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Les états-Unis et l?UE tournent la page sur la guerre en Irak
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Les états-Unis et l?UE tournent la page sur la guerre en Irak
L?Union européenne et les Etats-Unis ont ostensiblement tourné mardi la page de la guerre en Irak pour relever ensemble les grands défis de l?heure, quitte à minimiser leurs divergences sur certains dossiers. Il était dit que rien ne devait venir gâcher la fête des retrouvailles, qui se sont déroulées lors d?un double sommet entre George Bush et l?Otan ? préséance oblige ? puis avec les 25 chefs d?Etat et de gouvernement de l?Union européenne.
Pari réussi, de l?avis des deux rives de l?Atlantique. ?L?Europe et les Etats-Unis se sont reconnectés?, a résumé le président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, lors d?une conférence de presse commune. Personne n?a cherché à cacher les divisions du passé.
?Le dossier majeur qui a irrité beaucoup d?Européens était l?Irak?, a reconnu le président américain. ?Je comprends cela. L?important maintenant est de mettre cela derrière nous et de nous concentrer sur l?aide aux nouvelles démocraties.? Certes, on ne lui arrachera pas le moindre regret sur l?intervention irakienne et, quand on lui demande s?il a changé, la réponse fuse: ?Same old Bush! (Bon vieux Bush!)?. Dans le passé, a-t-il expliqué, la politique était d?accepter ?la tyrannie? et d?espérer que ?tout ira bien?.
?Et bien cela a changé le 11 septembre pour notre pays. Tout n?allait pas bien?, a-t-il expliqué en estimant avec des accents messianiques que la seule manière de battre ?une idéologie basée sur la haine? est de ?répandre la liberté et la démocratie?. Mais, comme le disait il y a deux semaines sa secrétaire d?Etat Condoleezza Rice, ?l?heure de la diplomatie a sonné? et les Etats-Unis se sont mis en quête d?alliés pour reconstruire l?Irak et maximiser les chances de paix au Proche-Orient. Et où les trouver, sinon au sein d?organisations qui partagent les mêmes principes - même si les méthodes ne sont pas toujours les identiques ? que les Etats-Unis, l?Otan et l?UE ?
Chef de file du camp anti-guerre
Son vibrant plaidoyer pour une ?Europe forte? alliée des Etats-Unis contrastait avec les tentatives ouvertes de la première administration de diviser la ?nouvelle Europe? favorable à l?intervention et la ?vieille Europe? pacifiste.
Même Jacques Chirac, chef de file du camp anti-guerre, est devenu un allié privilégié et on lui a servi lundi soir des ?French fries? et non des ?Freedom fries?, comme on les avait appelées aux Etats-Unis pour fustiger les Français. ?Hier soir, mon dîner avec Jacques Chirac m?a remis en mémoire qu?à part sur un dossier majeur, c?est-à-dire l?Irak, nous avons fait beaucoup ensemble pendant mes quatre premières années?, a constaté Bush, comme surpris, en citant l?Afghanistan, Haïti, ou le fonds de lutte contre le sida.
C?est d?ailleurs au président français qu?est revenu lors du sommet entre l?UE et le président américain le soin de lui présenter les progrès réalisés par la construction européenne.
?L?Europe peut être pour vous un véritable partenaire politique?, a-t-il expliqué en évoquant la future Constitution de l?UE, sa politique étrangère et sa politique de défense. ?Le monde dans lequel nous vivons est un. Personne ne peut résoudre seul les problèmes. L?Europe a besoin des Etats-Unis tout comme les Etats-Unis ont besoin de l?Europe.? ?Nous en avons la force, nous en avons la légitimité et nous en avons les moyens?, a ajouté le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, actuel président de l?UE. Le message est visiblement bien passé.
Le ?réalisme? de Bush
?Le vrai bilan tient dans la constatation que quelque chose a changé dans l?approche américaine de l?Union européenne?, a souligné le chef de l?Etat, pour qui ?les Etats-Unis ont pris conscience de la réalité de l?Europe?.?Plus réaliste?, George Bush ?a clairement indiqué qu?il entendait qu?il y ait un vrai partenariat et donc une vraie discussion? avec les Vingt-Cinq, a poursuivi Jacques Chirac.
Ainsi, deux camps s?affrontent sur le forum où doit se tenir le dialogue transatlantique entre alliés réconciliés. Pour Washington et Londres, suivis par de nombreux pays, l?Otan est le lieu ?central? de ce dialogue alors que, pour l?Allemagne et la France, il s?agit d?une alliance militaire et la discussion sur les autres sujets doit se faire avec l?UE.
De nombreux pays européens, France et Allemagne en tête, refusent-ils toujours d?envoyer des officiers en Irak pour former la future armée irakienne ? Bush en prend son parti : la formation se fera dans les pays voisins ou en Europe. L?UE veut-elle lever son embargo sur les armes à destination de la Chine? ?Préoccupant?, note Bush, qui craint un transfert de technologie militaire: mais il accepte d?étudier les garanties que les Européens se disent prêts à donner.
Les trois ?grands? européens (France, Allemagne, Royaume-Uni) privilégient-ils la voie diplomatique pour inciter l?Iran à ne pas produire de bombe nucléaire, sans grand soutien des Etats-Unis ? Washington, qui ne veut exclure ?aucune option? ? allusion à une intervention - les laisse faire. Les Etats-Unis refusent-ils de signer le protocole de Kyoto sur les émissions de gaz à effet de serre ? Cette fois, ce sont les Européens qui en prennent leur parti et qui entendent se concentrer avec Washington sur l?après-protocole, en 2012.
Elizabeth PINEAU
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