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Les vaches sacrées
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Nous tournons en rond. Chaque année les étudiants descendront dans la rue et réclameront le rétablissement des subsides sur les frais d?examens. Or, l?Etat n?a pas les moyens de garantir une subvention à hauteur de 50 % à l?ensemble des candidats du SC et du HSC. Les dirigeants ne sont pas des magiciens qui peuvent tout offrir gratuitement ou à des prix subventionnés. Pour sortir de cet engrenage, il faut réfléchir autrement qu?en termes de subsides.
Nous pouvons, par exemple, envisager d?abandonner Cambridge et organiser les examens de fin de cycle secondaire à Maurice à moindre coût. Toutes les anciennes colonies de Sa Majesté en Afrique l?ont fait? sauf une. Avec une baisse des frais d?examen, il ne sera pas nécessaire aux agitateurs de rue de réclamer des subsides. Ils cesseront alors d?importuner les collégiens pour une cause perdue d?avance.
Il est vrai que de nombreux parents pensent que sans le certificat de Cambridge, leurs enfants ne pourront pas poursuivre des études à l?étranger. Cette peur est totalement infondée. Un jeune qui a passé un examen préparé et corrigé à Maurice peut conserver ses chances d?être admis dans une université reconnue en Europe. La démonstration est faite par notre journaliste Pauline Etienne en page 5 de ce numéro. Elle explique que le détenteur d?un brevet de technicien obtenu au Lycée polytechnique de Flacq peut poursuivre ses études à l?Institut supérieur de technologies de Rose-Hill avant de s?inscrire à l?université de Limoges où il décrochera, après un an seulement, un diplôme d?ingénieur. Ce n?est qu?un exemple des équivalences que l?Etat peut négocier pour offrir une plus grande ouverture sur l?Europe à nos jeunes étudiants.
D?autant plus que l?université de Maurice se débat toujours pour assurer sa survie. Elle souffre de la surcharge des effectifs, n?a pas de moyens financiers adéquats pour s?équiper, recrute un grand nombre d?enseignants à temps partiel qui travaillent en dilettante, sans réelle motivation, et est gérée dans le plus grand désordre. Du reste, des enquêteurs de l?ICAC se sont rendus à Réduit, il y a quelques jours, pour enquêter sur les finances de l?université.
La hausse des frais de scolarité, décidée par l?université, est un pas dans la bonne direction mais elle est insuffisante. Il ne faut surtout pas se voiler la face : l?éducation a un coût. Ce n?est pas avec les Rs 10 000 réclamées aux étudiants par année de scolarité que l?université va régler ses problèmes. D?ailleurs l?Etat affirme pudiquement que ce montant ne représente qu?un «general fee» et qu?il n?est pas question d?imposer des «tuition fees». Visiblement, l?Etat a du mal à faire le choix d?une université payante.
En fait, dans le monde de l?enseignement, on a peur de toucher aux vaches sacrées. Tant que durent ces inhibitions, Cambridge maintiendra sa présence et l?université de Maurice vivra dans un état proche de la faillite.
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