Publicité
Les USA ne renouvelleront pas leur dérogation textile
Par
Partager cet article
Les USA ne renouvelleront pas leur dérogation textile
Les exportateurs de vêtements vers le marché américain risquent de se retrouver dans de sales draps. Dans dix jours, la dérogation qui leur permettait d?importer du tissu expire. A moins d?un miracle, elle ne sera pas renouvelée avant le 30 septembre. C?est ce qu?a expliqué Maurice Vigier de la Tour, directeur de la Mauritius US Business Association, lors d?un séminaire hier sur l?avenir de l?industrie textile-habillement .
Maurice a obtenu en novembre 2004 une dérogation à la clause du third country fabric sous l?African Growth and Opportunity Act (Agoa). Celle-ci autorise les industriels à acheter du tissu de pays hors de la région et de bénéficier quand même d?un accès en hors taxes pour les vêtements exportés vers les Etats-Unis. Cette dérogation est d?une durée d?un an seulement.
Après cette échéance, les industriels pourront toujours importer du tissu, mais les vêtements seront taxés à l?entrée des douanes américaines, ce qui les rendra plus chers. Pour les pays les moins avancés de l?Afrique sub-saharienne, cette dérogation pour l?importation du tissu se prolonge jusqu?en 2007.
?Rien n?est impossible?
?Malgré l?intense campagne de lobbying menée à Washington, il est très improbable que cette dérogation soit étendue. Il faut que le sénat adopte une loi pour cela et il n?y a actuellement aucun projet de loi auquel notre demande d?extension peut être rattachée pour être votée?, déclare Maurice Vigier de la Tour. ?Rien n?est impossible à Washington. J?ai vu se produire des choses impensables mais ce sera très difficile. Il faudrait un miracle?, poursuit-il.
Il estime que Maurice peut obtenir une extension plus tard, avec effet rétroactif. Néanmoins, il est clair que les clients n?aiment pas l?incertitude et ne vont pas parier sur une dérogation à venir.
L?équivalent de 13 millions de mètres carrés de vêtements ont pu avoir un accès hors taxes grâce à cette dérogation. C?est un volume important, même si d?autres exportateurs n?en ont pas besoin. Par contre, les clients qui passaient commande uniquement à cause des avantages de la dérogation ? principalement une baisse de 18 % sur les prix - risquent d?aller voir ailleurs. Les entreprises qui comptent sur ce type de clientèle seront les premières à en souffrir.
Les exportations de textile-habillement de Maurice vers les USA ont déjà chuté de 17% entre janvier et août cette année, comparativement à la même période en 2004. Avec quelque Rs7milliards de recettes, les Etats-Unis sont, après l?Europe, le deuxième plus important marché pour cette industrie.
Nouvel Agoa
Mais depuis ces trois dernières années, les exportations vers les Etats-Unis baissent régulièrement. La principale raison à cela a été le départ des entreprises hongkongaises qui exportaient presque exclusivement vers ce marché. Elles représentaient jusqu?à 50 % des exportations de vêtements de Maurice aux Etats-Unis. Malgré tout, de nombreuses entreprises à capitaux mauriciens continuent à exploiter ce marché et le non renouvellement de la dérogation risque de les affecter.
Maurice Vigier de la Tour estime qu?il faut adopter une autre approche pour résoudre durablement le problème que pose le third country fabric, non seulement pour Maurice, mais aussi pour les autres pays de la région. Les exportations de vêtements d?Afrique ont chuté de 13 % depuis l?abolition des quotas, le 1er janvier. Les producteurs de vêtements de la région veulent que, dans leurs cas, la dérogation soit étendue au-delà de 2007. Cela a très peu de chance d?aboutir, estime Maurice Vigier de la Tour.
A ses yeux, la solution serait de plaider pour un nouvel Agoa qui vise essentiellement à remplacer la clause du third country fabric par un système plus simple de valeur ajoutée. Il préconise que, dans un premier temps, une valeur ajoutée de 20 % seulement sur un vêtement suffise pour obtenir un accès en hors taxes sur le marché américain. Cette valeur ajoutée pourrait ensuite graduellement être augmentée jusqu?à 35 % en quatre ans. Cette idée fait son chemin dans les pays de la région concernés et à Washington. Mais il n?y a encore aucun projet de loi à ce sujet, ajoute Maurice Vigier de la Tour.
Il justifie une telle approche par le fait que l?Afrique n?a pas les capacités pour produire elle-même du tissu en volume et en variété suffisants. ?Même la Chine importe 50 % du tissu dont elle a besoin. Comment voulez-vous que l?Afrique devienne auto suffisante en deux ans seulement ?? L?esprit de l?Agoa, qui était de permettre l?émergence d?une industrie africaine intégrée, doit être revu.
SÉMINAIRE
Le textile réfléchit à son avenir
■ Le marché américain n?est pas le seul sur lequel les préférences de Maurice risquent de disparaître. Le processus est en marche à l?Organisation mondiale du commerce et entre l?Union européenne et le groupe ACP, dont Maurice fait partie. La Mauritius Exports Processing Zone Association (Mepza), avec l?ambassade des Etats-Unis, a organisé un séminaire hier pour évoquer la marche à suivre face à l?érosion des préférences qui ont permis le décollage de la zone franche. Pour le ministre de l?Industrie et du Commerce, Rajesh Jeetah, les effets se sont déjà fait sentir. Le nombre d?emplois dans la zone franche a chuté de 90 000 à 66 000. ?On peut continuer à se lamenter sur l?érosion des préférences, mais je pense que ce n?est pas très productif?, déclare, lui, le président de la Mepza, Ahmed Parkar. La question n?est pas de savoir si nous allons survivre, mais si nous faisons ce qu?il faut pour pouvoir survivre.
La nécessité d?investir dans les nouvelles technologies, de monter en gamme, de réduire les délais de livraison et de pratiquer des tarifs de fret compétitifs a une nouvelle fois été évoquée. L?idée de développer un brand pour Maurice a été reprise par Ahmed Parkar et Rajesh Jeetah. La différenciation des produits, notamment en misant davantage sur le design, est aussi importante. Le ministre annonce d?ailleurs la création d?un Fashion Design Institute. Christopher Aubin-Nury, consultant de la Banque mondiale, a évoqué la nécessité d?attirer des investissements étrangers à travers un cadre fiscal plus attractif. Une aide à l?exportation et de meilleurs financements pour les petites et moyennes entreprises seraient bienvenus. Il préconise un audit de tous les secteurs compétitifs sur le plan mondial, pour développer de nouveaux produits et ?clusters? susceptibles d?attirer des investisseurs.
Publicité
Publicité
Les plus récents