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Les visiteurs de Zhao

16 juin 2008, 00:00

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Tenues traditionnelles aux motifs précieux, parures à foisons. Têtes enturbannées pour les hommes, coiffées d?un panache argenté pour les femmes. La musique résonne alors que les voix s?élèvent dans les airs. Au menu, alcool de riz en guise de bienvenue, sourires de rigueur, vêtements de fête, et bientôt la grande parade sur la place du village. La culture Miao, du nom d?une des ethnies minoritaires qui peuplent les montagnes verdoyantes de la province du Guizhou, en Chine, s?anime. Evidemment, on croit toucher aux valeurs intrinsèques, aux rituels immuables. Le partage devient découverte. On se plairait presque à se rêver explorateur en terre inconnue. Privilégié parmi les privilégiés. Détenteur d?un sésame que l?on voudrait préserver jalousement.

C?est que la culture, ou plutôt les cultures, celles qui procèdent des identités, font leur entrée en fanfare dans le tourisme. Soif d?exotisme, fringale de dépaysement, envie d?original et d?originel. Non, utiliser la culture comme moyen de développement n?est pas une bévue totale. Tout au plus une gageure. Car le risque est grand. La perversion pure et simple de ce que l?identité a de fondamental et l?effritement de rites séculiers, qui ont du sens. Qui font sens. C?est un fait, les identités minoritaires et les cultures qu?elles produisent trouvent un terreau favorable à leur préservation tant que le frottement à une culture autre n?engendre un jeu de domination ou d?assujettissement. Le risque est aussi le folklore. Ce bon vieux folklore dont on ne mesure pas la portée. Et pourtant, nous, visiteurs d?un jour, nous délectons de ces saveurs culturelles qu?on nous lance comme cela.

Sans se douter qu?à 5h du matin, Zhao se lève pour la quatrième fois de la semaine, travaille dans sa rizière, puis quelques heures plus tard enfile son vêtement traditionnel, normalement réservé pour les festivités, et s?en va accueillir ces touristes, appareil en bandoulière demandant sourire et une petite pause photo. Pour autant, Zhao ne s?en plaint pas. Il est content d?avoir un revenu supplémentaire. Mais il se demande malgré tout ce qu?il restera de sa culture. Peur de l?artifice en clair.

Trouver la juste balance entre bénéfices économiques et préservation de cultures est un véritable numéro d?équilibriste. Eviter le piège du folklore à outrance, c?est simplement éviter de verser dans la vulgarité. Le visiteur est tout autant concerné. À lui de savoir respecter le village qu?il visite. À lui de se renseigner sur les us et coutumes pour ne pas brusquer des populations où l?éclat de voix peut paraître inopportun. À lui de savoir rester à sa place sans imposer ses flashs et son «crâne-casquette» qui passe intempestivement à travers les ouvertures des habitations. À lui en clair d?avoir une approche éthique d?un tourisme particulier, qui demande respect et savoir-vivre, ouverture d?esprit et tact.

En quoi cela nous concerne ? La volonté de parier aussi sur notre culture riche de sa diversité originelle mérite mûre réflexion. On grossit déjà bien trop souvent le trait. On donne dans le cliché, parfois risible : chemises et jupes à fleurs, chapeau de paille, voire jupes en raphia, visages grimés, quand on revendique une quelconque africanité. Il faudrait déjà que nous sachions de quoi est fait notre culture mauricienne, sans l?écueil de l?ancestralité. Il nous faudrait aussi préserver notre patrimoine architectural duquel transpire une atmosphère toute particulière.

Les touristes demandent à voir de l?authentique. Non de l?artifice. Encore moins une farce. Certains n?y voient que du feu. La réponse n?est pas facile à trouver. Peut-être plus de moyens pour ces groupes qui se penchent véritablement sur nos héritages. Qui montent des spectacles, des projets. Mais végètent faute de moyens. Parce qu?il est plus facile d?offrir du cliché.

C?est davantage l?attitude du touriste qui était condamnable dans ce village Miao du Guizhou. Mais la relation faussée, parce que commerciale, mercantile qui se créé, laisse un goût amer. De passage, c?est tout. Voir ce qu?on donne à voir, c?est tout. Acheter ce qu?on propose, c?est tout. Et le reste ? pour celui qui cherche à mieux comprendre, à mieux connaître? La seule issue, réussir à trouver un Zhao ou son pendant chez nous.

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