, santé, utilisation de l?arme de la faim, etc. Enfin, le génie génétique se concentre sur les cultures d?exportation. Les plus rentables. Pas les plus diversifiées, ni les plus nutritives...
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