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L?esprit

26 février 2006, 00:00

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La spiritualité qui vient du latin spiritus (esprit) désigne, par opposition à la matérialité (corps, instincts, la chair?), les activités qui se rapportent à l?esprit et à sa vie ; elle désigne ainsi un ordre de réalités le plus souvent rattachées à une dimension religieuse et mystique, mais qui concernent la capacité que possède l?être humain de s?interroger sur son existence, sur sa place dans l?univers et le sens de son action.

Par extension, elle est souvent associée au « spiritualisme », doctrines philosophiques qui posent l?indépendance et la primauté de l?esprit sur la matière, qui amènent certaines d?entre elles à considérer que tout est esprit. Elles s?opposent au matérialisme pour qui il n?existe rien d?autre que la matière et, dans sa version pratique, suivant lesquels la santé, le bien-être, la richesse, le plaisir doivent être tenus pour les intérêts fondamentaux de la vie.

Si les besoins de spiritualité possèdent un caractère atemporel, on peut relever certaines évolutions structurantes qui nous amènent jusqu?à aujourd?hui. Il faut pour cela revenir un instant sur l?étymologie du mot emprunté à spiritualitas qui veut dire littéralement « souffle » et fait donc initialement une référence explicite au corps.

Ce qui est intéressant de constater, c?est qu?au fil des siècles, le sens attaché au corps se détache et devient celui d?immatériel. Il finit par s?opposer au corps dans une optique dualiste à la fois présente dans la philosophie et la religion. Il faut aussi relever une deuxième évolution importante qui est le détachement progressif du spirituel du religieux. Même si on peut déceler des spiritualités non religieuses avant et pendant l?ère chrétienne, les deux notions ont toujours été associées jusqu?au XIXème. Avec la sécularisation de nos sociétés, se sont fait jour de nouvelles formes de spiritualités non religieuses. À la fin du XIXème siècle, un Auguste Comte dans sa théorie des trois états a parfaitement illustré ce point en faisant de la spiritualité positive le stade ultime de développement de l?esprit.

Toutefois, aux certitudes positivistes de la fin du XIXème et du début du XXème siècles, se sont substituées de nouvelles incertitudes, et ce faisant, de nouveaux besoins plus complexes et plus diffus. Le déclin des Églises officielles s?est poursuivi au profit d?une progression du matérialisme débouchant sur une certaine forme de vide spirituel. On assiste à ce que certains appellent la « désacralisation » du monde occidental, ou le « désenchantement » pour reprendre le terme du sociologue Max Weber. La « désacralisation » contemporaine libère, certes, mais laisse tout un chacun désemparé, dans le sens ordinaire de désarroi mais aussi dans le sens littéral, c?est-à-dire le contraire d?être « emparé » que ce soient par des structures sociales ou par une vision du monde d?essence religieuse.

Cette liberté neuve, dans le monde et dans l?histoire, débouche sur de l?angoisse, révèle les manques, et renvoie chacun à la responsabilité inéluctable de construire le sens au lieu de le recevoir d?une institution (la famille, la communauté, la société ou l?État).

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