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L?esprit mardaye
Sommes-nous donc un peuple naïf ? Cultivons-nous sans souci l?ignorance de nos droits et de nos devoirs ? Sommes-nous fondamentalement imprégnés d?un esprit retors qui nous fait croire que l?on peut défier toutes les règles du marché et s?en sortir ? Il est fort tentant de le penser devant l?affaire Sunneechurra. Dans cette seule affaire, tous ceux qui se retrouvent aujourd?hui sous le coup de la loi, des personnes a priori propres, animées de bonnes intentions, ont semble-t-il péché par naïveté.
Ces employés de l?hôtel Oberoi, d?abord. Motivés par un juste principe, la santé des clients qu?ils servent, ils auraient agi avec persévérance pour porter à l?attention de l?hôtel l?existence de produits périmés. La loyauté qu?ils doivent à leur employeur n?a pas fait taire leur intégrité. C?est fort honorable. Mais pourquoi ces bonnes intentions ont-elle été corrompues, si c?est vrai qu?ils ont tenté de monnayer leur silence au moment de régler l?affaire ? Et comment ont-ils pu croire qu?ils pourraient jouer au plus malin avec un géant tel que Oberoi ? Pourquoi n?ont-ils pas été au bout de leurs convictions ? Pourquoi n?avoir pas sollicité le ministère concerné par la sécurité alimentaire ou consigné une déposition au poste de police au moment où ils soupçonnaient l?hôtel de s?être débarrassé de produits litigieux avant une descente de police ? Pourquoi, si ce n?est par naïveté?
Idem pour ce grand policier qui s?apprêtait à boucler une carrière de 28 années de métier avec une belle réputation. Tout comme ces employés, sa culpabilité n?est pas établie, mais comment a-t-il pu être aussi crédule pour croire que l?on ne se poserait pas des questions sur son compte, aussi naïf pour venir dans cet hôtel se pavaner sous le nez des autres employés qui ont forcément dû se passionner pour l?affaire. Comment pensait-il expliquer pourquoi c?est l?Oberoi, un hôtel qui est loin d?être le plus accessible aux bourses mauriciennes, qu?il a choisi pour passer ses vacances? Comment pensait-il convaincre qu?il avait bien l?intention de payer ce traitement luxueux, sa situation sociale et professionnelle étant publique? Sunneechurra n?a peut-être pas ?négocié? ce séjour en contrepartie de la garantie qu?il altérerait la conduite ou les conclusions de cette enquête, seule condition à laquelle on peut parler d?acte de corruption. Mais il aurait dû savoir que devant la cour, il lui faudrait apporter la preuve qu?il n?y a pas eu de corruption pour être innocenté.
Le grotesque des deux situations amène à penser que l?éducation de nos citoyens aux lois et aux règles du marché est un manquement qu?il ne faut pas négliger. Les officiers publics risquent d?être en contact avec des manipulateurs de plus en plus prêts à tout parce que le monde est de plus en plus régi par la compétition. Ils ne peuvent pas ignorer ce qui peut constituer un délit. Si un des plus hauts gradés de la police ignore malgré la publicité faite autour de l?introduction de la Prevention of Corruption Act?, les subtilités de la question, comment peut-on croire que le commun des mortels le saura. L?ICAC doit renforcer sa campagne d?éducation qui semble s?être ralentie ces derniers jours. D?autres doivent s?y mettre.
Dans cette farce, il faut craindre qu?un troisième dindon vienne se joindre aux deux autres. En retardant encore le moment d?engager une action contre celui qu?elle devrait considéré comme le corrupteur, l?ICAC est en train de nourrir l?idée que son dossier n?est pas costaud. Si tel est le cas, pourquoi alors aurait-elle arrêté l?ACP ? Ses méthodes passées de ?trial and error?, réprouvées, lui ont suffisamment fait du tort pour qu?elle risque d?entacher encore sa crédibilité. Nous ne demandons qu?à croire que ce temps est révolu.
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